Richie Kotzen – Cannibals

Richie Kotzen – Cannibals

Ayant démarré sa carrière a l’âge de 19 ans sur le fameux label de guitar shredding Shrapnel, Richie Kotzen s’est ensuite fait connaître du plus grand nombre en rejoignant le groupe de glam-metal Poison. Suite à cette courte collaboration, il s’en est retourné à sa carrière solo, avec à nouveau une pause quand il a été sollicité pour remplacer Paul Gilbert au sein de Mr. Big, puis pour assurer les parties de guitare chez les Winery Dogs. Moins connu pour sa carriere solo que pour ses collaborations, cette première est pourtant très prolifique, « Cannibals » étant déjà le 20ème album solo de l’ami américain en 26 ans de carrière. Et pour en venir au sujet qui nous intéresse justement, on pourra être surpris par le côté très « black music » de « Cannibals ». Mais il ne faut pas oublier que Richie a participé au tournant du XXIème siècle au projet jazz-rock Vertù, regroupant des anciens de Return To Forever, Lenny White et Stanley Clarke. On se doutait bien alors que le petit prodige de la guitare n’avait que faire des étiquettes et qu’il nous réserverait d’autres surprises à l’avenir.

Avec « Cannibals », il enfonce donc encore davantage le clou avec des chansons typées « soul », voire funk. En effet, ces choeurs féminins (assurés par sa fille) et ces accents tour à tour Van Morrisoniens, Mayfieldiens et Coverdaliens de la voix puissante du guitariste, nous rappellent les moments les plus cotonneux de la discographie de ces grandes figures de la musique. Oui, pour rappel, l’ex-Deep Purple David Coverdale a fait de la soul en solo, comme en atteste son album « Northwinds ». Toujours sur le plan vocal, sur « I’m All In », on notera également une prestation impeccable de Dug Pinnick (King’s X), dont la voix rauque marque un bon contrepoint aux égosillements du maître de cérémonie. L’Hammond B3 (« Shake It Off ») et les handclaps (« Come On Free ») participent également à la filiation avec la soul/funk vintage.

Richie Kotzen

Côté line-up, inutile de vous inonder de noms, le guitariste s’est improvisé « Mr Tambourine Man », à savoir qu’il fait tout, il chante, il tapote sur ses claviers, il gratte ses cordes et assure la section rythmique. Sur la poignante ballade « You » cependant, c’est sa fille qui l’accompagne au piano. Le bonhomme venant du métal, les guitares agressives sont immanquablement au rendez-vous, donnant des airs de Fishbone à certaines compositions (« Cannibals ») ou de Funkadelic quand elles se font fuzz (« Stand Tall »). Mais, me direz-vous, même là, on reste dans la « black music » ! En outre, adoubé guitar hero, Richie ne peut également s’empêcher de placer de-ci de-la des solos ravageurs, sans qu’ils ne viennent jamais cependant voler la vedette à la déesse soul.

Ailleurs cependant, les guitares sont d’un autre acabi, c’est tour à tour Country Colors (« The Enemy »), et My Spanish Heart (« Time For The Payment »). Là où le multi-instrumentiste nous surprend, c’est avec ses nappes de claviers malicieuses. J’ai mentionné plus haut le B3 de « Shake It Off », mais que dire du rhodes de « Up (You Turn Me) », où Supertramp vient même titiller notre hippocampe. Cette malice (que l’on retrouve également dans la basse (« Cannibals »)), associée au groove que l’américain attachant imprime à ses compositions, nous replonge pour notre plus grand bonheur dans les plus riches heures d’une funk/soul pleine d’enthousiasme et d’expressivité.

Tout l’enjouement du fort mal nommé « Cannibals » est bien agréable et met de bonne humeur à chaque écoute. Richie a pris un gros risque, non seulement en s’accaparant toute l’instrumentation, mais aussi en s’aventurant dans un domaine auquel il n’est pas habitué. Néanmoins, il a relevé le défi avec brio, et on découvre là un artiste aux multiples facettes qui ne cesse de nous surprendre, et qui réussit dans tout ce qu’il entreprend.

Lucas Biela (8/10)

http://richiekotzen.com/

Cannibals
Richie Kotzen
2015
Headroom-Inc

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *