Deliverance – The Voyager Golden Banquet

The Voyager Golden Banquet
Deliverance
Les Acteurs De L'Ombre
2026
Lucas Biela

Deliverance – The Voyager Golden Banquet

Deliverance The Voyager Golden Banquet

Deliverance est une formation de sludge/post-metal qui a vu le jour il y a près de quinze ans sous l’impulsion d’Étienne Sarthou et de Pierre Duneau. Habitué à jouer de la batterie avec AqME ou Grymt, le premier l’a troqué contre une guitare. Le second, venant de Memories Of A Dead Man, a quant à lui conservé le chant, tout en tâtant des claviers depuis peu. Après quelques remaniements, le groupe s’est stabilisé avec Viken à la batterie et Sacha Février à la basse. The Voyager Golden Banquet est déjà le quatrième album de Deliverance et voit le groupe s’aventurer dans des territoires intergalactiques toujours plus froids et troublants.

Glaçantes, les ambiances le sont. Ainsi, les claviers, qui apportent un côté à la fois « rétro » avec les sons Hammond, et futuriste à travers des plages plus spatiales, contribuent à nous plonger dans une atmosphère arctique. Sur « Chasing The Dragon », ce sont aussi bien les spirales énigmatiques que les nappes embrumées qui entretiennent la peur. De même, dans un écrin hivernal, les échos plaintifs des notes d’Hammond d’« Hellisual » portent la beauté des paysages enneigés mais leur résonance se fige tout autant. Et alors que le vieux clavier d’« Headspace Collapse » grelotte, des cris déchirants fixent leur désespoir dans le marbre. Ce sont également les rythmiques rigides qui font claquer des dents. Ainsi, à la manière de randonneurs se déplaçant avec des raquettes, la batterie d’ « Hellisual » progresse avec difficultés. Il en va de même avec « Turn On, Tune In, Drop Out », où cette fois-ci les cymbales apportent une dimension givrante supplémentaire. Par ailleurs, ces dernières se posent en relai du souffle polaire des claviers, perpétuant un cycle du froid à glacer le sang.

Deliverance The Voyager Golden Banquet Band 1

L’atmosphère est certes glaçante, c’est aussi le trouble qui l’anime. Ainsi, quand Pierre déverse sa bile, c’est avec des accents implorants. Pour preuve, « The Banquet Part I » présente certes des incantations à frémir, c’est l’angoisse qui imprègne la plupart des interventions vocales. Complétant les lamentations braillardes d’échos endoloris, « Ground Zero » va même encore plus loin dans l’effroi. Avec le soutien des guitares alarmées, le résultat est des plus renversants. La six-cordes est en effet également sur le pont pour susciter l’inquiétude. La noirceur des tableaux qu’elle peint dans « The Banquet Part I » remue les tripes. Les hésitations courroucées de la guitare dans « Turn On, Tune In, Drop Out » parviennent également à couronner la pièce d’une aura dramatique à couper le souffle. Sur un motif austère, quand Pierre s’essaye au chant clair (« Headspace Collapse »), il le fait avec un abandon qui fait hérisser le poil. Ce dernier se dresse d’autant plus dans les appels de détresse. Et quand la batterie n’est pas engourdie, c’est l’angoisse qui la saisit. Ainsi, les accélérations de « Chasing The Dragon » traduisent un mal-être que les guitares affolées viennent amplifier. C’est dans un tourbillon d’anxiété similaire qu’« Hellisual » est pris. L’émoi de la six-cordes, alors bien plus grand, est d’autant plus touchant.

