Steven Wilson – Home Invasion

Home Invasion
Steven Wilson
Eagle Rock / Universal
2018
Thierry Folcher

Steven Wilson – Home Invasion: In Concert At The Royal Albert Hall (Blu-Ray)

Steven Wilson Home Invasion

Il y a un peu plus de 18 mois, Steven Wilson publiait avec To The Bone l’album le plus pop de sa carrière solo. Un sixième effort qui détonnait radicalement avec les productions ultra progressives que sont The Raven That Refused To Sing et Hand, Cannot, Erase. Une chose est sûre, avec cet album, l’ami Wilson a contrarié une partie de son fan club mais a aussi rallié de nouveaux adeptes. On comprend bien évidemment son besoin d’émancipation et cette volonté affichée de sortir d’un habillage intellectuel pesant. Cela dit, il n’est pas non plus tombé dans la facilité. To The Bone ne peut pas s’écouter d’une oreille distraite et demande de l’attention pour être apprécié. Quoi de mieux qu’un petit tour sur scène pour mettre les choses à plat et tester cette nouvelle production. En matière de concerts, le nouveau quinqua (eh oui !) est loin d’être un novice. Avec sa gueule d’éternel ado, on a du mal à croire que cela fait presque 30 ans qu’il écume les scènes avec Porcupine Tree, Blackfield, No-Man et maintenant en solo. Des prestations musicales de grande qualité mais souvent avec un côté visuel un peu froid et dépourvu d’artifices. Home Invasion, en couvrant la quasi intégralité de To The Bone, offrait donc l’opportunité d’un show plus lumineux et certainement plus accrocheur. Après avoir visionné ce pétulant concert il faut bien reconnaître qu’on est largement au-dessus de nos espérances.

Home Invasion a été enregistré en mars 2018 lors d’un des trois concerts donnés au Royal Albert Hall de Londres et venant conclure une tournée triomphale de sept mois. To The Bone, particulièrement bien classé aux quatre coins du globe, a été un excellent tremplin pour cette tournée et Steven Wilson a réellement changé de statut. Il fait désormais partie des musiciens à suivre et semble enfin reconnu à sa juste valeur. Le show de près de 2 heures 30 est bien servi par un environnement à la mesure de l’événement, des caméras partout, un son époustouflant, des effets visuels ébouriffants et des musiciens en véritable osmose avec le maître. Et puis il y a cette arène magnifique du Royal Albert Hall remarquablement bien mise en valeur par la réalisation inventive de James Russell. Le public très varié semble conquis et écarquille les yeux (et les oreilles) de plaisir. Le montage du concert est ultra dynamique sans pour autant vous donner la nausée ou des maux de tête et propose même des animations en multi-écrans identiques au procédé utilisé en 1968 pour L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, le split screen. A l’arrivée, Home Invasion est assurément une des plus belles réalisations filmées de l’année dernière et qui donne enfin une valeur ajoutée aux enregistrements studio.

Steven Wilson Home Invasion Band 1

Alors pourquoi autant d’enthousiasme ? Parce que, comme je le disais, j’ai toujours eu un peu de regret en visionnant les prestations scéniques de l’ami Wilson et j’ai toujours imaginé ce que serait sa musique transposée dans un cadre visuel chatoyant et coloré. Un vœu exhaussé très rapidement, à commencer par « Pariah » où l’explosion de couleurs, rappelant les jets de pigments des danses traditionnelles indiennes, va illustrer le passage très post rock du morceau. Comme sur l’album, le duo avec Ninet Tayeb fait mouche et amène cette présence féminine de plus en plus répandue dans les groupes de rock de gros calibre (Anathema, Archive…). Il est indispensable de s’installer en immersion totale, si possible comme au cinéma, pour vivre et apprécier Home Invasion. Visionner ce concert sur son smartphone ou son ordi serait vraiment dommage et ferait injure au travail accompli. Ma chronique va s’attacher à révéler quelques grands et petits moments qui m’ont fait vibrer et prendre conscience qu’on est dans le haut niveau, en première division mondiale et loin devant la concurrence. Tout d’abord, ce sont les regards que l’on perçoit juste avant la montée sur scène, il y a à la fois de la concentration et de l’enthousiasme. Des images de coulisses traditionnelles mais indispensables pour humaniser le show. Le début du concert est plein d’enseignements, on voit que Steven Wilson va laisser pas mal de solos de guitare à Alex Hutchings et que Nick Beggs, en plus de son calibre hors norme à la basse et au Chapman Stick, va assurer le spectacle.

Premier direct en pleine poire avec « Ancestral ». Ce titre tiré de Hand, Cannot, Erase est une tuerie, un truc de dingue, inimaginable de construction et impossible à jouer. A la fin les gens sont debout et SW écarte les bras comme pour dire : « pas mal non ? ». Le show sera ultra varié, passant en un instant des riffs soutenus, presque hard de « Arriving Somewhere But Not Here » à la légèreté de « Permanating ». Le virage pop est assumé et ce titre risque de devenir le « Owner Of A Lonely Heart » de Steven Wilson. Son clip accrocheur et sautillant est reproduit à l’identique sur scène avec sourires et danseuses, et ça marche à fond. La grande évolution dans la carrière de Steven Wilson est de vouloir conquérir le plus d’attention possible sans fâcher personne. Un travail d’équilibriste pas simple mais qui semble fonctionner. C’est la première fois que je ressens un tel engouement vis à vis de sa musique sans que les intégristes ne hurlent au scandale. Le spectacle est en tout point révélateur de ce grand chambardement et l’expérience plus légère de Blackfield a porté ses fruits. Steven Wilson fait du spectacle et n’hésite pas à sortir pas mal d’artifices comme les projections holographiques sur « Song Of I », un titre où Alex Hutchings s’équipe même d’un archer à la Jimmy Page. On retrouve tout ce qui faisait la magie des grands concerts d’autrefois avec une mise en scène, des décors et des projections capables de transcender la musique. Autre grand moment avec le majestueux « Detonation », une première partie aérienne puis un virage jazzy porté magnifiquement par le piano d’Adam Holzman et conclu par un solo de guitare d’anthologie.

Steven Wilson Home Invasion Band 2

On redécouvre avec plaisir certains classiques connus de Porcupine Tree comme « Lazarus » ou « Sound Of Muzak », ou moins connus comme « The Creator Has A Mastertape ». On n’oublie pas non plus le côté pêchu de Steven Wilson notamment sur le très hard « Sleep Together » où Craig Blundell martyrise ses peaux et prouve un talent qui fait oublier Gavin Harrison. Ce titre termine le show avant un rappel très acoustique et un dernier, « The Raven That Refused To Sing », bien illustré par la projection d’un dessin animé évocateur. Pour la partie vidéo on retiendra entre autres le superbe montage kaléidoscopique de « Vermilloncore », l’alternance des plans larges et gros plans pour ne rien louper, les travellings aériens vertigineux, les séquences furtives mais éloquentes du public, le tout pour un ensemble équilibré et très agréable à regarder. James Russell à réalisé un film de grande classe et qui rend hommage à la musique de SW pas toujours facile à filmer. Côté bonus, on est servi avec, sur le Blu-Ray, trois titres filmés en répétition dont l’excellent « Routine », tiré de Hand, Cannot, Erase. Enfin une courte interview de Steven Wilson vient conclure ce Home Invasion que beaucoup considèrent comme le meilleur spectacle filmé de l’année 2018. Je confirme.

Voilà, je pense que Steven Wilson a bien réussi sa transition artistique. Il reste pour beaucoup un extraordinaire compositeur capable maintenant de s’exprimer formidablement sur scène et de sortir enfin du fameux : « the most successful british musician most people have never heard. ». Sa musique qu’il revendique n’appartenir à aucun genre doit être désormais partagée plus largement, n’en déplaise aux « gardiens du temple ». Que vous soyez fan ou non, je vous invite vivement à vous procurer ce concert qui atteint des sommets grâce à Steven Wilson bien sûr, mais aussi aux musiciens, à l’équipe de James Russell, aux illustrateurs Lasse Hoile et Jessica Cope et enfin au Royal Albert Hall, une des plus belles salles au monde.

http://stevenwilsonhq.com/sw/

 

Un commentaire

  • massard

    un des plus beaux concerts vus cette année et en vidéo ,et en live,avec un conglomérat de tout ce qu’il a fait de mieux avec Porcupine et maintenant en solo!

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