Stéphane Edouard – Pondicergy

Pondicergy
Stéphane Edouard
Autoproduction
2021
Pascal Bouquillard

Stéphane Edouard – Pondicergy

Stéphane Edouard – Pondicergy
Mon cher Stéphane,
Voilà plus d’un mois que je vole non-stop sur Pondicergy Airlines, il est grand temps que j’atterrisse enfin car d’autres musiques m’attendent ! Malheureusement voilà, je n’arrive pas à m’arrêter. Il y a tellement de références à la musique que j’aime dans cet album ! Tout en étant résolument original, il me fait osciller entre la nostalgie, l’étonnement et l’admiration. Parlons des influences, j’entends le fameux  Ramshakled  d’Alan White (batteur de Yes) qui depuis sa sortie en 1976 force mon admiration à chaque écoute tant cet album est riche en rebondissements et en styles tout en étant fraîchement osé mais toujours facile d’écoute. Voilà une prouesse pas facile à réaliser, n’est-il pas ? Il est ! Ce gars n’a pas fait beaucoup d’albums (un seul, c’est pas beaucoup) mais celui-là est une réussite totale et me fait énormément penser à ton travail sur Pondicergy mon cher Stéphane. Ça commence bien, non ?

L’autre référence se situe au niveau des fréquences basses : voilà plusieurs jours que j’essaye de déterminer lequel des bassistes sera mon préféré mais il va falloir que je me résigne, ils sont tous absolument extraordinaires. Hadrien Féraud est nerveux et précis sur le titre éponyme ou dans « Rue Du Haut Lieu », ou tendrement mélodique dans « A Song For Sara ». Quel que soit son registre, j’y retrouve toujours de prestigieuses effluves du grand Jeff Berlin que j’ai tant aimé dans les albums de Bruford du tournant des années 80 (tiens, un autre batteur de Yes ? Quelle surprise !), à savoir Gradually Going Tornado et One Of A Kind auxquels je dois de m’être mis au jazz rock malgré moi. Cependant, Étienne Mbappé sur Appa n’a rien à  envier à Hadrien. Et puis, il y a Linley Marthe qui excelle dans deux des morceaux les plus personnels de ton voyage musical, « Full Metal » et « Salt March ». Surtout le premier !! Putain, la rouste à tous les niveaux ce titre : des arrangements de folie, un style ethniquement jazz rockeux (voire jazz rockeusement ethnique, car bien malin celui qui pourra déterminer qui mène la danse ici), des musiciens sublimes et des compositions à t’arracher les habits et les cheveux comme ils font dans l’Ancien Testament. Ce morceau est un winner immédiat qui s’écoute en boucle. Il mérite un oscar rien que pour sa signature rythmique en 7/8 groovy as fuck avec laquelle tu joues et qui reste constante (sauf le passage en 4/4 pour faire respirer les rameurs) tout au long des pêches décalées ou des rythmes de bouche que tu interprètes « parfaitement à l’ouest » et qui retombent miraculeusement sur leurs pattes.

Stéphane Edouard – Pondicergy Band 1
En parlant d’ethnie, pas possible de chroniquer ton travail sans rendre un hommage vibrant (c’est souvent vibrant un hommage hein ?) à Samira Brahmia, Julia Sarr et Raphaëlle Brochet pour leurs Gamakas si subtiles à ornementer les swaras certes tonales, mixité oblige, mais si caractéristiques (nda : si tu ne connais rien à la musique indienne, c’est que tu n’es pas Stéphane Edouard et si tu n’es pas Stéphane : 1. Tu vas devoir chercher un peu, 2. Ce n’est pas bien de lire le courrier d’autrui).
Enfin les autres, la familia, l’énorme Prabhu Edouard aux tablas (woh, nom di diou !), et Thérèse Edouard, Théophile Edouard, Sylvain Edouard, Souhane Edouard, Sathya Edouard, Sarah Edouard (il ne manque que Edouard Edouard au mridangam mais il est encore à naître celui-là. Je joins à cette chronique l’annuaire des participants et des instruments exotiques (Dan Nhi, sitar, tabla, santoor, sarod, sarangi, doudouk, etc.). Je ne veux en omettre aucun car chacun est essentiel à ce magnifique édifice musical érigé en l’honneur de l’intégration dont la clé de voûte est ton éclectique talent de compositeur, tes connaissances des tals et des couleurs harmoniques du jazz rock occidental. Ça va les chevilles ? Bon, alors je continue. Mais d’où tiens-tu cette extraordinaire maturité musicale ? Est-ce le travail avec Michel Jonasz, Peter Gabriel (…….. QUOI ? Peter Gabriel ! Faudra que tu me racontes ça à l’occasion), Aldo Romano, Daby Touré, Sixun (…….. QUOI ? Sixun ! Faudra que tu me racontes ça par la même occasion), Franck McComb, Dhafer Youssef, Bojan Z, Julia Sarr, Eric Legnini, Magic Malik, Vincent Peirani, David Linx, Maurane (ah mon dieu ! Quelle voix ! Quelle perte !) ? Euh, j’ai l’impression que la réponse est incluse dans la question

Stéphane Edouard – Pondicergy Band2

Quoiqu’il en soit, je te remercie du fond du cœur pour ce voyage hors pair qui a atterri sur mes écouteurs juste au moment où je cherchais des sons plus vrais, moins produits (reconnaissance éternelle au travail de Sami Bouvet aux manettes et à celui de Simon Lancelot au mastering), une musique plus viscérale que cérébrale (mais cérébrale quand même ? Aaaah, tu m’as fait peur !). Tu auras sans doute remarqué que je ne parle pas de « Oh My Ghosh », la septième piste de décollage de ton aéroport musical. Ce n’est pas un oubli, elle était malheureusement absente des téléchargements mis à ma disposition pour cette chronique. Je l’ai cependant écoutée quelques fois sur soundcloud.com et elle me semble parfaitement coller à ton paysage sonore mais je ne la connais pas suffisamment pour pouvoir la commenter comme elle le mérite. En revanche, j‘avais toutes les autres et je peux t’assurer que si les mp3 pouvaient s’user, il n’en resterait que la trame à l’heure où j’écris ces lignes. Fun Fact : Il m‘a fallu plusieurs semaines avant de réaliser que les pistes téléchargées n’avaient pas d’ordre précis et que je les écoutais dans l’ordre alphabétique plutôt que celui imposé par ton choix (oh sacrilège !). Mon album commençait donc par « Appa » et finissait (heureusement) par « Xol Naleu ». Tu devrais l’essayer, il offre une alternative presque plus ethnique à ton merveilleux voyage.

Stéphane Edouard – Pondicergy band3
Il ne me reste plus qu’à prévenir tes futurs fans d’éviter à tout prix la dernière piste « Xol Neleu », qui est une piste boomerang. Pourquoi boomerang me demanderas-tu poliment ? Parce que la nostalgie qu’elle dégage impose à l’auditeur non averti de retourner immédiatement à la piste une, « PondiCergy Airlines » pour un cycle infernal que je n’ai pas encore réussi à enrailler. Ce cycle est peut-être simplement l’illustration de ta propre existence, tiraillée entre deux cultures, toujours nostalgique de l’une quand tu vis dans l’autre et c’est cet incessant besoin d’équilibre, rarement satisfait, qui aiguise ton talent au point qu’il m’en a percé le cœur. Je t’embrasse et te remercie pour ce beau voyage au pays des petits déjeuners tellement épicés que t’as la gueule arrachée pour toute la journée.

 

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