Snowdrops – Volutes

Volutes
Snowdrops
Injazero
2020
Jean-Michel Calvez

SnowdropsVolutes

Snowdrops Volutes

On a déjà parlé de Christine Ott, ondiste virtuose mais aussi pianiste, qui a déjà nombre d’albums à son actif, improvisés en live ou plus construits (studio). Que ça soit en solo pour Chimères, l’avant dernier, une véritable « ode aux ondes », ou la plupart des autres en collaboration sur des projets diversifiés (dont des B.O. de films d’auteur) ou accompagnant des musiciens connus de la scène alternative et Indie tel Ian Tiersen ou, plus récemment, les Tindersticks sur leur album Minute Bodies (2017).
Dans Volutes, notre claviériste avance masquée (c’est de saison !), en duo avec Mathieu Gabry dans leur nouveau combo Snowdrops. Volutes, leur premier album, se rapproche du très atmosphérique Only Silence Remains de 2017, chroniqué dans C&O. En plus des ondes Martenot (mises au point en 1928, ancêtre des claviers électroniques et donc aussi du synthétiseur, si l’on veut), certains titres mettent aussi à l’honneur le son caractéristique du mellotron : encore un ancêtre, mais ancêtre du sampler celui-là (cordes, flutes ou voix) qui, bien avant la vague ambient, a eu son heure de gloire dans les sixties avec des groupes de prog/rock (les Moody Blues et leur cultissime « Nights in White Satin », Barclay James Harvest, Pink Floyd, etc.), que l’on retrouve de temps à autre parmi les claviers d’artistes actuels de la scène rock ou folk : Aimée Mann, Joanna Newsom, etc. Car la musique, c’est aussi le son et sur ce plan, on n’a jamais fait de « meilleure soupe » que dans les « vieilles marmites » selon l’adage bien connu, ce qui a mené aussi au concept lo-fi. Christine Ott doit en être remerciée de faire vivre et revivre notre héritage instrumental du millénaire passé (peut-on parler de hardware vintage, en des temps où n’existait aucun de ces mots ?)

Snowdrops Volutes band1
La plupart des titres de Volutes sont dans une veine soft et apaisée, proche de l’ambient ou de la musique cinématique, parfois presque romantique (impression due aux cordes, le violoncelle, et l’alto profond d’Anne Irène-Kempf). Rien d’inquiétant ou de résolument dark, malgré la réputation de longue date des ondes Martenot, l’instrument de prédilection pour sonoriser les films d’horreur durant une moitié du XXème siècle, du fait de sa grande aptitude naturelle aux « hululements sinistres » – disons sinusoïdaux – de ce drôle de clavier, une sorte de version électrique de la scie musicale dont le son se rapproche aussi de celui du fameux Minimoog sur sa forme d’onde sinusoïdale.
La seule exception est « Odysseus », le plus long morceau de l’album, avec plus de treize minutes et qui, conformément à son titre et à ce qu’inspire celui-ci, s’ouvre dans une tonalité virile et grave, un bouillonnement tellurique proche du dark ambient, vaguement inquiétant donc, mais on a fait pire. D’ailleurs tout cela revient assez vite à un registre plus apaisé et céleste, disons lyrique. La fusion des cordes et des claviers vintage (si l’on y réfléchit bien, le piano en est un aussi, n’est-ce pas ?) donne à tout l’album une tonalité unifiée de symphonie en plusieurs mouvements, même si ses sept titres ne sont pas enchaînés. Car si l’on classe à part cet « Odysseus » à l’intro plus nerveuse voire agitée, Volutes n’offre en effet aucune véritable rupture de ton. Le son, lissé et d’une classe impressionnante, se rapproche de la « musique contemporaine » (tonale quand même, ou jamais vraiment dissonante : pas de panique ni de raison de fuir !) par une sorte de classicisme inné qui est celui des bonnes B.O. de films ou de documentaires incitant au voyage dans la tête.
Sur « Ultraviolet » par exemple, l’ambiance onirique et les nappes de mellotron rappellent les passages les plus lyriques d’un Tangerine Dream, période Virgin (Rubycon, en particulier) avec, à mi-parcours, une amorce de séquence rythmique à peine esquissée qui donnera le frisson aux fans de Berlin School, même si l’on a fait du chemin, depuis. Et le solo n’est pas oublié lorsque Christine Ott nous concocte, sur « Eloge De L’Errance », un superbe titre 100% pianistique qui, lui aussi mais de façon très différente, déclenche cet autre forme de frisson que savent insinuer les grands solistes au piano (à comparer à d’autres pianos hors norme : les titres les plus lyriques de Keith Jarrett, Wim Mertens, Agnès Obel…). Et même si en solo, les ondes Martenot (instrument monodique, comme chacun sait) peuvent sonner un peu monochrome, telles les célèbres mais austères « Suites » de Bach (pour violon, ou pour violoncelle par exemple), ce n’est donc pas le cas sur cet album. Car Volutes sonne au moins aussi symphonique que le rock progressif de même qualificatif qui n’a besoin que d’une poignée de claviers pour simuler à l’oreille tout un orchestre, ou presque.

Snowdrops Volutes band2
Ce duo avec Mathieu Gabry est donc une vraie découverte, une œuvre en binôme, presque d’ensemble tant leur duo a su s’entourer (et profiter aussi des artifices du studio) pour remplir tout l’espace sonore et offrir un superbe écrin à son piano et aux ondes Martenot. Voilà un instrument trop peu connu mais qui, bientôt centenaire (c’est beaucoup, surtout pour un instrument électronique !) n’en finit pas de nous charmer par sa signature sonore exclusive, de même que son « frère » tout juste un peu plus jeune, le mellotron (issu du chamberlin de 1948). Rien de rétro pour autant et Volutes est l’une des meilleures productions de l’année 2020 dans un registre toujours inclassable transcendant les genres et les étiquettes, assez proche de l’ambient, mais avant tout, fabuleusement moderne et « contemporain ».

https://www.injazerorecords.com/

http://www.christineott.fr/

http://www.christineott.fr/snowdrops.html

https://snowdrops.bandcamp.com/

 

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