Mourir – Animal Bouffe Animal

Animal Bouffe Animal
Mourir
Throatruiner Records
2020
Jéré Mignon

Mourir – Animal Bouffe Animal

Mourir Animal Bouffe Animal

Aussi bien le premier album de Mourir fait effet d’une masse cloutée arrivant sur la tronche sans prévenir, autant ils convoquent les écrits de Dan Fante et de Charles Bukowski. Écrivains disparus, venez à moi ! La misanthropie dans l’observation, le rejet dans l’alcool et l’environnement urbain comme décor d’un théâtre des rues, allégorie de la dérive, craintes et amertumes à plusieurs faciès. Mourir est tranchant à l’image de son logo, aussi froid qu’un rayon Picard déserté et d’une violence qui ne faiblit jamais, ou rarement. Animal Bouffe Animal fait l’effet d’un fil de fer barbelé qu’on s’enroule sur les bras. Ça gueule, ça hurle, ça transperce, ça suinte, ça coule sur le bitume. Le compteur toujours sur le rouge, l’intensité ne faiblit pas, elle se le défend même. Refus par choix ou solitude forcée ? L’ambiance est sèche, coagulée, et donne une sensation de vide, celle de rues désertées, de lampadaires éclairant trottoirs à l’abandon et de bouteilles vides fracassées. Ça sent le gobelet de café desséché dans lequel on a craché du sang mélangé à du glaviot. Car tout aussi froid qu’il paraît, Animal Bouffe Animal contient les bactéries de l’acrimonie. Ce truc qui reste, collé et indécrottable. Vindicatif jusqu’à la nausée.

Mourir Animal Bouffe Animal Band 1

De ses arpèges dissonants à la Deathspell Omega qui prennent le temps d’instaurer un climat oppressant, de cette basse qui donne le rebours à une batterie survoltée et à cette architecture brutaliste, Mourir fait écho à l’abandon de repères sociaux… Aux cris étouffés derrière les portes d’un placard scotchées, à l’image froide d’un écran non nettoyé qu’on tambourine des poings parce qu’on n’arrive pas à crier sa colère, dans un mélange de rage aphone et de gestes spasmodiques. Sans fioritures, à peine une demi-heure et c’est plié, Animal Bouffe Animal se présente comme un condensé de mal-être, d’agression et de rancœur qui se permet même le plaisir de s’introduire dans les gestes anodins de la vie. Mourir comble le vide forcé, il contamine l’espace de peur et d’inquiétude, invisibles mais haptiques, pleines et boursouflées. L’engorgement, la folie, l’aberration tapie dans un coin de la tête vacillant dans ses états d’âme, fantasmes et ses conséquences.

Mourir Animal Bouffe Animal Band 2

Cette apostrophe virulente, propulsée et hurlée aux vocaux malades semblant éructés à la face amènent foules d’images, ressentis, métaphores et/ou allusions dans un montage hachuré et épileptique. Ce n’est pas pour rien que Mourir part de l’initiative de Oliver Lolmède, bassiste de Plebeian Grandstand avec un line-up renouvelé (voir complètement étranger au style), une manière de poursuivre cette incision pernicieuse dans un radicalisme renouvelé, peut-être pas aussi poussé et jusqu’au-boutiste que son projet principal mais prenant un chemin de traverse plus lourd et appuyé cependant tout aussi venimeux dans sa radicalité. Mourir agit comme un filtre au scalpel non désinfecté, une autre manière d’appréhender la déferlante brutale de plus en plus agressive et virant à l’abstraction de Plebeian Grandstand. Les muscles vont se tordre, les nuques se raidir, les yeux se voiler face à la faible lumière orangée d’une ampoule basse consommation alors que des silhouettes courent, essoufflées, apeurées et transies, sans but au milieu de nulle part, ses non-lieux devenant de plus en plus nombreux. Animal Bouffe Animal est une incarnation de déception sans fuite. C’est black metal et c’est une franche réussite !

http://mourir.life/

https://music.throatruinerrecords.com/album/animal-bouffe-animal

 

Un commentaire

  • Jesterhell

    Une bien belle découverte avec cet album.

    J’y retrouve tout ce que j’aime dans cette vague post-Black. Entre la voix qui vous envoie directement dans un abime de désespoir et de souffrance et les ambiances torturées soulignées par des harmonies dissonantes et des trémolos sinueux me ramenant à ce que j’ai aimé chez des groupes comme The Great Old Ones, Au-Dessus ou Der Weg Einer Freiheit, cet album est un régal!

    Rien que l’artwork minimaliste et les titres en français rendent l’approche aussi dérangeante qu’intriguante. Un nouvel entrant prometteur sur la scène française.

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