Ange – Une carrière divine (seconde partie)

Une carrière divine (seconde partie)
Ange
Musea
1984 - 1992
Christophe Gigon

Ange – Une carrière divine (seconde partie)

Ange band1

Maintenant que vous avez eu largement le temps d’écouter religieusement les dix premiers albums de la geste angélique (la plupart réédités de manière luxuriante chez Musea), suite à notre article, Ange – Une carrière divine (1ère partie) paru il y a (déjà !) trois ans, nous pouvons aborder la seconde partie de la carrière du plus vieux groupe français toujours en activité, qui fête cette année ses 50 ans de carrière !

Seconde partie : Les années intermédiaires (1984-1992)

La Gare De Troyes (1983) sera le dernier album d’Ange sorti chez Philips. Les années 80 seront pour la troupe belfortaine, comme pour toutes les autres formations musicales nées dans les années 70, une période de semi-purgatoire. De 1984 à 1992, Ange produira des disques avec différents musiciens, pour divers labels, jusqu’aux adieux du groupe, durant la grandiose tournée Un Petit Tour Et Puis S’En Vont, en 1995… avant que le père Décamps forme un nouvel Ange, avec son fils et d’autres fines gâchettes. Nouveau groupe, issu à l’aube du nouveau millénaire, dont la riche carrière permet d’exister encore de manière crédible et honorable aujourd’hui. On en reparlera dans notre troisième (et dernière ?) partie. Ainsi, si la première époque de la geste angélique restera indéniablement son âge d’or, la troisième phase, par la richesse du son et l’éternelle invention de musiciens de très haut niveau, en forme peut-être la période la plus musicalement intéressante. Qu’en est-il donc de cette seconde étape intermédiaire, probablement la moins aisée à parcourir, à suivre et à apprécier ?

Ange – Fou ! (1984)

Ange Fou !

Malgré la superbe illustration de pochette du génial Phil Umbdenstock, la musique proposée sur ce disque n’a plus grand-chose à voir avec celle proposée dix ans plus tôt sur le chef-d’œuvre Au-Delà Du Délire. La production, typique de l’époque, fait passer le batteur pour une boîte à rythme et Francis Décamps pour une piste-démo d’un Yamaha DX-7. Seuls le guitariste Serge Cuenot et le chanteur Christian Décamps tirent leur épingle du jeu tant le style ciselé de l’un et la voix claire de l’autre sortent du mix, pour le plus grand bonheur des fans de la première heure. Il ne s’agit plus de rock progressif, c’est indéniable. Mais on n’est tout de même bien loin de la variété française, rassurez-vous, même si la sortie de ce disque sur le label Trema (celui de Michel Sardou) pouvait laisser craindre le pire. Onze titres rock ramassés qui collent à leur époque. Une sorte de hard-rock des familles, mâtiné de nappes de synthés, qui fera davantage penser à Klaxon qu’à Genesis. Force est d’avouer que Genesis lui-même, à cette époque-là, ne se ressemble plus du tout. Les chansons ne sont pas mauvaises, loin de là, mais ni le son, ni la construction de celles-ci n’atteignent à aucun moment la grandeur des années passées, ni celles des années suivantes, celles du «nouvel Ange ». Deux classiques sont néanmoins présents sur Fou ! : « (Je n’Suis) Là Pour Personne » (qui sera rejoué lors de la tournée d’adieu de 1995) et le superbe diptyque « Crever D’Amour » qui sera exécuté par le fils Tristan lors de la tournée de Christian Décamps et fils en 1995. A relever la magnifique réédition de ce disque par Musea l’année passée.