Frileuses et angoissées, les compositions n’en sont pas moins dénuées de moments de chaleur. Ainsi le charleston malicieux de « Chasing The Dragon » redonne le sourire à une pièce tourmentée. De même, là où le bouillonnement de « The Banquet Part I » se comporte comme un brise-glace, le balancement de la batterie de « Headspace Collapse » fait fondre la banquise. Les claviers aussi ne sont pas en reste, puisque leur exultation dans « Hellisual » les rapprochent des instants les plus festifs de Nightingale, le projet de l’hyperactif Dan Swanö. Et alors que « The Banquet Part 1 » montre des signes de colère, la facétie des touches noires et blanches tempère les humeurs. Par ailleurs, c’est également une ligne de guitare rayonnante qui illumine « Headspace Collapse ».

Même si l’on est poussière d’étoiles, le cosmos nous terrifie. En effet, non seulement l’infini insondable est source d’interrogation, mais le vide qui règne entre les astres empêche toute forme de vie. Avançant avec prudence au son d’implorations déchirantes, tout en faisant pénétrer la lumière, l’entité Deliverance rend compte autant dans sa musique de l’épouvante qu’inspire cet inconnu que de l’espoir qu’en offre une meilleure connaissance.

https://www.facebook.com/deliveranceband

 

Entretien avec Deliverance

Deliverance The Voyager Golden Banquet Band 2

Lucas : La première question, ça va être assez simple, est-ce que vous pouvez vous présenter, et aussi, dans la foulée, évoquer le parcours du groupe, depuis ses débuts, mais très succinctement.
Pierre : Pierre, j’suis chanteur du groupe, et je fais aussi, depuis quelques albums, les claviers. Le groupe, ça va être long à résumer, puisqu’il date de 2012.
Lucas : oui, je sais, j’ai vu : il y a quand même pas mal d’albums…
Pierre : En 2013, il y a eu un EP. Là c’est le quatrième album, donc un EP plus quatre albums.
Lucas : Au départ, vous êtes deux, c’est ça ?
Pierre : Au départ, on est deux, ouais.
Étienne : Enfin, on n’a jamais été deux.
Pierre : Dans le concept, oui, on est deux. Après, il y a eu tout un changement de line-up, mais Sacha à la basse est arrivé dès le premier album, de mémoire. Fred, notre ancien batteur, est arrivé quand ? Quel album, Fred ?
Étienne : Deuxième album.
Pierre : Finalement, Fred a fait les albums 2 et 3, et là, on a un nouveau partenaire pour l’album 4, un nouveau batteur, Viken.
Lucas : Ah oui, j’ai vu. Qui vous accompagne pour les tournées.
Pierre : Non, non, qui a participé à l’album.
Lucas : Le dernier ?
Étienne : On a changé de batteur entre l’album 3 et le 4.
Pierre : C’était une volonté de l’inclure dans l’album, dans toute la partie enregistrement aussi. Il a enregistré, composé, et il sera sur scène.
Étienne : C’est vraiment son groupe, c’est notre groupe, à tous les quatre.
Étienne : Et moi, c’est Étienne, je suis à la guitare.
Lucas : Ok. Bon, ça me va, pour le reste, pour la discographie il y a Metal Archives.
Étienne : C’est ça.

