Live report – Feu! Chatterton, Accor Arena (Paris), le 11 février 2026
2026
Franck Houdoire & Delphine Lucas
Live report – Feu! Chatterton, Accor Arena (Paris), le 11 février 2026

C’est avec impatience et enthousiasme que nous sommes arrivés ce mercredi 11 février 2026 à l’Accor Arena pour honorer le rendez-vous donné par Arthur, Clément, Sébastien, Antoine et Raphaël du Feu! Chatterton. Au milieu de cette salle pleine à craquer pour la seconde soirée consécutive, nous imaginions sans mal les folles émotions qui devaient traverser nos cinq garçons dans le vent, juste avant l’entrée en scène. Quel parcours ! Et quel frisson cela doit être de se retrouver dans une telle salle et de la remplir deux soirs de suite ! Prendre conscience que l’on peut faire venir à soi, par sa musique, 20 000 personnes par soir, quelle dinguerie ! A l’issue d’une première partie de haute volée de la jeune artiste Ofé, les premières notes de synthés s’élancent pour une entrée en matière enveloppante et Floydienne. Le métronome de « Sous La Pyramide » fait battre la salle à l’unisson et nous basculons progressivement au cœur des nappes ouatées et magistrales d’un spectacle qui s’annonce grandiose. Au-dessus de la scène embrumée, quinze cubes suspendus dont les faces sont couvertes de miroirs s’animent. Profitons de cette évocation pour dire à quel point la scénographie de ce Labyrinthe Tour, superbe relecture de la pochette de l’album, est magique.
En entonnant les premiers mots de « Mon Frère », nous poursuivons le chemin qui nous entraîne vers la profondeur des thèmes et des ambiances de ce Feu ! qui fait vibrer son public autant sur le fond que sur la forme de son œuvre. Les passages instrumentaux se déploient dans le vaste espace de cette immense salle pour nous mener vers la transe. Ils disent les colères, les souffrances, les incompréhensions mieux qu’aucun mot, et c’est toute la force du groupe qui réside ici, dans cette complémentarité rare et réfléchie entre paroles et musique : une alchimie qui donne vie à un alliage vibratoire unique et beau. Arthur ne tarde pas à nous partager l’émotion du groupe à vivre ces deux soirées si particulières, et la connexion émotionnelle entre le groupe et le public s’intensifie encore. Lorsque l’embarquement sur le « Côte Concorde » est annoncé, le public fait bloc et chavire sous l’intensité de cette chanson-phare du Feu! extrait de leur premier opus, Ici Le Jour (A Tout Enseveli). S’ensuivent l’universel « Allons Voir » et « Écran Total », deux morceaux grâce auxquels la fête bat désormais son plein en une liesse générale circulant par vagues à travers toute la salle. Tout chante, danse, sourit et cette énergie folle semble porter les musiciens vers une libération, un relâchement où tout est enfin permis. Lorsque le début de « La Mort Dans La Pinède » retentit de toute sa frénésie trouble, il fait encore monter d’un cran l’ardeur de son rock tendu et acéré. On chavire sous les mitraillettes saccadées du texte et les syncopes des instruments. L’intensité est palpable et jouissive.

