Pryzme – Four Inches

Four Inches
Pryzme
Autoproduction
2021
Rudzik

Pryzme – Four Inches
Pryzme Four Inches
J’adore dénicher des perles parmi les formations en devenir et, dès que je me suis mis à écouter Four Inches des Rennais de Pryzme, ça a tout de suite fait tilt. Ok, ce premier album a déjà un an d’existence et d’autres l’ont découvert bien avant moi, mais qu’importe, il demeure une bonne surprise pour moi. De quoi égayer un retour de vacances automnales forcément un peu morose.
Né en 2019 sur les cendres de Lingus, Pryzme s’est stabilisé autour d’un quatuor de vocalistes formé par Gabrielle Duplenne (batterie), Maxence Marmieysse (basse) et ses deux piliers que sont Dominique Blanchard et David Chollet (guitares). Ces derniers se partagent équitablement les compositions des titres sortis des cartons des deux formations sur huit années d’existence au total. On dit que les Bretons sont têtus, moi, je dirais plutôt qu’ils ont de la suite dans leurs idées, tournées vers le rock progressif « accessible » et sous certaines influences affichées. En fait, je me refuse à les citer dès à présent, car vous en aurez un aperçu en continuant de lire cette chro (qu’est-ce qu’il ne ferait pas ce Rudzik pour tenir le lecteur en haleine ?)

Pryzme Four Inches band 2.jpg
D’entrée de jeu, ce qui marque l’esprit n’est pas son côté progressif, mais plutôt celui du rock,car le maître terme qui qualifierait l’opus est le groove. Ceci est très paradoxal quand on note que ses huit plages sont d’une longueur très appréciable pour proposer globalement une heure de musique, son titre éponyme dépassant même les treize minutes (OK, c’est aussi le plus progressif de la galette). On y trouve bien sûr aussi les autres ingrédients du prog avec des parties ambient et électro comme l’intro de « Pretty Princess », ou latino jazzy (« After Wichita ») et même carrément metal («  The Ride Of Your Life »). Pourtant, quand on démarre un album par un morceau comme « Fusion », c’est le popotin qui se met très vite à démarrer, en tout cas bien avant les neurones du cerveau, alors que ça devrait logiquement être l’inverse quand on se passe du prog. Quand même, les rythmiques ne sont pas basiques et le paysage sonore est rempli jusqu’à la gueule. Ses cadences punchy reposent sur une section rythmique infaillible et sont impulsées par deux guitares se complétant en matière de riffs rugueux et de suites d’arpèges récurrents (cf. « Vision »). Si Pryzme ne comporte pas de claviériste, il a largement recours aux samplers pour habiller ses chansons avec des sonorités électro très travaillées et toujours judicieuses. Moi qui n’apprécie par trop les tonnes de samplers en live, je me dis que peut-être, le recrutement d’un claviériste est une piste à creuser pour le combo afin d’assumer totalement ses velléités électro.
Avec quatre vocalistes, les chœurs ont forcément beaucoup d’importance dans ce tableau. Si les « la, la, la » trop wilsonien de « Fusion » m’ont horripilé (il faut croire que tous les groupes de rock prog émergents se sentent obligés d’en mettre), ceux du final de « Vision » et surtout de l’énorme « Morning Song » sont épatants. Ce dernier est très heavy. Il fait la part belle aux guitares et saute à la gorge comme un chihuahua jaloux dont la maitresse aurait oublié de lui mettre son collier de diamant, même s’il aurait mérité un chant plus agressif. Et puisque j’en suis à la traditionnelle liste à la Prévert des titres, il faut que je vous parle de mes autres pépites. « After Wichita » se pose là avec sa rythmique de basse nonchalante et son chant qui lui donne un côté lounge latin. Lorsque la batterie s’efface pour laisser place à une partie instrumentale électro de grande classe, on frise la perfection… que l’on atteint finalement lors du redémarrage de la rythmique, et ce, toujours en instrumental. Du grand art ! Il me faut également citer « The Ride Of Your Life », sorte d’hybride jazz/metal bluffant et très inspiré.Pryzme Four Inches band 2.jpg
Au chapitre des temps faibles, j’avoue avoir été très déconcerté par « Pretty Princess » dont le chant a des tonalités peu heureuses et dont les enchaînements donnent l’impression de ne pas savoir où réellement ce titre, assurément le plus faible de l’album, doit aller. On se rattrape avec la gentille ballade pop 90’s « Nothing To Say » au solo de guitare très gilmourien. Vous avez dit gilmourien? Voici la transition toute trouvée pour décrire le titre éponyme, le plus prog de l’album (je sais, je l’ai déjà écrit plus haut), qui comporte plusieurs parties de guitare et aussi de vocaux renvoyant à Pink Floyd (Shine On You Crazy Diamonds », « Dogs ») et même à Genesis pour les chœurs. Bon, ça n’est pas outrancier et c’est intégré dans une structure à tiroirs où le groove et l’ambient font bon ménage pour donner de superbes envolées musicales. Pour clore le chapitre influences, il faut encore en citer deux. Le groupe est raide dingue du guitariste de free jazz aux influences latines, Pat Metheny, (l’homme à la guitare aux quatre manches et aux 42 cordes) à qui il a même dédié la chanson « After Wichita », un hommage à son mythique album As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls (1981). Si la partie centrale du morceau est typée Steve Reich, ensuite arrive le thème très Methenien (guitare + voix) pour accoucher de la géniale partie instrumentale plébiscitée plus haut. L’inspiration affichée des Who est surtout surtout visuelle et… urinaire avec le clin d’œil à l’album Who’s Next dans une des photos de la jaquette intérieure de Four Inches.

Pryzme Four Inches band 3
On notera l’excellente qualité sonore de l’album malgré toute la complexité des arrangements mis au service de mélodies qui le sont fort judicieusement beaucoup moins (du rock progressif « accessible » qu’ils ont dit !). C’est l’œuvre de Clément Champigny et Jérome Acquiers du studio 123 dont le mixage est exemplaire. Enfin, outre l’hommage à Pat Metheny, les textes évoquent des problématiques ma foi fort actuelles telles que les réseaux sociaux, l’inspiration, l’absurde, la gueule de bois, les enfants, l’influence des écrans et… le syndrome de la page blanche. Pryzme n’a pas de quoi s’inquiéter pour ce dernier. S’il a mis huit ans à se construire, Four Inches est tellement inspiré, riche et classieux qu’il illustre parfaitement le potentiel créatif d’un groupe qui ne devrait pas en rester là.

http://www.pryzme.fr/
https://www.facebook.com/Pryzme/
https://pryzme.bandcamp.com/
https://soundcloud.com/pryzme

Coup-de-Coeur

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.