Lucas : Alors la deuxième, ça va être un peu long. Je ne sais pas si on vous l’a déjà fait remarquer, vous portez le même nom qu’un groupe américain de la fin des années 80, Deliverance donc, qui a fait florès dans le thrash chrétien. Et en fait, le groupe étant toujours actif, je me suis demandé si lors des festivals ça ne prêtait pas à confusion ?
Pierre : Comme Shining.
Lucas : Ouais, voilà, exactement.
Pierre : Shining, groupe, je ne sais quoi, c’est du black metal, et l’autre, c’est quoi ?
Étienne : C’est du jazz norvégien, un peu. Écoute, c’est vrai que nous, quand on s’est baptisés Deliverance, on ne s’est pas trop posés la question. On n’avait même pas connaissance de ce groupe-là.
Pierre : On savait que ce nom, ce n’était pas méga original…
Étienne : Tu vois, c’est comme les groupes nommés Ghost. En fait, il y en a plein, plein, plein.
Lucas : Oui, mais en fait, il y en a un seul qui est vraiment connu.
Étienne : Ah oui, mais à l’époque, il n’était pas connu.
Lucas : Oui. Ah, quoi que dans le rock psychédélique, il y a un Ghost aussi qui est connu, un Japonais.
Pierre : Puis à mon avis, des groupes qui s’appellent Ghost, Il doit y en avoir un paquet.
Lucas : les Demon aussi…
Pierre : Ah oui, c’est ça.
Étienne : Et on s’est pas trop posés la question. Je pense que ça ne nous pose pas trop de problèmes, ni à eux, ni à nous. Mais il y a juste parfois des confusions sur certaines plateformes. Mais clairement, nos visuels sont très différents. La musique est très différente.
Lucas : Oui, et puis le style aussi.
Étienne : Mais c’est vrai qu’une fois, on nous a présentés comme un groupe de thrash chrétien. Ça nous a fait bizarre.
Lucas : Voilà, c’est ce que je vous dis. C’est la référence.
Étienne : À vrai dire, on s’en fiche un peu.
Pierre : Je n’ai jamais écouté, moi, personnellement.
Lucas : Écoutez les deux premiers, après le reste, c’est…
Pierre : Tu dis qu’ils continuent. Ça existe encore, c’est ça ?
Lucas : Ils ont repris en 2007, et ils ont un peu changé de style. Mais les deux premiers sont de référence. Après…
Étienne : De référence ?
Lucas : Dans le milieu. Dans le milieu thrash et tout ça. Mais comme vous le savez, le thrash, ça a un peu dévié vers le groove et tout ça.
Étienne : Non, ce n’est pas une référence. Non, non.
Pierre : Moi, j’connais pas.
Lucas : En tout cas, ils sont connus… dans le milieu.
Étienne : Non, pas trop.
Lucas [rires] : Ah, mais moi je les connais.
Étienne : Oui, mais toi, t’es très pointu. Mais non, ils ne sont pas très connus.
Lucas : Oui, c’est vrai. Par rapport à des Slayer…
Étienne : Ils sont loin d’être très connus. Même quand tu prends la deuxième partie du thrash, avec les Testament, qui sont déjà moins connus que Slayer, ou que Metallica, ou que Anthrax, ou que etc…
Lucas : Après, c’est vrai que si quelqu’un est très focus sur le thrash…
Étienne : Ou Exodus, qui est déjà… Non, Deliverance, c’est vraiment loin derrière. C’est vraiment un des petits groupes.
Lucas : Bien sûr, on va dire que c’est un groupe de seconde zone.
Étienne : Je ne suis peut-être pas un expert du thrash, mais je m’y connais un tout petit peu, et eux, je ne les connaissais pas.
Lucas : Bah, écoutez les deux premiers, et vous verrez.
Pierre : Moi, je me cache. Je ne connais pas le thrash. Je ne connais pas Deliverance. Je ne suis pas très thrash. Je vous fais confiance.
Lucas : Pas de soucis. Écoutez les deux premiers, et puis vous me direz.

