Father John Misty – Pure Comedy

Pure Comedy
Father John Misty
Bella Union
2017

Father John Misty – Pure Comedy

Father John Misty Pure Comedy

Josh Tillman revient avec son avatar prêcheur, Father John Misty, et un troisième album, Pure Comedy, pour nous raconter la comédie humaine, rien que ça. Alors Tillman, ce n’est ni Zola ni Hugo, c’est un mec lambda qui veut nous parler de nous, et qui, cette fois-ci, a décidé de nous causer sérieux tout en ayant cette subtilité ironique du recul du mec qui a pensé, croit savoir et finalement parle de ce qu’il croit savoir parce qu’il a pensé. Un philosophe quoi. Et en plus, il nous a fait très peur il y a quelques mois en arborant un temps un look de harder californien à moustache vintage ! Tillman nous pond donc un opus d’une heure et quart pour treize titres, et se permet de chanter des textes aux phrases très longues, faisant durer ses morceaux un peu plus longtemps qu’il ne faudrait, ce qui pourrait entraîner une lassitude inhérente au genre. Alors Father John Misty avait fait mouche avec le précédent album, I Love You, Honeybear. Mais avec ce Pure Comedy, il pêche par excès de nombrilisme. Par moments génial, dans les mélodies, dans la façon de poser sa voix et de donner du sens à son propos, il peut être lassant dans la non-diversité des morceaux (ce qui était tout le contraire dans le précédent), et dans la manière de donner des leçons. Non pas que ces albums-là ne sont pas nécessaires, mais ensuite il faut les réussir. Alors oui, Misty enjolive de cordes, s’entoure de bons musiciens (dont l’omniprésent Jonathan Wilson, que je ne vous présente plus), mais ça ne fait pas tout. Pure Comedy inspire pourtant la sympathie, la voix de Josh Tillman impose son timbre magnifique et nous conte des saynètes par moments inspirées. Mais… J’ai eu beau écouter et réécouter, cet essai n’arrive pas à m’embarquer totalement dans ce qui s’apparente à un trip à travers les travers de l’humanité.

Father John Misty Pure Comedy Band1

L’ouverture « Pure Comedy » tombe dans le cliché variétoche américaine 70’s, et montre les intentions du Father décrites plus haut. C’est mieux avec le sympa « Total Entertainment Forever » qui retrouve une folk plus accessible et dynamique. On repart en ballade avec « Things It Would Have Been Helpful To Know Before The Revolution », tout un programme ! Pour ceux qui connaissent le travail de Jonathan Wilson sur ses propres albums, on sent bien son influence ici. Bien orchestré, c’est réussi. « Ballad Of The Dying Man », mi-figue mi-raisin, est un exemple de chanson qui n’arrive pas à m’embarquer, peut-être par excès de paroles. « Birdie » ne s’envole pas, et  peut commencer à ennuyer. Mais le pire, ce sont les treize interminables minutes de « Leaving L.A. » où le brumeux Father va prendre sa guitare acoustique et, même si cela est plutôt bon au début, cela s’avère au fur et à mesure long et… pénible.

« A Bigger Paper Bag » retrouve une certaine grâce mais le dynamisme y fait défaut. « When The God Of Love Returns, They’ll Be Hell To Pay » met bien en valeur les talents de chanteur de Tillman, mais pour autant que le titre soit bon, il passe sans marquer. Le mal est fait : ni « Smoochie » et sa pop planante, ni « Two Widely Different Perspectives » et son très bon travail d’ambiances, ni « The Memo » avec sa folk sympa et countrysante ne viennent tirer de la torpeur. Il faut attendre « So I’m Growing Old On Magic Mountain » pour se réveiller avec un titre magnifique, rappelant le Neil Young inspiré des temps passés. Il dure dix minutes, et avec une deuxième partie instrumentale, vient s’inscrire parmi les meilleurs morceaux de Tillman. Enfin, « In Twenty Years Or So », dans la même veine, vient clore ce recueil de textes musicaux en beauté. Au moins il y a donc quinze minutes de pur bonheur dans cet album.

Father John Misty Pure Comedy Band2

Je ne classe pas cette chronique dans les coups de gueule. L’album n’est pas mauvais, il est juste trop long. On prend quand même du plaisir à écouter ces vignettes (et peut-être faudrait-il les écouter individuellement pour en tirer le meilleur), mais pour ma part, on est très loin du précédent album de ce côté-là. À la prochaine, Father John Misty. Ne te prends pas la tête et reviens à des choses plus simples. L’excès d’ambition n’est pas une mauvaise chose, l’excès d’ego, si.

Father Fred Rainy Natuzzi

https://www.fatherjohnmisty.com/

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