Ange – Egna (1986)

Ange Egna

Pochette laide, titre en forme d’anagramme : quelques indices qui sembleraient prouver que le groupe se cherche. Il s’est peut-être même perdu. En effet, dès l’écoute du premier titre « C’Est Après Coup Que Ça Fait Mal » au son atroce et aux textes indignes du grand poète qu’a (presque) toujours été Christian Décamps, l’auditeur a de quoi s’interroger. Parties de basse slappées et lignes de clavier que l’on croirait sorties de chez France Gall. Sans compter une production typiquement 80’s et la voix de Martine Kesselburg qui achèvent de transformer Ange en Niagara. La chute paraît abyssale. On serait tenté de dire que cette première piste porte tout à fait bien son titre. Certes, tout n’est pas à jeter sur cette galette avariée, certainement la moins intéressante de toute la carrière du groupe. « Fais Pas La Gueule » propose de belles lignes mélodiques de Doudou et Serge Cuenot prouve une fois de plus quel guitariste racé il est. Par contre, « Les Sorcières De Salem », « Les Dessins-Animés » et « Le Cul Qui Jazze » restent très pénibles à écouter. Encore une fois, ce n’est pas tant la qualité des compositions (encore que..) qui laisse à désirer que la prise de son, absolument démodée et agressive. A souligner également que l’on a connu en Christian Décamps un parolier plus inspiré (« pipi, caca, braguette magique… ») . Musea, là encore, en propose une nouvelle version qui complètera votre collection. Seule raison valable d’acquérir cette épine dans le dos d’une discographie vitaminée, mais qui connaît aussi ses coups de mou. Un dur coup de mou pour le coup.

Ange – Tout Feu Tout Flamme… C’Est Pour De Rire (1987)

Ange Tout Feu tout flamme C'est pour de rire

La face recto du livret du disque, glaçante et inquiétante, semble nous annoncer que le groupe vit encore une longue convalescence. Il hésite même entre deux titres. En lettres d’or, Tout Feu Tout Flamme, du nom d’un de leurs premiers 45 Tours de 1971. Inutile de préciser que la reprise reste moins bonne que l’originale malgré la participation des « anciens » Daniel Haas et Jean-Michel Brézovar. Drôle d’idée. Le second titre, « C’Est Pour De Rire », ne fait pas rire justement. Ange prouve qu’il ne sait plus vraiment quelle direction adopter. Cet album, paru sur Disques Marianne, label créé par Francis Décamps, ne marquera pas les annales. D’ailleurs, à ce jour, il n’a toujours pas été réédité. « Moins pire » que l’album précédent, ce disque ne fait indubitablement pas partie des préférés du fan-clan. Là encore, une production hard-FM de mauvais aloi gâche un peu le plaisir. Le retour épisodique des superbes soli de claviers du frangin (« Tout Contre Tout ») rassure. Malgré quelques gros ratés (« Coquille D’Œuf », qu’on croirait extrait d’un mauvais disque de Michel Jonasz, le son utilisé par Francis sur « C’Est Pour De Rire », les indigestes ponctuations de saxophone, les fins de pistes en fading, etc.). Là encore, toujours rien à dire en ce qui concerne le travail de Serge Cuenot à la six-cordes : la grande classe. Lui seul semble ne pas avoir été atteint du syndrome « Je fais sonner mon disque de telle manière qu’il puisse apparaître sur la première face de Boulevard Des Hits vol. 16.). Respect. Pourtant, il s’agira de son dernier tour de piste. Doudou parti.

Ange – Sève Qui Peut (1989)

