Fink – Beauty In Your Wake

Beauty In Your Wake
Fink
R'COUP'D
2024
General Eclectic

Fink – Beauty In Your Wake

Fink - Beauty In Your Wake

C’est bien connu, avec l’âge on s’assagit, et le tournant folk qu’a pris la carrière du feu DJ électro Fin Greenall, leader de Fink, a sûrement surpris plus d’un fan de la première heure. Son huitième Berlingo après cinq ans d’abstinence musicale, patiné de fingerpicking, confirme toutefois le trio comme porte-drapeau d’un Indie-folk épuré et inspirant.
Biscuits For Breakfast, sorti dans les bacs en 2006, n’a pas seulement marqué le passage à un petit-déjeuner équilibré, mais aussi le virage alt-folk de la carrière de Mr. Fin. Ce dernier semble vouloir nous démontrer avec Beauty In Your Wake que l’introspection n’est pas réservée aux dépressifs ou aux habitués du goulot, mais est une forme d’écriture à part entière. Il n’est pas le seul, me direz-vous. 2024 a en effet vu l’émergence d’autres albums axés sur le retour sur soi, notamment ceux d’Iron & Wine, Lizzy McAlpine, Tom Odell ou Cigarettes After Sex. Que voulez-vous, l’introspection est à la mode à une époque où le quotidien s’expose sans filtre sur les réseaux sociaux. Mais chez Fin Greenall, cela exprime avant tout un besoin d’ancrage géographique et de reconnexion avec ses Cornouailles natales. « Sam (Okell) construisait ce studio tout près de l’endroit où je suis né », confiait-il récemment à Rolling Stone. « Une fois en place, le matin, je me baignais histoire de me mettre les idées en place, puis j’allais travailler, entouré par une nature simple et belle. » Le studio en question, c’est le Zennor Sounds, niché en Angleterre dans le village éponyme. Le disque marque ainsi sa première collaboration avec Sam Okell, orfèvre du son primé aux Grammys pour son travail de remasterisation du catalogue des Beatles à Abbey Road. Dès la première écoute, on sent que Beauty In Your Wake colle entre nos deux tympans une vraie atmosphère. Hypnotique et élégant, cet album de dix titres puise dans le vécu du trio pour poser de grandes questions existentielles. Tout au long de ses quarante-cinq minutes feutrées, il nous installe confortablement au creux d’un divan pour nous inviter à sonder nos propres ressentis. De sa voix tantôt rauque, tantôt suave, Fin endosse alors le rôle d’analyste de nos émotions.

Fink - Beauty In Your Wake band1
« What Would You Call Yourself » ouvre la séance et pose immédiatement le décor : « Si tu étais seul au monde, quel serait ton nom ? Si tu devais crier vers les dieux, comment les appellerais-tu ? » clame Fin face caméra, seul sur une plage déserte très british dans une vidéo au minimalisme assumé. Mais la répétition presque mantrique du titre installe une langueur peut-être un peu trop appuyée pour un morceau d’ouverture. Cette sensation persiste sur la piste suivante, « Be Forever Like A Curse », qui étire ses métaphores sur près de six minutes. Conçue à l’origine en 2022 pour le documentaire All You See de Niki Padidar, la chanson puise dans le récit de ses protagonistes (« Si je garde les yeux rivés au sol (…) je suis invisible ») portée par un piano minimaliste. « Je me mélange comme l’huile dans l’eau », glisse alors notre charismatique frontman, sauf que, précisément, l’huile et l’eau ne se mélangent pas…
Si l’arpège de « It’s Like You Ain’t Mine No More » redonne un peu d’élan à l’ensemble, il faut attendre « Follow You Down » pour que l’électrocardiogramme s’affole enfin et extirpe le disque de la torpeur thérapeutique. Le morceau s’impose immédiatement comme le cœur palpitant de l’album : son motif de guitare installe une ambiance sombre qui évoque par instants (excusez du peu !) la mythique intro de « The End » des Doors. Derrière ses fûts, Tim Thornton n’est pas de reste et participe pleinement à l’atmosphère spectrale : le jeu aux balais, tout en frôlements, suggère une pluie battante sans jamais étouffer la mélodie. Une toile sonore parfaite pour nous titiller avec des invitations à la réflexion : « Combien de prières ont été murmurées pour vous ? ».
Aucun élément de réponse n’est jamais proposé par le trio, mais la piste suivante, « I Don’t See You As The Others Do » apporte une touche lumineuse bienvenue. D’abord resserré autour d’un tête-à-tête acoustique, le titre se déploie peu à peu dans un puissant crescendo : la rythmique s’affirme, les guitares s’épaississent et la voix de Fin Greenall gagne en intensité. Cette ballade brillante n’est pas sans rappeler « Don’t Panic », le titre d’ouverture emblématique du premier album de Coldplay, libérant au passage toute sa charge émotionnelle. On est alors rassuré. Toutefois, la seconde moitié du disque, même si elle ne démérite pas, peine à maintenir le niveau qui était monté d’un cran. On retiendra l’élégant « One Last Gift » ou la balade dépouillée « Don’t Forget To Leave », sans cependant s’extasier. Quant à « So We Find Ourselves », il évite au disque de sombrer dans la monotonie qui nous guettait depuis un moment. Ses chœurs subtils et sa mélancolie veloutée soulignent quand même la production parfaite et les arrangements alt-folk millimétrés. L’album se clôt sur « When I Turn This Corner », un titre un brin mou du mollet mais dont le symbole est clair : tourner la page pour sortir du cabinet de consultation l’esprit apaisé, prêt à ouvrir un nouveau chapitre.

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Il y a tout de même quelque chose de profondément frustrant dans Beauty In Your Wake. L’album est trop abouti pour qu’on le jette aux orties, mais trop retenu pour qu’on s’y abandonne complètement. Il offre certes quelques moments de grâce : des arrangements bien léchés, une guitare acoustique omniprésente soutenue par un piano discret et planant, sans oublier le timbre rauque de Fin Greenall, toujours aussi envoûtant. Mais ces réussites ont le défaut de nous faire entrevoir ce que cet opus aurait pu être : un disque étincelant, intimiste sans être inerte, mélancolique sans être monotone.

https://finkmusic.net/

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