Anneke Van Giersbergen – The Darkest Skies Are The Brightest

The Darkest Skies Are The Brightest
Anneke Van Giersbergen
Inside Out Music
2021
Thierry Folcher

Anneke Van Giersbergen – The Darkest Skies Are The Brightest

Anneke Van Giersbergen The Darkest Skies Are The Brightest

Tous les amoureux de la belle Anneke connaissent certainement la plupart des tourments qui l’ont amenée à écrire ce The Darkest Skies Are The Brightest très introspectif. Je rappellerais juste que son aventure avec Vuur a tourné au désastre financier et que sa relation avec Rob Snijders, son manager de mari, s’est quelque peu assombrie. Alors, je serais presque tenté de dire : tant mieux ! Oui je sais c’est dur, mais je ne le pense pas, bien évidemment. Par contre, en bon fan égoïste, quel bonheur de retrouver la voix d’Anneke dans ce registre intimiste où elle peut donner la pleine mesure de son talent. Et puis, le titre qu’on peut traduire par : Les ciels les plus sombres sont les plus brillants, positive à mort. Anneke s’est relevée et a fait de ces expériences pas toujours faciles, un accélérateur de vie et de carrière. Voici donc onze nouvelles chansons, écrites à l’orée d’un bois près d’Eindhoven où l’inspiration est venue toute seule. Pendant que je pose ces lignes, je suis en train d’écouter « Losing You » et je peux vous assurer que j’en ai les larmes aux yeux. Et pourtant tout va bien pour moi, dieu merci. Seulement voilà, je suis transpercé par cette voix que je connais si bien et qui fait ressurgir des souvenirs où des titres du style « Come Wander With Me » illuminaient mon quotidien. Maintenant, il va bien falloir s’occuper des fans de métal et leur dire: « vous en avez bien profité, vous pouvez nous la laisser un peu ». Pour les consoler je leur dirais que ses prestations avec The Gathering, Devin Townsend ou Arjen Lucassen valent leur pesant d’or. C’est sûr, on fait partie de la même équipe mais il y a ceux, comme moi, qui écoutent plus la version Gentle que la version Storm de l’excellent The Diary sorti en 2015.

Peu importe nos préférences, moi j’ai envie de dire qu’il faut sauver le soldat Van Giersbergen et foncer tout droit acheter son nouvel album. La pandémie n’a pas arrangé les choses et la promotion sur scène risque d’être compliquée. Si la qualité de The Darkest Skies Are The Brightest n’avait pas été au rendez-vous, on aurait apporté volontiers notre obole mais uniquement pour services rendus. Mais là, je peux vous le dire, il s’agit d’un très, très bon disque à mettre au niveau de ses meilleures productions. On ne s’ennuie pas une seconde, c’est jamais larmoyant (même « Losing You ») et terriblement bien mis en musique. J’ai gardé une affinité particulière pour Air (2007), son tout premier effort solo avec Agua De Annique et je retrouve ici le même parfum et la même façon de poser la voix avec ces fameuses variations grave/aiguë qu’on ne retrouve chez personne d’autre. C’est bien simple, dans tous les duos qu’elle a pu faire, notamment avec Simone Simons ou Sharon Den Adel (le magnifique « Somewhere »), elle a toujours remporté la mise et pourtant face à de sacrés adversaires. Toute proportion gardée, j’ai souvent comparé Anneke à notre célèbre cantatrice Natalie Dessay. Il y a ce même sourire, ces mêmes yeux pétillants et ce bonheur que toutes les deux partagent avec le public de façon si spontané. Bon, je crois que j’ai bien vendu l’affaire, il va falloir maintenant revenir à la musique car elle le vaut bien, comme dirait l’autre. L’album s’ouvre avec le magnifique « Agape » dont le thème nous plonge directement dans le vif du sujet et transcende l’interprétation d’Anneke. Sujet difficile, mais chanson optimiste. Le cœur brisé de notre chère Batave retrouve sa brillance en s’inspirant du Kintsugi, cet art japonais qui utilise de la poudre d’or pour recoller les morceaux d’un objet cassé et le rendre ainsi plus précieux. Une métaphore évidente sur ce titre d’une douceur incroyable où la voix et les cordes s’envolent dans une irrésistible ronde céleste.

