Yes Featuring ARW – Live At The Apollo (Blu Ray)

Live At The Apollo (Blu ray)
Yes
Eagle Rock Entertainment
2018
Thierry Folcher

Yes Featuring ARW – Live At The Apollo (Blu Ray)

Yes Live At The Apollo

Voilà bientôt 45 ans que je me passionne pour la carrière tumultueuse de Yes et je pense avoir beaucoup de chance. Entre les parutions du groupe officiel, les sorties des formations annexes et les carrières solo, mes besoins pour cette musique à nulle autre pareille sont largement assouvis. Alors bien sûr, tout n’est pas du même niveau mais qu’importe, j’arrive toujours à grappiller par-ci par-là des échos d’ « Awaken », d’ « And You And I » ou de « Soon ». Aujourd’hui, le tout dernier avatar s’appelle Yes Featuring Anderson, Rabin, Wakeman. Son histoire remonte en 2010 lorsque Jon Anderson (chant, guitare) et Rick Wakeman (claviers) vont jouer une série de concerts intégrant des titres de leur album The Living Tree et des versions acoustiques de standards de Yes. Le public est au rendez-vous et conforte ces deux piliers de la scène progressive à poursuivre l’aventure encore plus loin. Jon, débarqué brutalement de Yes pour raison de santé, saisit alors l’occasion de reconquérir tous ceux qui ne voient que lui pour interpréter les classiques du groupe. Puis en 2016, Trevor Rabin, guitariste de Yes de 1983 à 1994, est appelé à la rescousse pour former ARW qui deviendra une alternative plus que crédible à la formation officielle. Pour finir, c’est la veuve de Chris Squire qui va autoriser d’accoler le légendaire patronyme à ARW, mais avec un logo différent. Nous voilà donc avec deux Yes sensiblement égaux, la voix chez l’un et la guitare chez l’autre. Personnellement, j’ai un peu de mal avec Jon Davison, pas toujours tranchant sur scène, alors que Trevor Rabin dépoussière pas mal les parties de guitare. Suivez mon regard et vous verrez où va ma préférence.

Première conséquence de tout ça, c’est que le nom de Yes occupe désormais un quart de la jaquette et qu’ ARW a purement et simplement disparu. Sur ce live c’est vraiment de Yes qu’il s’agit avec un passage appuyé pour la période Rabin, pas si mauvaise que ça tout compte fait. Le concert a été enregistré début 2017 au Manchester Apollo lors de la tournée 50ième anniversaire. Pour l’occasion, notre trio est accompagné par Lee Pomeroy (It Bites) à la basse et Louis Molino III (Yoso) à la batterie. L’intro générique, volontairement traitée en images anciennes, va contraster avec la formidable qualité visuelle du Blu-Ray et semble symboliser un retour à la lumière. Le décor est sobre mais chatoyant et le public bien (trop) présent. Ce sera à mon sens un bémol sur cette prestation où les interventions bruyantes des spectateurs, mixées trop en avant, ne s’imposaient pas. Le show démarre de façon énergique avec l’instrumental « Cinema » tiré de l’album 90125 de 1983 tout de suite enchaîné avec « Perpetual Change » du grandiose The Yes Album de 1971. Deux époques différentes, deux formations différentes et pourtant ça fonctionne ! Dés son entrée, Jon Anderson reçoit un bel accueil et rassure aussitôt ses fans. La voix est claire, posée et surtout ne souffre d’aucune faiblesse pour un jeune homme de 73 ans. Lee Pomeroy arbore une splendide Rickenbacker en hommage à qui vous savez mais, si l’instrument est bien maîtrisé, la voix n’est pas à la hauteur du regretté Chris dont les « backings » vont cruellement manquer par moment.