Ange Sève qui peut

Le début de la fin de la période trouble commence avec Sève Qui Peut qui, s’il n’est pas parfait, montre un regain de forme inespéré. Une production haut-de-gamme menée par les frères Décamps, un son moins typé (les années 90 pointent le bout de leur nez). La voix de Christian commence à prendre ce timbre plus grave qui fera la marque de fabrique des lignes vocales de l’Ange du nouveau millénaire. Le retour à la guitare de Jean-Michel Brézovar, secondé par l’excellent Robert Defer, peut être la cause de cette espoir de retour aux sources mélodiques. En effet, Sève Qui Peut se pose comme un concept album narrant les aventures d’un gland (!) qui s’enracinera pendant les épisodes de la Révolution française. D’abord spectacle-ballet commandé par le Territoire de Belfort pour commémorer le bicentenaire de la Révolution, l’album propose une petite dizaine de titres qui sont autant de preuves d’une réelle remise en forme même si l’on n’atteint plus vraiment la grâce des albums cultes des années 70. Les passages narrés rendent l’écoute cursive du disque agaçante. Ceux qui connaissent le miracle qu’a constitué, lors de sa sortie en 1992, Les Larmes Du Dalaï-Lama, sont bien obligés de reconnaître que Sève Qui Peut en a été le bourgeon. En effet, comment ne pas entendre dans un titre comme « Les Plaisirs Faciles » les germes de ce qui deviendra le génial « Nonne Assistante À Personne À Tanger » sur le dernier chef-d’œuvre de l’ « ancien » Ange. Ou « L’Or, L’Argent Et La Lumière » qui possède déjà de faux airs du superbe « Couleurs En Colère ». Au moins, Ange ne bouclera pas la boucle sur un nœud.

Ange – Les Larmes Du Dalaï-Lama (1992)

Ange Les Larmes du Dalaï-Lama

Réussite indéniable, ce dernier travail de l’Ange Mark I est en tout point remarquable. Rien n’est à jeter. Les neuf titres offrent le meilleur de ce que l’on peut attendre d’un groupe de plus de vingt ans de longévité. Aucune révolution de palais mais une envie, un son, une verve, une maîtrise qui nous font oublier les errements des années passées. Dès l’inaugural « Les Larmes Du Dalaï-Lama », le ton est donné : c’est à du très grand Ange auquel nous avons enfin à faire. Compositions imparables, textes superbes, prise de son aux petits oignons, instrumentations claires et précises. Et c’est parti pour l’un des tous meilleurs albums d’Ange, toutes époques confondues. Rien ne peut plus les arrêter, le mojo semble être leur unique credo. « Le Ballon De Billy », devenu depuis un classique lors des concerts de la nouvelle formation, envoie deux soli de guitare du tonnerre de Dieu. « La Bête », superbe titre qui sera d’ailleurs souvent repris par Christian Décamps en solo, montre de quoi est capable Ange quand il a le diable au corps. « Nonne Assistante À Personne À Tanger » reste un titre imparable à la complexité mélodique indéniable. « Couleurs En Colère », « Les Herbes Folles » et « Les Enfants Du Hasard » terminent ce retour aux premières loges du rock progressif français d’envergure. Musea vient de rééditer ce chant du cygne avec deux titres bonus. Un bon dernier disque de la formation (presque) originelle qui en profitera pour tirer sa révérence lors de la tournée A Dieu de 1995 qui se conclura par un Zénith plein comme un œuf avec des invités prestigieux comme Hubert-Félix Thiéfaine ou Steve Hogarth de Marillion. Mais il s’agit d’une fausse fin car, en même temps, Christian Décamps tourne déjà en solo sous l’appellation Christian Décamps et Fils avec une équipe de musiciens exceptionnels, qui dépassent de la queue et de la tête les anciens, à qui l’on doit naturellement le respect d’avoir su créer ces si belles plages musicales. Hervé Rouyer à la batterie, Tristan Sidhoum à la basse, le fiston Tristan aux claviers, le sublime Jean-Pascal Boffo à la guitare accompagneront le père pour de nouvelles aventures.

Ange un petit tour et puis s'en vont

La première captation phonographique de cette nouvelle dream team sera l’insurpassable V’soul, Vesoul, V’soul, paru en 1995, peu avant la tournée d’adieu. Pour avoir vu cette équipe en concert au Palais des Sports de Besançon (avec John Wesley et Artemus Philemone) quelques semaines avant la tournée définitive du groupe Ange, on était rassurés : l’avenir risque d’être encore plus fort que l’avant. Christian Décamps et Cie le prouveront dès 1997 avec Troisième Étoile À Gauche, premier chef-d’œuvre du « nouvel » Ange. Mais c’est une autre histoire…

http://www.ange-updlm.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.