Lucas : Là, c’est par rapport au changement de label. Donc en 2020, c’était Deadlight Entertainment. Ils ont fermé. Et en fait, vous, vous n’avez pas eu de difficulté pour trouver un label par la suite ?
Pierre : Je ne sais plus comment ça c’est passé, puisque c’était à l’époque de Neon Chaos, donc ça remonte quand même en termes d’années. On avait envoyé à… Mais déjà, avant Deadlight, pardon, je me coupe, on avait déjà demandé à LADLO pour nos précédents albums.
Lucas : C’est quoi, LADLO ?
Pierre : Les Acteurs de l’Ombre.
Lucas : Ah d’accord, les Acteurs de l’Ombre.
Pierre : Ah pardon. Je ne sais plus à partir de quel album, on avait demandé déjà, on avait envoyé nos albums aux Acteurs de l’Ombre (LADLO, pour faire court). Et ils avaient trouvé ça sympa, mais voilà.
Lucas : Mais eux, ils sont vraiment axés black metal.
Pierre : Ben, tu vois, oui, mais quand on leur a envoyé Neon Chaos, qui est vraiment moins black metal que ce qu’on faisait avant, ben c’est là qu’ils nous ont signés.
Lucas [surpris] : Ah !
Pierre : Comme quoi, il n’y a pas de…
Étienne : Moi, ça faisait plusieurs années que j’étais en contact avec Gérald de LADLO.
Lucas : Après, peut-être qu’ils commençaient à s’ouvrir un petit peu.
Étienne : On discutait régulièrement. Il n’avait pas flashé sur nos deux premiers albums. Et puis, quand on lui a envoyé, naturellement, notre troisième album, Neon Chaos, le précédent, il a ADORÉ. Et donc, on s’est retrouvés signés chez les Acteurs de l’Ombre. Et comme ils aiment toujours le quatrième album qu’on leur a proposé là, on est toujours avec eux.
Pierre : Ils savent qu’on n’est pas forcément la cible de leur public, du public LADLO. Déjà, on s’entend bien avec les gens de LADLO. Il y en a qui ont vraiment un coup de cœur pour nous. Et tant mieux pour nous. D’ailleurs, la personne qui va nous faire les lumières bientôt vient de chez LADLO. Et de par ce coup de cœur, ils ont quand même voulu recommencer l’expérience, resigner l’autre album, même si ce n’est pas du tout black metal.

Lucas : On va en venir à la musique. Donc, en fait, pour faire court, votre musique, c’est un mélange de doom/sludge un petit peu sinistre, on va dire, et de fulgurances black metal, sans aller dans les excès. Et en fait, la noirceur est omniprésente. Mais il y a quand même un peu de lumière qui parvient toujours à se frayer un chemin. Et donc, est-ce que c’est important pour vous de ne pas tomber dans le tout sinistre, le tout glauque ?
Pierre : Moi, j’écoute de la musique selon mes états, en fait. Je connais quelqu’un qui est full black metal, black metal H24, et pas de problème. Moi, j’arrive pas à faire ça. J’ai un peu des écoutes qui peuvent suivre les saisons, la température qu’il fait, mon humeur. Et du coup, la musique que j’ai envie de faire, moi en tout cas, et je pense que c’est un peu pareil pour tous dans le groupe, c’est un truc… ben… du clair et obscur, pour faire un lien avec ton webzine.
Lucas : Oui, avec des variations.
Pierre : C’est ça, des variations. Sinon, c’est personnel, mais moi, je pense que je m’ennuierais par le côté répétitif, toujours la même chose. Il y en a qui voient que par ça, et je l’entends. Moi, il y a des jours où je ne veux pas entendre parler de black metal, où je m’en fous. Quand c’est pas le temps : par exemple, quand je rentre de la plage, je sais que je vais pas mettre un black metal. Je mettrais plus les Beatles, un truc plus posé, un truc retour de plage. La musique, moi, m’accompagne dans mon quotidien, et moi, j’ai besoin de ça.
Étienne : Et puis, notre musique est riche de tout ce qu’on écoute.
Lucas : Exact.
Étienne : Ça fait 40 ans, voire plus, qu’on écoute beaucoup de choses : du rock des années 60, comme les Beatles, les Doors… jusqu’à aujourd’hui, les musiques extrêmes, et pas forcément extrêmes d’ailleurs, du psychédélique, etc. Et tout ça, on est la somme de tout ça, et peut-être encore une somme inégale, on est une somme aléatoire de tout ça, selon les moments. Il y aura des moments où on aura plus envie. L’album précédent était plus « dark », je pense, que celui-là. Donc, ça reflète plus ce qu’on est, ce qu’on ressent au moment où on le fait. Et effectivement, il y a un peu plus de lumière dans celui-là. Et c’est, je pense, notre album le plus large en termes de kaléidoscope d’émotions, et probablement en termes de styles ou sous-styles qu’on peut aborder volontairement ou involontairement. C’est probablement notre album le plus varié.

