Dream Theater – Distance Over Time

Distance Over Time
Dream Theater
Inside Out
2019
Rudzik / Fred Natuzzi

Dream Theater – Distance Over Time

Dream Theater Distance Over Time

Introduction: Ça fait un bout de temps que C&O ne vous a pas proposé une chronique « pour ou contre » un album. Et là, sous vos yeux ébahis, c’est tout simplement au plus haut niveau de notre équipe que ça va s’écharper. Ce sont carrément le webmaster et le rédac chef qui règlent leurs comptes pour deux papiers sanguinolents à propos du dernier Dream Theater.

En fait, on vous la fait un peu façon « tabloids » car en y regardant bien, leurs avis ne sont pas si divergents même si on frôlera l’incident diplomatique, le crime de lèse-majesté et le licenciement abusif.

Rudzik (le webmaster): pas pour mais pas tout à fait contre non plus.

Aujourd’hui, c’est du lourd : j’ai décidé de m’opposer frontalement à Fred Natuzzi, notre rédac. chef dans cette chronique alternative de Distance Over Time, le dernier Dream Theater (bon en fait, pas forcément car, à l’heure où j’écris ces lignes, je ne connais pas sa prose). Tout est venu d’un échange un peu contradictoire devant un (des ?) excellent cocktail dans son repaire parisien de la rue de Lappe. C’est qu’en tant « qu’ex » grand fan de DT, j’ai pourtant peu à peu décroché du groupe, à partir de Train Of Thoughts donc, bien avant le départ de Mike Portnoy. Fred a eu plutôt tendance à penser que Distance Over Time était un retour gagnant de la part de  Dream Theater alors que je n’étais pas trop convaincu.

Flashback : après les deux albums exceptionnels qu’ont été Scenes From A Memory et Six Degrees Of Inner Turbulence, nos cinq pionniers du metal progressif ont commencé à singulièrement manquer d’inspiration pour se réinventer. Ce faisant, ils ont fait le pire choix qui soit à savoir régulièrement plagier des grosses pointures comme Metallica ou Muse (et Rush mais ça, c’était pas nouveau) pour essayer de surnager. Même si un sursaut salutaire était ressenti avec Black Clouds & Silver Linings, la carrière du groupe allait prendre un tournant dramatique* avec le départ d’un Mike Portnoy proche du burn-out mais qui restait une des têtes pensantes du band. Je n’entrerai pas dans la polémique stérile de la comparaison entre les deux Mike et donc de l’arrivée de Mike Mangini aux fûts mais c’est forcément un quitte ou double que de remplacer un membre aussi charismatique dans une formation sur la pente descendante. Soit vous rebondissez grâce à un nouveau souffle créateur inspiré par ce sang neuf, soit vous accélérez cette descente vers l’oubli. Ainsi A Dramatic Turn Of Event* fut et est encore le dernier album que j’ai acquis du groupe, le premier de l’ère Mangini mais surtout de la prise de pouvoir de John Petrucci. Cette galette fade m’a déçu mais le fond du tonneau fut atteint avec l’ambitieux The Astonishing bourré de clichés et aux textes d’une naïveté affligeante.

Dream Theater Distance Over Time Band 1

J’en viens (enfin me direz-vous) à ce Distance Over Time. C’est certain, nous n’avons pas affaire à un mauvais album mais il n’a rien d’époustouflant ni de surprenant. Et oui ! Désolé mais « l’Inspiration Majuscule » n’est pas revenue comme par miracle. Tout au plus, le dégonflage des chevilles de Petrucci après son The Astonishing, également gonflé aux hormones mais en manque de reconnaissance, l’a amené à revenir aux racines de ce qu’a été Dream Theater.

Les impressions ressenties m’ont emmenées sur les rivages du « déjà vu » (étrange ! mais ça me renvoie aussi à cet énorme titre de Scenes From A Memory, j’ai nommé… « Strange Déjà Vu » bien que Distance Over Time n’ait rien de commun avec lui.). Et ça commence direct sur « Untethered Angels », un morceau percutant et très bien construit mais dont les plans sont très prévisibles quand on connaît bien DT. On note très vite que James Labrie chante relativement bas et a dépouillé ses vocaux d’envolées pointues. Je ne tirerais pas sur le pianiste car, c’est bien connu, celui qui vieillit le plus rapidement dans un groupe, c’est le chanteur. Alors si James réussit à muer avec bonheur son chant pour le mettre en accord avec ses capacités en régression comme l’a fait Robert Plant avant lui au lieu de s’obstiner à tenter de donner le change comme Rob Halford ou Ian Gillan, pourquoi pas.

