Castle Rat – The Bestiary
King Volume Records
2025
Lucas Biela
Castle Rat – The Bestiary

Castle Rat nous viennent des États-Unis et proposent un heavy/doom tonitruant. Menée tambour battant par Riley Pinkerton (« The Rat Queen ») – la fille du guitariste John McCurry (le même que sur le tube interplanétaire « True Colors » de Cyndi Lauper) – la formation s’est fait très vite remarquer. En témoigne la myriade de concerts qui a suivi la sortie de leur premier album, Into The Realm, en 2024. Un an plus tard, les voici avec un nouvel opus, The Bestiary, dans lequel leur identité s’affirme davantage. Mélange de NWOBHM et de doom metal, Castle Rat jouent sur deux plans. Musical bien entendu mais également conceptuel, en créant des personnages et une histoire qui transportent le public dans un imaginaire médiévo-fantastique. Ce sont non seulement les paroles qui permettent d’en apprécier les contours, mais surtout les performances scéniques, où les costumes et la scénographie en sont autant d’attributs. À ce titre, sur les planches, un cinquième membre, Rat Reaperess, joue le rôle de la Grande Faucheuse.
Avec The Bestiary, phénix, dragons, licornes, serpents et loups rejoignent nos héros murins. C’est ainsi que les assauts doom sont entrecoupés de passages au lyrisme digne d’un bon roman d’heroic fantasy. « Wolf II; Celestial Beast » nous plonge donc dans les chants de la Renaissance, avec son bouzouki obsédant et son ton hanté (on n’est alors pas loin du thème principal du giallo baroque Suspiria !). Le côté dramatique y est même renforcé par un mellotron errant. C’est toujours dans le Quattrocento que « Crystal Cave: Enshrined » se vautre, mais on se rapproche de la victoire avec ce chant triomphant, et cette atmosphère épique. « Path Of Moss », avec sa guitare dépitée, nous conte en revanche les déboires de nos animaux. Avec son ambiance liturgique, le touchant « Summoning Spell » et ses arrangements poignants vont encore plus loin dans l’émotion. Entre adoration et abandon, on y découvre une Riley d’une fragilité bouleversante. Par ailleurs, il est intéressant de voir que, suivant l’accompagnement, la même mélodie parvient d’un côté à annoncer l’aube d’une nouvelle ère (le bouillonnant « Phœnix I: Ardent » ) et de l’autre à signer la fin des aventures (le résigné « Phœnix II: Cinerous »).

Ailleurs, évidemment c’est sur des braises doom que notre bestiaire souffle. Autour de roulements de batterie tempétueux et de guitares fougueuses, « Wolf I: Tooth & Blade » ne cache pas ses ambitions belliqueuses. Le chant incantatoire, même si pétrifiant, ne laisse pas de marbre. Avec « Serpent: Coiled Figure », autour de mélopées pleines d‘ardeur et de guitares à l’élan sans pareil, nos aventuriers se lancent dans une nouvelle marche conquérante. « Wizard: Crystal Heart », bien que restant sur ses gardes, semble savourer la victoire à travers sa batterie chaloupée et ses guitares tanguantes. De sa voix habitée et à l’enthousiasme infaillible, notre reine des rats y déclame un des plus beaux hymnes de l’épopée. Toujours autour de ce chant médusant, « Dragon: Lord Of The Sky » se lance également à corps perdu dans une valse teintée de prudence. Par le biais de ses accents circonspects, « Sun Song: Behold The Flame » fait lui aussi vaciller sa flamme. Et cela va même encore plus loin puisque des querelles intestines témoignent de désaccords profonds sur la suite des opérations. À rebours des conquêtes précédentes, « Siren: The Pull Of Promise » redouble de vigilance en présentant des alertes tout aussi empreintes de déchirement que d’angoisse. Avec « Unicorn: Carnage And Ice », le doute s’installe. La vision est trouble, un brouillard épais entoure nos amis, qui préfèrent alors avancer avec prudence malgré leur cœur vaillant. On y apprécie ce chant plein d’allant qui redonne de la vigueur à l’entourage. Le résultat est envoûtant, avec un final à couper le souffle.

Avec The Bestiary, Castle Rat ont fait un bond en avant. En effet, n’hésitant pas à donner du souffle à leur doom en l’agrémentant de passages plus aériens, leur univers fantastique n’en prend qu’une dimension plus épique. Les concerts étant le meilleur moyen de voir le monde de nos châtelains murins prendre forme, il faudra surveiller leur passage dans nos contrées.