Scott Matthew – This Here Defeat

This Here Defeat
Scott Matthew
Glitterhouse Records
2018

Scott Matthew This Here Defeat

Scott Matthew This Here Defeat

Scott William Matthew (à ne pas confondre avec son quasi homonyme Scott Matthews) fait partie des dignes héritiers de Jackson Browne, Nick Drake, des Buckley père & fils ou, plus contemporain, la lignée des Rufus Wainwright, Father John Misty ou Jonathan Wilson dans ses arrangements les plus élaborés. La production raffinée avec arrangements de cordes éloigne notre « songwriter » du courant pop/rock « basique » (guitare + clavier + rythmique, point barre) et adopte la même démarche sophistiquée que le grand Leonard Cohen même si, par sa tessiture élevée et androgyne, la voix d’alto de Scott Matthew est quant à elle aux antipodes de celle, grave et rauque, du regretté Canadien. Bien plus proche au final de celle de Ron Sexsmith, avec lequel ses albums ont bien des points communs. Un avantage malgré tout à Scott Matthew pour une production plus riche, les tapis de cordes et la somptuosité formelle.

Le CD est court (pour un CD), ses 34 minutes rappelant l’ère (bénie ou non, va savoir !) des 33 tours à 17 minutes par face. Voilà qui illustre le fameux dilemme de la qualité et/ou de la quantité. Ici tout est « bon à prendre », rien à jeter, zéro ventre mou ou titre faible (une chance !) qui gâche parfois les albums d’artistes « trop bien » intentionnés qui s’imaginent qu’en remplissant ras la gueule leur CD, ils nous font un cadeau… alors qu’ils ne font que nous refiler des démangeaisons de zapping sur la télécommande. Bref, ce très bref This Here Defeat a été peaufiné et ajusté sur mesure pour nous éviter tout regret de cet ordre… Quoique, 34 minutes 03 au compteur, bon sang, c’est un peu court quand même !

Scott Matthew This Here Defeat band3

Les textes, l’ambiance plus précieuse que rock, la voix et les arrangements de cordes débordent d’un « spleen » tenace qui rappellent d’autres avant lui : Nick Drake, Jeff Buckley. Scott est ainsi : l’émotion et une langueur certaine priment sur le rythme ou l’énergie. Dès l’intro de l’album, la mélancolie ouvre le bal avec « Effigy », sur un tempo lent voire alangui où les cordes du violoncelle et d’une guitare sèche s’ajoutent à la voix. À peine une infime rupture de ton avec un « Skyline » tout aussi enveloppé dans les cordes graves comme dans un cocon, même si apparaissent cette fois des percussions assourdies et l’amorce d’une montée en puissance, bien limitée quand même. Le staccato de guitare sèche de « Constant » et l’absence de cordes ne changent guère le tempo ni une nostalgie toujours appuyée et presque plaintive, bien loin des accents rageurs du rock, malgré l’apparition furtive d’une guitare électrique. Cordes encore et guitare sèche sont au programme sur le trop bref « Soul To Save », alors qu’enfin s’immisçait une rythmique presque rock.

Scott Matthew This Here Defeat Band2

« Ruined Heart », un peu plus mou et languide si c’est possible, pousse un peu le volume de la voix… mais pas assez pour faire décoller le titre, qui va se conclure sur une sorte de soupir épuisé. Le titre éponyme « This Here Defeat » est un peu plus syncopé avec une section rythmique plus vivante et un bref solo de guitare électrique assez alangui. « Bittersweet », enfin, tente un tempo moins neurasthénique rappelant les débuts des Beatles auquel s’ajoutent des « backing vocals » féminins amusants et un « whistling » qui fait remonter l’humeur (ou l’humour ?) de plusieurs degrés. Mais tout cela n’aura qu’un temps, et « again », « Here We Go Again » nous replonge dans l’élégie et les violoncelles sirupeux. Idem avec « Ode », on s’y attendait avec un titre pareil. Et « Palace Of Tears » vient nous achever avec un titre toujours saturé de spleen et bien dans la manière de l’artiste, on était prévenu : Scott Matthew est décidément un vrai tendre, un romantico-mélancolique indécrottable, un Marcel Proust des « songwriters ».

Scott Matthew This Here Defeat Band1

On comprendra qu’avec cet album, on évolue loin du rock, hard ou non. Mais pour tous ceux qui aiment la chanson pop/rock très classe et les arrangements superbes, voilà pile ce qu’il vous fallait pour entretenir votre spleen. Certains jugeront – j’en fais partie – que l’uniformité de tempo et de tonalité sont un peu « too much » puisque seul un titre, « Bittersweet », sort son épingle du jeu et nous arrache un temps aux larmes avec un rythme et des arrangements moins uniformément dépressifs. Mais il est comme ça, notre australien de Scott Matthew, larmoyant et superbe à la fois. Jusqu’au visuel du « digipack vintage », super classe mais un peu lugubre et lui aussi, bien dans le ton : on pense à Emily Dickinson dans sa chambre ! Un peu comme des souliers noirs cirés au luisant impeccable, mais un poil trop endimanchés, propres-sur-soi et coincés-du-col pour prétendre jouer au rocker. Cela dit, vu que le hard rock ne rend pas spécialement violent ceux qui en écoutent, le « rock dépressif » ne vous fera pas non plus craindre pour votre vie. Vous pouvez donc consommer sans modération, et puis, 34 minutes 03, ça passe très vite. Presque trop.

Jean-Michel Calvez

www.scottmatthewmusic.com/

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