La grande satisfaction sur Distance Over Time, il faut la chercher du côté du claviériste Jordan Rudess qui semble avoir décidé de se remettre à jouer des… claviers. Je m’explique. Terminées les sonorités chelous à deux balles qui tombent comme des cheveux dans la soupe. Le jeu de Jordan et surtout ses soli sont redevenus ébouriffants (« Fall Into The Light ») mais surtout complètement intégrés aux morceaux qu’ils habillent parfaitement. C’est un peu comme s’il avait décidé d’arrêter de porter une ceinture marron avec des chaussures noires. John Myung se voit confier la sympathique intro slappée de « S2N ». Son alliance avec les drums de Mike Mangini est sans failles. Ce dernier m’apparaît plus technique et rapide que Mike Portnoy mais son jeu est moins organique et souffre toujours d’une variété moindre de sonorités de cymbales.

Certes, la dextérité de John Petrucci (et celle de ses acolytes bien sûr) éclabousse comme d’habitude les compositions à tiroirs du groupe et ses riffs tranchent cette galette tel le katana d’un samouraï (« Room 137 ») mais l’originalité est rarement revenue au rendez-vous. Toutefois, s’il fallait quand même la mettre en évidence, je dirais que je l’ai pointée du doigt dans le dernier titre de cette galette à savoir le compact « Viper King ». Là où « Fall Into The Light » débute par un faux rythme bluesy, « Viper King » ressemble à un titre de classic hard rock que n’auraient pas dénigré un Rainbow ou un Deep Purple, si l’on excepte le son très metal des riffs et certaines polyrythmies sur les couplets. D’ailleurs, le solo d’orgue Hammond de Rudess rappelle furieusement ce que faisait le regretté Jon Lord. Bon, la surprise demeure mesurée mais ce titre sympatoche finit de façon étonnante un album somme toute très balisé dans les chemins empruntés par Dream Theater pendant toute sa carrière.

Dream Theater Distance Over Time Band 2

Je reviens sur ma chronique de Vector d’Haken que j’avais rédigée sans avoir encore entendu Distance Over Time : l’écoute de ce dernier me conforte après coup dans ce que j’y ai fait figurer. Alors qu’Haken prend des risques à chaque album avec beaucoup de bonheur, Dream Theater à bout de souffle revient en territoire connu pour proposer un album honnête mais sans plus. Est-ce un besoin nécessaire pour se rassurer avant de se relancer en territoire inconnu pour une mise en danger salutaire ? L’avenir nous le dira mais j’avoue en douter. Quoiqu’il en soit,  Distance Over Time s’écoute avec un plaisir non dissimulé mais aussi, confirme que Dream Theater continue à peiner pour retrouver une créativité qui s’est évanouie au fil d’une discographie faite de hauts et de bas.

L’avenir me dira aussi si je me suis opposé si frontalement à mon rédac. chef préféré (c’est facile de l’écrire vu que je n’en ai qu’un seul) que son ire pourrait le pousser à me licencier purement et simplement (ce qui est facile aussi vu combien mon bénévolat, comme le sien d’ailleurs, est rémunéré, à savoir zéro).

Fred Natuzzi (le rédac. chef): pas contre mais pas tout à fait pour non plus.

Mon cher Rudzik (et cher lecteur)

Je viens de lire (et corriger, parce que oui, tu fais encore des fautes malgré toutes les corrections qu’Henri t’avait infligées) ta chronique sur Dream Theater ou tu t’en prends éhontément à un groupe qui (a) fait rêver des millions de personnes à travers le monde, rien que pour leurs belles chevelures et leurs doigts hors du commun. Oui, qui sur Terre peut aller aussi vite qu’un Petrucci ou un Myung sur sa guitare ou sa basse, qui peut se targuer d’avoir 8 bras comme Mangini ou Portnoy avant, ou d’avoir 48 doigts comme Rudess ? Hein, je te le demande ? Déjà, rien que pour ça, Dream Theater mérite le respect. Bon, y a plus beaucoup de belles chevelures dans le combo ricain, mais leurs doigts sont toujours là. Et je sais que tu aimes les doigts.