Lucas : D’ailleurs, je vais en venir aux synthés, aux claviers. J’ai pris deux morceaux, « Ground Zero » et « Turn On, Tune In, Drop Out ». En fait, les synthés apportent une espèce de mystère qui irait de paire avec l’infini effrayant du cosmos. C’était exactement l’effet recherché ?
Pierre : Oui, carrément. J’écoute beaucoup de musique krautrock, de Klaus Schulze, de Tangerine Dream…
Lucas : Oui, ça revient beaucoup à la mode aussi.
Pierre : Ah oui, je savais pas.
Étienne : Kraftwerk.
Pierre : Klaus Schulze, et tout ça, qui est très ambiant. C’est des morceaux où il n’y a pas de riff, il n’y a rien, c’est que des ambiances qui traînent. J’écoute beaucoup de ça et j’avais cette envie de partager ça dans la musique.
Lucas : Je fais une aparté. Je sais pas si vous connaissez le groupe Blood Incantation.
Étienne, Pierre : Oui.
Lucas : Justement, eux aussi, ils ont puisé dans le krautrock. Ils ont même fait un album complètement ambiant. C’est pour ça que je vous dis que ça revient un petit peu.
Pierre : Moi, je suis plus dans la musique « chiante ». Klaus Schulze, c’est plus chiant, c’est plus des ambiances de musique d’ascenseur. Moi, ça me plaît beaucoup, ça. Je suis moins dans le riff. J’aime bien les ambiances qui mettent du temps à s’installer, qui peuvent durer 10 minutes.
Lucas : Tangerine Dream…
Pierre : Oui, carrément. J’adore ça.
Étienne : C’est vrai que, pour certains auditeurs, on doit avoir des points communs dans la philosophie avec Blood Incantation. Même si, nous, on n’a pas particulièrement écouté Blood Incantation. En plus, on a démarré notre voyage musical il y a déjà un bon moment. C’est quand même déjà notre quatrième album.
Lucas : Oui, j’ai été surpris d’ailleurs, vous ayant découvert avec votre dernier album seulement…
Étienne : Blood Incantation, moi, j’aime bien, mais c’est pas un groupe qui m’influence. Mais quand ils ont fait leur dernier album, j’ai senti qu’on avait des points communs alors qu’on a aussi plein de différences. Parce que finalement, on n’est pas très death metal, nous. Eux, ils sont plus death metal, nous on est plus black.
Lucas : oui, l’école Morbid…
Pierre : Ils sont très techniques.
Étienne : Mais dans la manière de confronter des éléments entre eux qui viennent de territoires musicaux différents, je pense qu’on a la même philosophie, la même vision de la musique.
Lucas : La même approche
Étienne : La même approche exactement. Pour un résultat différent, mais que je pense être assez complémentaire. Comme un Oranssi Pazuzu dans certains aspects. Je pense qu’on a des points communs avec ces groupes-là.

