Atlanter – Klokker
Auto Production
2026
Lucas Biela
Atlanter – Klokker

Née au début des années 2010 de la rencontre du chanteur et multi-instrumentiste Jens Carelius et du guitariste Arild Hammerø, la formation osloïte Atlanter s’est par la suite élargie pour inclure le bassiste Morten Kvam (Bugge Wesseltoft, Borge & Kvam…) et le batteur Jonas Barstem (Bendik Hofseth, Eivind Aarset…). Bien que les noms mentionnés soient associés au jazz, le quatuor mêle blues et krautrock dans ce qu’il appelle « viddeblues »… une musique loin d’être vide de sens !
La musique de nos Norvégiens est caractérisée par un bouillonnement rythmique, les tempos n’y étant en effet pas loin de ceux développés par Tony Allen (Fela Kuti) ou Jaki Liebzeit (Can). Les métriques jouées en boucle et associées au décontenancement de la guitare et des synthés, offrent alors un effet hypnotique, nous plongeant dans une transe enivrante. Avec cette profusion rythmique, les tons peuvent évidemment prendre des couleurs enjouées. Ainsi, quand sur le chaloupé « Use It Up » batterie et guitare travaillent de concert pour envoyer des coups imparables à la composition, c’est inéxorablement le déhanchement qui nous appelle. Avec « Goliath » c’est une autre paire de manche. Trépidant avec ses petites frappes impatientes et sa guitare agitée, le morceau évoque alors un cheval au trot qui profiterait des rayons caressants du soleil dans une prairie verte. « Delivery » quant à lui fait revenir rythmes frémissants, guitares corsées et synthés onctueux dans une sauce ragoûtante.

Mais on peut également se retrouver dans des univers plus graves. Il en va ainsi de « Soon ». Tandis que la guitare y emprunte des gouffres sombres, la batterie tient la torche et met en lumière la complexité des cavités explorées. « All Now » joue la carte de la prudence à travers les cadences confuses et les notes hantées de la six-cordes. Plus loin, dans « Torch », batterie et guitare font part de leur surprise avant que le trouble ne saisisse la première et la peur la seconde. L’effet est saisissant et nous étourdit autant qu’il nous pétrifie. « Easy Ride » partage aussi une part d’effroi quand la batterie se met à courir devant le danger qui se présente. Les petits gémissements de la guitare se transforment alors en lamentations plus douloureuses. Sur « Our Time », la batterie est freinée dans son entrain par les guitares circonspectes. La six-cordes finit même par fondre en larmes quand l’horizon s’avère de plus en plus indistinct. C’est un beau tableau embrumé à la William Turner qui se dessine alors.
Dans ce dédale de motifs aussi bien frivoles qu’abattus, les voix ne manquent pas d’imagination pour cimenter l’ensemble et l’emmener là où il retiendra notre attention. Ainsi, dans « Use It Up », quand notre chanteur est dans un esprit nonchalant, des voix d’accompagnement malicieuses le revigore. Onomatopées essoufflées, fermeté tenace et émerveillements béats, les mélopées de « Goliath » prouvent qu’il est possible de faire cohabiter urgence et contemplation sans anicroche. Les confidences de « Soon » se parent quant à elles d’ornements élégants et touchants. Elles portent alors sur leurs épaules une charge émotionnelle qui affecte fortement notre système limbique. De leur côté, les sifflements rêveurs de « All Now » apportent un peu de poésie dans une pièce baignée par la solennité du chant déclamatoire. Mais avec « Delivery », en cherchant à emporter le trophée du funk le plus sulfureux qui soit, c’est un véritable tour de force que les voix de tête enflammées de Jens réalisent. On en est complètement abasourdis. Dans « Easy Ride », à la détresse répond même la sécurité dans les chœurs réconfortants. Notre palpitant alors tout en émoi peut revenir à son rythme régulier.

Atlanter savent jongler entre groove et émotion pour nous faire vivre une expérience auditive exceptionnelle. La Norvège étant connue pour ses formations à l’originalité sans pareil (faut-il citer des groupes comme Fleurety, Ulver, Ved Buens Ende ou Manes ?), on n’hésitera pas à ajouter à la liste la bande à Jens Carelius et Arild Hammerø.