Tu dis vouloir « t’opposer frontalement » à moi… Après tout ce qu’on a vécu ensemble, comment peux-tu me faire ça. Aaaah, ils sont vite oubliés les cocktails de la rue de Lappe… OK, on n’a pas vécu plus de choses que ça ensemble, mais bon, ce n’est pas une raison ! Je sens le coup d’état, le putsh venir. Serais-tu un cousin à Boutéflika ? Je ne le pense pas mais fais attention. Des têtes sont tombées pour moins que ça. Bon, pour revenir à ce qui nous concerne, tu ne démolis pas le groupe complètement. Tu avoues bien volontiers que ce nouvel opus s’écoute « avec un plaisir non dissimulé ».  Bah voilà, on est d’accord. Ce que tu lui reproches, c’est un manque d’inspiration. Moi je dirais que c’est une belle respiration. En effet, c’est un groupe que l’on pensait quasi mort, après les moult albums sans âme sortis depuis l’évincement (volontaire) de Mike Portnoy.  Il l’avait bien senti le Portnoy que le groupe sortait trop d’albums et que la qualité s’en ressentait. Il n’osait pas trop le dire mais c’est certainement ce qui a conduit à son départ et à son exil en Terre sainte chez le père Neal Morse. Dieu merci, il était là lui pour le recueillir et en faire son batteur de luxe… euh… son batteur vengeur… euh… non plus… bref, son batteur à lui. Depuis Train Of Thoughts, pour ma part, Dream Theater n’a rien sorti de transcendant et devenait ennuyeux à force de se prendre trop au sérieux. Même Labrie, lorsqu’il sortait un album solo, était meilleur, c’est dire !

Dream Theater Distance Over Time Band 3

Et puis la cerise sur le gâteau, ce fut quand même The Astonishing que je qualifierais d’accident industriel tellement il était d’une prétention catastrophique avec ses paroles qui semblaient avoir été rédigées par un enfant d’à peine douze ans… Alors quand j’écoute Distance Over Time, je retrouve enfin un peu le sourire et je me dis que cet opus est quand même bien au-dessus de tout ce qui est sorti depuis 2005. Oui, je le reconnais, l’inspiration est limitée, on retrouve les plans signés DT, les titres ne sont pas tous géniaux, mais je n’en demandais pas autant ! Au moins un album qui s’écoute en entier, c’est déjà ça. Et comme tu le soulignes dans ta chronique, mon cher Rudzik, on retrouve un Jordan Rudess qui n’essaye pas de trop faire le show en nous faisant n’importe quoi avec ses claviers. Les soli de Petrucci sont bien sentis et la basse de Myung ressort bien. « Untethered Angel » qui démarre les hostilités est du pur DT et retient l’attention. « Paralysed » m’avait intrigué à sa sortie sur youtube et là on tient quelque chose d’intéressant. En moins de cinq minutes, une bonne compo avec un son différent ! Je ne détaillerai pas le reste de l’album mais au fur et à mesure qu’il s’écoule, on se surprend à se dire que tel ou tel passage est vraiment bon, jusqu’au titre final, « Viper King » qui est en fait un bonus. Et ça s’entend. Ils se sont lâchés et ça sent le Deep Purple à plein nez. Ils s’amusent. Oui. Ils s’amusent…et ça, j’achète, tu vois Rudzik.  Dream Theater qui s’amuse, ben je ne l’avais jamais entendu. En tout cas, pas comme ça. Dream Theater devrait se lâcher plus souvent, peut-être à la manière de leur ancien ami Mike Portnoy, comme il le fait avec Neal Morse. Ça leur ferait du bien, et à nous aussi finalement.

Alors quid de ton avenir mon cher Rudzik ? Eh bien je ne vais pas te virer. Non monsieur, ce serait trop facile. Et puis j’ai  besoin de toi ici, je ne peux pas tout assumer. J’assume déjà le fait d’aimer le dernier Dream Theater, c’est déjà beaucoup (et je sais déjà que certains vont me tomber dessus). Alors du coup on va retourner se taper … des cocktails, calme toi ! rue de Lappe et on continuera nos discussions sans fins sur la musique en général. Après tout, Clair & Obscur, c’est fait pour ça !

Dream Theater Distance Over Time Band 4

PS du correcteur (Rudzik): Au cas où « Môssieur le rédac chef » se croirait infaillible, je précise que j’ai aussi dû lui corriger son lot de fautes mais, à sa décharge, reconnaissons qu’il n’a pas été formé par le docte « maître Capello » Henri… et puis… le chef a toujours raison !

http://dreamtheater.net

 

3 commentaires

  • Guillaume Beauvois

    Excellent duel, vous m’avez bien fait rire.

    Sinon, si je peux me permettre, il reste une petite coquille : « malgré toutes les corrections qu’Henri t’avais infligées » (avait plutôt car c’est Henri qui inflige 😉 )

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