Deliverance The Voyager Golden Banquet Band 3

Lucas : Sur le morceau « Chasing The Dragon », j’ai senti une influence Voivod période Eric Forrest [je pense au morceau « Project X » de ce groupe notamment]. Je ne sais pas si vous connaissez.
Étienne : Ah, marrant ! Ça, on nous l’avait jamais sorti.
Lucas : C’est dans les riffs un petit peu alarmés.
Pierre : J’ai essayé votre Voivod, j’ai pas réussi.
Lucas : Ah, mais il y a plusieurs périodes. Il y a le thrash un petit peu primitif, ensuite un petit peu prog.
Pierre : C’est un peu trop forêt, non ? Pas trop esprit de la forêt, un peu ?
Étienne : Non, c’est un peu futuriste chelou.
Lucas : Non, c’est vrai, c’est ça. C’est cyber…
Étienne : un peu rétro-futuriste, mais différemment de ce que nous on fait comme rétro-futuriste.
Pierre : J’ai déjà essayé plein de fois, j’aurais aimé aimer, mais je n’ai pas réussi.
Étienne : Ils aiment bien les robots dans Voivod.
Lucas : C’est le batteur qui fait les pochettes.
Étienne : Moi, je connais un peu Voivod, mais c’est vrai que c’est pas un des groupes qui m’a influencé ou qui m’a marqué. Tu sais, quand j’étais ado et que je voulais vraiment bien connaître le metal et différents trucs, ça fait partie des groupes que j’ai découverts et que j’ai un peu fouillés. Mais ce n’est pas un groupe qui m’a marqué, donc je trouve ça rigolo que les gens…
Lucas : Ah, j’suis pas le seul ?
Étienne : T’es le premier à nous citer Voivod
Lucas [rires] : Mais moi, j’ai fouillé…
Étienne : Je trouve ça très chouette que chacun avec son bagage puisse voir autre chose dans notre musique. Je trouve ça super. Ça veut dire que notre musique peut parler à différentes personnes qui n’ont pas la même vision que nous. Et ça, c’est super !
Lucas : Le fait qu’on puisse rapprocher avec d’autres groupes, c’est vraiment une pure coïncidence.
Pierre : Oui, oui. Moi, Voivod, je sais même pas trop à quoi ça ressemble.
Étienne : C’est difficile à décrire.
Lucas : C’est du metal psychédélique, on va dire.
Pierre : C’est des Français, c’est ça ?
Lucas : Québécois. Ils sont toujours actifs.
Pierre : Je sais qu’il y a une grosse fanbase pour Voivod. Il y a des ultrafans.
Étienne : Là, c’est un groupe culte.
Pierre : Je pense que c’est dur de t’attaquer à la discographie, il y a une masse d’albums.
Lucas : Si tu aimes le thrash pur et dur, il faut écouter les premiers.
Pierre : Je suis pas thrash.
Lucas : Après, à partir de la deuxième moitié des années 80, c’est un peu plus complexe.
Pierre : Ah, 80, moi j’ai du mal.
Lucas : Et les derniers, ils sont revenus. C’est un mélange de…
Pierre : C’est peut-être ça. C’était thrash, et après ils sont passés un peu son 80.
Lucas : En fait, ils étaient vraiment dans la mouvance thrash technique à partir de la deuxième moitié des années 80. Watchtower et compagnie.
Étienne : Coroner
Lucas : Après, il y a eu une période un peu plus… « commerciale », on va dire.
Étienne : Pour Voivod, c’est péjoratif ! Peut-être plus accessible, mais c’est pas un groupe « commercial ».
Lucas : Oui, et après, Il y a eu une influence rock’n’roll avec Jason Newsted. Et là, ils sont revenus à un truc un peu plus technique. Mais c’est à la fois accessible et technique maintenant. Je trouve que c’est très bien ce qu’ils font. Si vous avez l’occasion.