Anneke Van Giersbergen The Darkest Skies Are The Brightest Band 1

Quel démarrage ! Il y avait longtemps que j’espérais réentendre Anneke en solo dans un tel registre. L’art a besoin de l’ombre, de la nuit ou de la tempête pour donner sa pleine mesure et ce nouvel album est d’une force créatrice impressionnante tant au niveau des paroles que de la musique. Anneke s’est donnée à fond pour exorciser ses souffrances et le résultat ressemble à une mise à nu de son âme sur la quasi totalité de l’album. Cela dit, à aucun moment elle ne pleure sur son sort, bien au contraire. C’est positif, volontairement instructif jusqu’à prendre la terre entière à témoin (« Survive »). D’entrée, on est séduit par le traitement de la voix, par cette façon de la multiplier à la manière d’Ayreon (« Hurricane ») ou de l’accompagner en backing (« Keep It Simple »). Sur ce dernier titre, Marielle Woltring renforce le timbre d’Anneke dans une tonalité assez proche qui permet de déboucher sur un gospel plein d’entrain. Coup de chapeau pour l’enregistrement à mettre au crédit du guitariste Gijs Coolen, l’autre grand personnage du disque. Avec Nicky Hustinx à la batterie, il fait partie des rares instrumentistes à suivre Anneke sur quasiment tous les morceaux. Outre la voix, c’est l’ensemble de cordes dirigé par Ruud Peeters qui va renforcer le côté émotionnel et parer les chansons de sensations complices (« Agape »), de couleurs classiques (« My Promises ») ou de tourbillons envoûtants (« The End »).

Et puis, on se doit de relever certains instants magiques comme par exemple la construction d’« Hurricane » où l’on retrouve Anneke dans sa façon si personnelle de basculer dans plusieurs chants différents avec une facilité déconcertante. Un morceau sublimé par la trompette de Coos Zwagerman qui lance des éclats lumineux au-dessus de cet ouragan de folie. Car il faut savoir que l’ambiance n’est pas du tout cotonneuse sur ce disque. Il suffit d’écouter « Survive » pour s’en convaincre. Il y a du muscle c’est évident, comme pour rappeler les attaches de la dame et rassurer une partie de ses admirateurs. Au rayon des réussites, on peut signaler le puissant « I Saw A Car » avec Anneke, Gijs et Nicky aux percussions sur cet hymne celtico/trad particulièrement entraînant. Enfin, je ne peux m’empêcher de revenir sur la claque « Losing You » qui fut la première flèche à percer ma carapace pourtant endurcie. Il suffit de l’entendre chanter : « Whatever the reason I couldn’t believe it… » sur de magnifiques arpèges de guitare pour déposer les armes définitivement. Alors, c’est certain, il y aura des titres qui vont mieux vieillir que d’autres, on assistera à des révélations tardives et à des confirmations évidentes. C’est tout le charme de ces ouvrages sur lesquels on ne peut s’empêcher de revenir sans cesse et qu’on redécouvre à chaque fois.

Anneke Van Giersbergen The Darkest Skies Are The Brightest Band 2

Bien des choses ont changé pour Anneke. Elle l’écrit même en grosses lettres à l’intérieur de la pochette. Elle se sent vivante et les nuages qui ont assombri sa vie sont en train de se dissiper. La thérapie par l’écriture a fonctionné et nous en avons tous profité. The Darkest Skies Are The Brightest est un album intense, formateur et rempli d’espoir. Quand je parle de profit, ce n’est pas seulement pour la qualité des chansons, mais c’est aussi pour la leçon que notre chanteuse préférée a voulu nous transmettre. Je le dis sans parti-pris (ou si peu), Anneke n’a jamais aussi bien chanté et ne fait que confirmer la place qu’elle occupe aujourd’hui parmi les plus grandes interprètes de la planète, toutes catégories confondues.

https://www.annekevangiersbergen.com/

 

Un commentaire

  • Frédéric Gerchambeau

    Super chronique… et en effet super chanteuse !
    Merci pour cette belle découverte.
    Frédéric

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