« Ce Qu’On Devient », superbe morceau du dernier album, Labyrinthe, permet de faire retomber un peu la tension, et l’on bascule vers une de ces chansons-courts-métrages dont l’écriture d’Arthur a le secret, portée par une musique aux accents eighties à souhait : un grand moment de chaleur. Le temps suspendu se poursuit avec « À Cause Ou Grâce », autre merveille du dernier album. Déjà très ému par l’accueil enflammé qui leur est réservé, Arthur l’est encore davantage lorsqu’il annonce le morceau suivant : « Mille Vagues », hommage à leur manager, Jean-Philippe Allard, récemment disparu. Pour les accompagner, un ami commun, Oan Kim, les rejoint au saxophone. Ce titre nous donne à vivre un moment en suspens et d’une folle intimité malgré la foule massée là. Pour conjurer la perte, convoquer le souvenir et repartir vers la vie, « Libre » fait son entrée et nous propulse progressivement vers le très électronique « L’Étranger ». Les mots d’Aragon et la mise en musique de ce poème évoque la scansion d’un Léo Ferré, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Le morceau se fait envoûtant et captivant; il s’étire et s’intensifie. Arthur est habité, danse une course épuisante, comme après le temps, soutenu par ses quatre camarades : c’est assurément un des grands tableaux du concert.
Pour ne pas nous laisser dans ce presque état de choc, « Monde Nouveau » nous prend par la main pour nous entraîner dans une ambiance à nouveau plus festive. Ce titre de Palais D’Argile résonne comme un hymne et toute la salle semble heureuse de chanter à tue-tête « Se prendre dans les bras / S’attraper dans les bras« . Arthur s’offre un slam dans la fosse jusqu’à finir debout, supporté à bout de bras par son public, la rockstar en lui est vibrante. « La Malinche » vient clore ce concert incroyable, non sans évoquer le « Désenchantée » de Mylène Farmer qu’Arthur se met à slamer pendant quelques instants sur un beat électro palpitant. Tout le groupe est survolté et le spectacle prend fin au sommet de cet envol halluciné.

Évidemment, le rappel arrive après une ovation sensationnelle. On s’attend à un titre très enlevé mais ce sont les premières notes de « L’Affiche Rouge » de Léo Ferré qui démarrent. Un grand silence, en forme de recueillement, s’installe alors. L’émotion prend corps et âme, les yeux s’embuent et chacun-e se retrouve à faire partie de cette vibration commune. Le noir revient. Assez longtemps. Enfin, le groupe réapparaît mais cette fois il entre dans la fosse, au cœur du public, pour un enthousiasmant « Compagnons » acoustique. Une fois de plus, Feu! Chatterton réussit à créer de l’intimité au milieu de l’immensité. Le groupe enchaîne avec « Le Labyrinthe » et rejoint progressivement la scène pour finir le titre en chantant avec tout le public son refrain entêtant. Arthur, Clément, Sébastien, Antoine et Raphaël semblent électrisés, heureux, reconnaissants et peinent à quitter la scène. Ils décident après un court conciliabule de nous jouer « Sari D’Orcino » pour clore le set.

L’Accor Arena s’est enflammé ce mercredi soir et il nous fut difficile de quitter la salle. Nous reprîmes nos routes chargé-es à bloc, convaincu-es que nous serions désormais de tous les prochains rendez-vous que le groupe nous donneraient. Dans ce monde à feu et à sang, où tant et tant s’acharnent à nous monter les un-es contre les autres, ces deux heures trente de communion musicale et émotionnelle étaient plus qu’un concert. Elles étaient un temps salvateur pour reprendre espoir, confiance et rêver un monde en paix où créer, danser et chanter ensemble, avec et pour les autres, serait le socle commun. Alors un grand merci Feu! Chatterton d’avoir su dépasser vos propres difficultés et d’avoir trouver le chemin pour écrire cette nouvelle page de l’histoire. Ce Labyrinthe et ce spectacle fabuleux sont deux précieux cadeaux. Autant vous dire que nous sommes là, vaillant-es et fin prêt-es pour la suite !
Crédits photos: Sandra Benyachou
Crédits Vidéos: Ferris Durandochine
Set List:
Sous La Pyramide
Mon Frère
Cote Concorde
Allons Voir
Écran Total
La Mort Dans La Pinède
Ce Qu’On Devient
A Cause Ou Grâce
Mille Vagues
Libre
L’Étranger
Monde Nouveau
La Malinche
L’Affiche Rouge
À L’Aube
Compagnons
Le Labyrinthe
Sari D’Orcino
Hello
Vous retranscrivez très bien le vécu de ce concert. Pour avoir vécu LDLC Lyon et les 2 AA Bercy, vos mots disent tout de ce 11 février. En live, les sensations, émotions en sus ❤️
Et … Sari d’Orcino
avec un c pas un s
Merci
Merci pour votre commentaire et votre vigilance ! C’est corrigé 😉