Lucas : On va rester sur « Chasing The Dragon ». Celle-là, elle va sûrement vous plaire comme question. Il y a des claviers hantés vers la moitié du morceau, dans le pont instrumental. Et en fait, ça m’a fait penser au film Le Carnaval Des Âmes, je ne sais pas si vous connaissez, ça date du tout début des années 60.
Pierre : Non, pas du tout.
Lucas : Encore une fois, c’est une simple coïncidence, le fait que j’associe la musique de ce film et les claviers du morceau.
Pierre : Moi, j’étais plus sur les Yes et tout ça, où ils utilisent beaucoup d’orgues, avec Rick Wakeman dedans. J’adore le son de l’orgue qu’ils utilisent dans Close To The Edge. Et même l’orgue qu’on retrouve chez Jon Lord.
Étienne : oui, Deep Purple.
Pierre : Tout ce qui est sur-saturé.
Lucas : L’orgue Hammond…
Pierre : L’orgue Hammond, ouais, avec la Leslie qui tourne, mais sur-saturé. Dans Deep Purple, ça remplaçait le deuxième guitariste. Mais non, en fait, il n’y a pas de bassiste dans Deep Purple, c’est ce qui remplace…
Étienne : Si, Glover.
Pierre : Oui, c’est ce qui appuie la guitare. C’est ça que j’aimais, ce son. Ce mélange qui fait le son de Deep Purple, le mélange orgue Hammond sur-saturé avec guitare électrique.
Lucas : Donc, c’est ça qui vous a inspiré.
Étienne : On a confronté cet élément-là, ce son-là à un des titres les plus metal de l’album.
Pierre : Oui, c’est ce son-là qui m’inspire, ça vient de là.
Lucas : Mais si vous avez l’occasion de voir le film… Parce qu’en fait, la BO est vraiment… c’est vraiment du clavier. Ça correspond parfaitement à l’esprit du film. Bien hanté. Mais si vous avez le temps, je crois qu’il est même sur YouTube.

Lucas : Toujours dans les références cinématographiques. Ça, ça va vous plaire. Dans une des photos promo du dernier album, on vous voit, Pierre, avec le masque du Phantom Of The Paradise de Brian de Palma. Et justement, je me suis dit qu’en termes de thématiques, ça a dû beaucoup vous influencer. C’est très large en matière de thématiques.
Pierre : J’adore ce film. Pour moi, il y a tout dans ce film que j’aime. Oui, c’est large. Il y a du rock’n’roll. Les musiques de Paul Williams sont trop cool. C’est mortel. Le côté un petit peu horrifique, le côté un peu série B.
Lucas : Pacte avec le diable…
Pierre : Le côté Faust, le côté mythe de Faust. J’adore ce film. Je pourrais le regarder en boucle.
Lucas : Donc, là, on est d’accord, c’est bien une référence.
Pierre: ah bah oui, là, il ne peut pas en être autrement.
Étienne : Tout à fait !
Pierre : Là, c’est clairement une référence. Je ne m’en cache pas du tout. Ça fait longtemps que je l’avais en tête, cette référence. J’ai un ami qui m’a fait le masque. J’étais super content d’avoir ça et de le porter. J’adore ce film.
Lucas : Il y a eu plusieurs versions du Fantôme De l’Opéra. Celle-là, c’est celle qui vous a le plus marqué.
Pierre : Phantom Of The Paradise, hein.
Lucas : Oui, mais c’est basé sur le Fantôme De l’Opéra de Leroux.
Pierre : Oui, bien sûr. Je suis sur Phantom Of The Paradise, je ne suis pas sur le Fantôme De l’Opéra. Mais bien sûr, c’est la version série B, un peu plus cheap, un peu mélodramatique, un peu horreur. C’est ce mélange des genres qui fait que j’adhère au Phantom Of The Paradise. Le Fantôme De l’Opéra, il y a eu plein de versions et il y a eu beaucoup plus classique comme films. L’autre est plus déjanté et c’est ça que j’aime beaucoup. C’est très rock’n’roll. C’est très David Bowie. Il y a tout ce qui est trans. Il y a tout dans ce film.
Lucas : Oui, c’est un peu un reflet de la période.
Pierre : C’est génial. On n’avait peur de rien. C’est ouf.
Lucas : Il n’y avait pas de réseaux sociaux.
Pierre : C’est vraiment en plein Bowie, plein rock progressif. C’est tout ce que j’aime. La folie. Le film retrace sur scène les péripéties de Swan. Ça va toujours plus loin, quitte à faire mourir le mec sur scène pour vraiment être dans le spectacle. J’aime bien. C’est vraiment le film du rock’n’roll.
Lucas : Le maquillage qu’on voit sur certaines photos avec un peu de blanc et un peu de noir…
Pierre : C’est l’ancien. J’ai gardé ma tenue de scène.
Lucas : Mais ça fait référence à quoi ?
Pierre : Ça fait référence plus à un côté black metal et plus classico black metal qu’il y avait. Je ne sais plus quel album. Holocaust, non ?
Étienne : Oui, le deuxième.
Lucas : C’est la photo qu’on voit sur Metal Archives.
Pierre : Depuis Holocaust, depuis le deuxième album, j’ai ça. Sur scène, je commencerai par un masque et j’enlèverai le masque pour qu’on retrouve ce côté-là, pour qu’il y ait du liant avec tout. Et pour que ce ne soit pas non plus 100% Phantom Of The Paradise qui sort de nulle part.

