Solstice – Light Up

Light Up
Solstice
Giant Electric Pea
2023
Thierry Folcher

Solstice – Light Up

Solstice Light Up

C’est en découvrant les résultats du sondage 2023 des lecteurs de la revue Prog Magazine, que mon intérêt pour Solstice s’est soudainement manifesté. Rendez-vous compte ! Retrouver Andy Glass à la deuxième place des guitaristes, entre Steve Rothery et Steve Hackett, et Jess Holland en quatrième position des vocalistes, après Einar Solberg, Peter Gabriel et Steve Hogarth, a de quoi interpeller ! Au-delà de la popularité dont semble jouir Solstice outre-manche, il n’y a pas de fumée sans feu, comme on dit communément. Maintenant, sans faire offense à la charmante Jessica, c’est surtout pour ce fameux roi de la six cordes que je me suis précipité à l’écoute de Light Up, leur dernier album en date. Et je n’ai pas eu très longtemps à attendre. Dès l’ouverture de « Light Up », on voit bien que les interventions à la guitare sont d’une grande maîtrise. Le coup de médiator est tranchant, clair et sans fioritures. Notre ami Andy Glass n’a de leçon à recevoir de personne et sa place entre les deux monstres sacrés du prog semble tout à fait méritée. Mais bon, ne nous enflammons pas. « Light Up » reste un premier morceau introductif, plutôt pop et direct, un morceau pour Jess Holland en fait. Avant d’aller plus loin et de retrouver la guitare d’Andy dans d’autres registres, un petit retour sur le groupe s’impose. Solstice n’est pas un perdreau de l’année, son histoire remonte au tout début des années 80 avec un seul album (Silent Dance) dans cette décennie. La suite sera un peu plus régulière, mais pas très soutenue. Six réalisations, de 1992 (New Life) jusqu’à l’année dernière et puis c’est tout. Pas beaucoup de choses à se mettre sous la dent c’est certain, mais suffisamment pour inaugurer nos colonnes en 2014 avec la chronique de Prophecy (2013) écrite par notre éminent confrère, Bertrand Pourcheron. Et c’est vrai que la musique de solstice a tout pour séduire. Son habile assortiment prog, jazz, funk et folk est parfaitement calibré pour générer de la bonne humeur et offrir du plaisir en partage. Un solstice d’été en quelque sorte.

Andy Glass est le seul rescapé du line-up d’origine et la formation actuelle reprend celle de Sia, le précédent opus sorti en 2020. Sur ces deux disques, la belle surprise s’appelle Jess Holland et c’est elle que l’on remarque d’emblée. Cette étonnante chanteuse illumine chaque composition par son énergie, sa présence, son talent et son sourire. Je vous invite à visionner les parties live de Solstice sur YouTube et vous comprendrez pourquoi je me suis laissé conquérir pour ce petit bout de femme. Ensuite, outre la guitare, magique et omniprésente, ce sont les parties de violon de Jenny Newman qui se distinguent en apportant du lyrisme, de la fougue et une couleur celte à cette musique, qu’il faut bien dire, part un peu dans tous les sens. La solide section rythmique composée de Pete Hemsley à la batterie et de Robin Phillips à la basse remplit, quant à elle, son rôle de moteur bien rodé. Et bizarrement, pour un groupe de prog, ce sont les claviers de Steven McDaniel qui semblent un peu en retrait, plus pourvoyeurs de climats que générateurs de solos à rallonge. À noter que les six titres de Light Up ont tous été écrits, enregistrés et produits par Andy Glass lui-même. Voilà, pour ce petit tour d’horizon des gens de Solstice. Il est temps maintenant, de retourner à la découverte de cet album qui aurait pu figurer sans peine dans mon top 10 de l’année dernière. On laisse donc le popisant « Light Up » de côté pour se lancer dans les prouesses dansantes de « Wongle No9 ».

Solstice Light Up Band 1

En toute honnêteté, je ne m’attendais pas à retrouver ce genre de musique chez un groupe à l’étiquette néo-progressive affichée et assumée. Avec « Wongle No9 », on frôle le funky des grands soirs et personne ne s’en plaindra. La basse est bien ronde, les tournures vocales sont chargées de souvenirs et la rythmique plus qu’entraînante. Par ailleurs, je ne m’attarderai pas trop sur les paroles, sans réel message, mais juste écrites pour exprimer une folle endiablée (Go go, running on ahead…). Comme souvent, la musicalité de la langue anglaise pour le rock remplit son rôle et c’est tout ce qui compte. Et Andy Glass dans tout ça ? Eh bien ! on le découvre ici dans un registre fusion qui lui va comme un gant et qui étoffe une panoplie, bien à l’abri des critiques. Sur scène, son jeu me rappelle celui de Steve Hillage dans sa diversité et celui de Steve Howe dans ses attitudes. Allez sur le net ! Les récents concerts de Solstice sont à retrouver en intégralité et à déguster sans modération. On repart à la découverte de Light Up avec « Mount Ephraim », une intense et belle course dominée par le violon (fiddle) de Jenny Newman. Une magnifique chanson solaire qui vous donne la banane et semble ne devoir jamais s’arrêter. Les chorus d’Andy sont superbes et la fin du morceau est presque vécue avec nostalgie. Pas de regret, car « Run » qui enchaîne juste après, sera le meilleur antidote à cette légère frustration. Ce titre porte bien mal son nom, car c’est véritablement le plus calme et le plus intime de l’album. Les parties vocales sont poignantes (You’ll call me home…) et l’atmosphère est plus au recueillement qu’à la joyeuse débandade du début. Ensuite, « Home » continue dans la même intimité et dans le même contexte touchant. Le violon et la guitare en profitent et s’offrent de beaux moments de partage pour un auditeur de plus en plus secoué. Light Up se termine en beauté avec « Bulbul Tarang », une petite merveille exotique tirant son nom d’une sorte de cithare originaire de l’Inde. Ce sont d’ailleurs les cordes pincées du Bulbul Tarang qui ouvrent cet ultime morceau, magnifié par la douce voix de Jess Holland. C’est un voyage parfumé et languissant que la belle équipe de Solstice nous offre à la manière des contes orientaux qui se dévoilent lentement, et finissent par vous ensorceler.

Solstice Light Up Band 2

J’étais parti à la découverte d’un « guitar hero » et me voilà conquis par un groupe tout entier. Je suis forcément heureux de pouvoir dire que le rock progressif possède encore de jolies pépites à dénicher. Light Up est un album magnifique avec deux facettes distinctes, l’une joviale et dansante et l’autre plus langoureuse et recueillie. Comme cela arrive parfois, on se retrouve avec deux faces de vinyle à choisir en fonction de l’humeur du moment. Pour finir, je dirai que Solstice est une réussite individuelle, mais aussi collective, où les talents s’additionnent pour ne former qu’un tout, homogène et sérieux. Pas étonnant qu’il se retrouve à la cinquième place des groupes prog du moment et parmi les chouchous d’un certain Steven Wilson.

https://www.solsticeprog.uk/

 

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