Yes Live At The Apollo Band 1

On reste dans les années 80 avec « Hold On », l’autre tube de 90125. Comme sur Yessongs, Jon Anderson nous présente « Mister Rick Wakeman on keyboards » en forme de clin d’œil au passé glorieux. L’homme à la cape nous gratifie d’une intro inédite avant que Trevor Rabin ne prenne la main de façon ébouriffante. Si l’on fait abstraction du poids des ans, forcément visible, ce Yes-là retrouve une seconde jeunesse qui fait plaisir à voir. On repart 45 ans en arrière avec le célèbre mantra d’« I’ve Seen All Good People » lui aussi tiré de The Yes Album. Et les « braves gens » ne manquent pas dans la salle, il n’y a qu’à voir leurs réactions enthousiastes pour se convaincre que la fusion avec le groupe est bien présente. Ensuite, « Lift Me Up », issu de l’album Union de 1991, va donner l’occasion à Rabin de relayer Anderson au chant et de préparer l’incontournable « And You And I ». Exit Steve Howe à la guitare, l’intro est au clavier comme pour rompre avec des interprétations trop souvent répétées et offrir au public une version quelque peu revisitée. L’alternance des différentes époques continue avec « Rhythm Of Love » qui nous fait passer de Close To The Edge à Big Generator en un instant. Un titre très enjoué où Rick nous sort un solo de Minimoog dont il a le secret. Cela dit, une fois de plus, la voix de Chris Squire raisonne dans nos têtes comme pour nous signifier que ce ne sera plus jamais pareil. Sur le monumental « Heart Of The Sunrise », Lee Pomeroy va lui rendre un bel hommage en occupant le devant de la scène de façon convaincante. Ce classique énergique est un véritable défi à tous les bassistes et Lee s’en sort plutôt pas mal. L’intense partie vocale a laissé Jon Anderson dans le rouge mais heureusement, c’est Trevor Rabin qui enchaîne le chant sur « Changes », autre titre de 90125.

La dernière partie du concert sera hautement musicale avec pour commencer « Long Distance Runaround » et « The Fish (Schindleria Praematurus) » de l’album Fragile (1971). Ces deux morceaux nous projettent dans une ambiance plus aérienne et plus atmosphérique comme pour nous annoncer le formidable « Awaken », la pièce maîtresse de Going For The One (1977). Ce titre est certainement un des plus beaux, écrit par la paire Anderson/Howe et symbolise à lui seul toute la musique de Yes. La partie centrale est largement occupée par les claviers de Wakeman que l’on a connu plus inspiré sur ce morceau et ses petites approximations sont vraiment étonnantes pour ce virtuose des claviers. Par contre Jon Anderson, en totale communion avec la musique, chante toujours aussi bien et prouve qu’il reste le seul et unique chanteur de Yes. « Make It Easy » enchaîné avec « Owner Of A Lonely Heart » vont conclurent ce set de fort belle manière avec même un réjouissant passage dans la foule. On finit avec « Roundabout » en rappel et le Manchester Apollo est debout pour une ovation bien méritée.

Yes Live At The Apollo Band 2

Yes featuring Anderson, Rabin, Wakeman a le mérite de rendre hommage à la période où Trevor Rabin à écrit et joué pour le groupe. Cette période, souvent décriée, a su malgré tout maintenir le navire à flot et renouveler l’auditoire. L’alternance des époques dans la « setlist » n’est pas du tout choquante et semble même évidente. On peut difficilement afficher une tournée 50ième anniversaire sans retourner dans les années 80 et 90. Pour ce Live At The Apollo, le fan que je suis est partagé entre indulgence et enthousiasme. Les points négatifs sont peu nombreux et iront en priorité à la réalisation de Blue Leach, malheureusement polluée par des applaudissements parasites que je soupçonne d’être pré-enregistrés. C’est peu de choses par rapport à la résurrection de l’homme à la voix de cristal qui porte de tout son talent la réussite de cette tournée. Nous voilà donc avec deux Yes et on ne va pas s’en plaindre. Chris Squire n’est malheureusement plus là, mais il reste encore du beau monde pour écrire de nouvelles pages à cette extraordinaire histoire. Pour info, il y a quelques années, ARW avait commencé à composer de nouveaux morceaux, alors dépêchez-vous les gars !

 

http://www.yesfeaturingarw.com/

 

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