Lucas : On va revenir à des questions plus terre à terre. Où est-ce qu’on pourra vous voir défendre le nouvel album ?
Étienne : En concert.
Lucas : Oui, mais dans toute la France ou au-delà ?
Étienne : On aimerait bien, oui.
Lucas : Ah, c’est pas encore planifié ?
Étienne : Dans l’immédiat, on a Le Petit Bain le 29 mai.
Pierre : On a aussi le Tyrant Fest.
Lucas : Il y a des bons groupes aussi avec vous au Petit Bain ?
Étienne : Oui, avec Nature Morte et Ætheria Conscientia. On est à trois groupes pour faire ce Petit Bain le 29 mai. On a bien hâte de le faire. C’est notre première belle salle, on peut dire ? On l’avait déjà faite pour le [festival] Post In Paris. Et on est programmé au Tyrant Fest. On vient de l’apprendre il y a quelques jours. On est bien contents. Et puis, notre agent de booking, Metallian, est en train de travailler pour essayer de nous placer à droite à gauche. On aimerait bien pouvoir faire un tour de France.
Lucas : Pour l’instant, vous restez sur la France ?
Pierre : Non, on aimerait beaucoup s’il y a moyen d’aller voir ce qu’il se passe à l’extérieur.
Lucas : Wacken, des trucs comme ça ?
Pierre : Oui, carrément. Tout ce qui est festivals à l’étranger, bien sûr. Après, pour aller jouer à l’extérieur… En Europe, parfois, c’est des plans qui peuvent être un peu « roots ». On a un certain âge, quand même. On tient à un minimum de confort. On n’est pas prêts à faire ce sacrifice. Mais oui, clairement, les festivals à l’étranger, on aimerait bien se confronter à un public autre que le public français. Voir ce qu’il se passe, le répondant qu’il y a, ou pas. Mais je pense que, oui, il y a des pays nordiques qui sont beaucoup plus tournés vers cette scène-là. Ça pourrait être bien. Ou alors l’Espagne, comme ça, on pourrait aller à la plage ?
Lucas : L’Islande, ils aiment bien ce genre de style.
Pierre : Ouais. L’Afrique aussi, comme ça il ferait beau. Mais oui, oui, bien sûr : défendre le plus possible en jouant.
Lucas : Donc le 29 mai à noter dans les agendas.

Lucas : Est-ce que vous auriez quoi que ce soit à ajouter ?
Pierre : On a un clip qui sort, là, bientôt. On a fait deux clips. Un sur « Chasing The Dragon », qui va pas tarder.
Lucas : Ah, le fameux titre, celui sur lequel je vous ai posé deux questions.
Pierre : Exactement. Donc, il y a le clip qui arrive. Et un clip pour le premier titre, « Hellisual », qui est plus long. Un court-métrage, quoi, parce que c’est 9 minutes de vidéo. Il y a plus de taf car ça prend plus de temps à monter. Mais le tournage est fini.

Propos recueillis par Lucas Biela le 15 avril 2026 à l’Hôtel Alba Opéra, Paris

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