Osibisa – New Dawn

New Dawn
Osibisa
Marquee Records
2021
Thierry Folcher

Osibisa – New Dawn

Osibisa New Dawn

En conclusion de ma chronique de Sunken Condos de Donald Fagen et de la jubilation que me procurait cette musique, j’avais fait allusion à Osibisa et à leur monde tout aussi ébouriffant et tout autant jouissif. Je me rappelle surtout vous avoir fait la promesse d’en parler un jour et de vous faire découvrir leur interprétation joliment métissée des musiques africaines et caribéennes. Osibisa est une formation afrobeat absolument géniale, en place depuis le début des années 70 et dont l’histoire s’est illustrée par une légère méprise qui allait amener vers elle tout un public pas forcément en phase avec ce genre de musique. En cause, les pochettes de leurs deux premiers disques signées Roger Dean et très vite repérées par les fans de Yes et de Uriah Heep. Osibisa ne fait pas du rock progressif et pourtant, je peux vous certifier qu’une belle quantité d’adorateurs des grands monuments prog allaient se gaver de cette musique complètement différente mais présentant, malgré tout, quelques structures assez semblables. Ce n’est pas de la blague, j’en faisais partie malgré mon très jeune âge à l’époque. Cela prouve aussi l’esprit d’ouverture dont faisait preuve la jeunesse d’alors, peu encline à mettre les choses dans des cases fermées à double tours. On parlait avant tout de sensations bienfaitrices et de plaisirs à partager quels que soient leurs origines ou leur appartenance. Je suis persuadé qu’Osibisa a profité de ce malentendu, même s’il faut lui reconnaître une certaine habileté à composer des musiques bien ficelées et ouvertes à une large audience. La seule représentation picturale n’expliquait pas tout et cette adhésion à la bande à Teddy Osei ne se justifiait qu’en raison de l’excellence des compositions.

Alors, j’aurais pu inclure cette chronique dans la catégorie « Oldies but goldies » en vous détaillant l’album Osibisa produit en 1971 par Tony Visconti. De ce fait, je vous aurais parlé de la fin de « The Dawn » qui rappelle Jethro Tull (tiens, tiens …) ou encore des accents appuyés vers Santana sur « Ayiko Bia ». Oui, j’aurais pu. Mais l’occasion était trop belle de revenir très peu de temps en arrière avec le tout récent New Dawn (2021) qui entretient la légende et qui mérite toute notre attention. L’histoire d’Osibisa est étroitement liée au courant Highlife né dans les années 50 au Ghana et dont le terme autochtone (Osibisaaba) lui donnera son nom. Ce mouvement se caractérise par l’intégration d’influences occidentales dans la musique traditionnelle, bien armée ainsi pour voyager au-delà des frontières africaines. Et c’est tout naturellement qu’un groupe de jeunes ghanéens s’est retrouvé à Londres en compagnie de musiciens caribéens en train d’écumer les salles locales (notamment le Marquee Club) puis, le succès aidant, celles du monde entier. Osibisa emmené par le trio Osei, Tontoh, Amarfio va vivre une décennie très fructueuse avec une dizaine d’albums à la clé, un hit planétaire « Sunshine Day » et des salles bien remplies jusqu’au coup d’arrêt au début des années 80. La longue traversée du désert qui suivit se partagera entre compilations, rééditions et témoignages live, histoire d’entretenir une demande toujours active. Un premier retour est signé en 1995 avec l’album Monsore emmené par la triplette Osei, Bannerman, Brown. Puis, il va falloir attendre quatorze années supplémentaires pour voir débarquer un Osee Yee magnifique orné d’une pochette fabuleuse signée Freyja Dean, la fille de qui vous savez. Mac Tontoh (frère de Teddy Osei) retrouve sa place au sein du groupe assurant ainsi une belle pérennité de ce qu’il semblait être l’ultime prouesse des éléphants aux ailes de papillon.

Osibisa New Dawn Band 1

Et bien non, voici qu’une aube nouvelle (New Dawn) allait se lever sur leur monde plein de soleil et de rythmes endiablés. Ce dernier album, sorti il y a tout juste un an, a permis de réunir aux côtés du vétéran Osei (pas très en forme, paraît-il) les fidèles Greg Kofi Brown au chant, Alfred Kari Bannerman à la guitare et surtout le légendaire Robert Bailey aux claviers qui co-signe avec Brown la majorité des quatorze morceaux. Un line-up de haut vol mais hélas, sans Mac Tontoh décédé en 2010. Cela dit, le lien avec Osee Yee n’est pas rompu et la musique peut se lancer sur des bases pas forcément identiques mais avec un même état d’esprit, à savoir la joie, le plaisir de la danse et des émotions permanentes. Ce sont les chants africains de « Kpanlogo Chant (Are You Ready) » qui ouvrent les hostilités comme pour nous rappeler d’où vient cette musique. Ensuite, cela part sur les chapeaux de roue avec « Adjuwa Aye (Go With The Flow) » dont l’intro à la Carlos Santana sert de tremplin à l’envoi d’un funk bien cuivré et orchestré de voix de maître par Greg Brown et toute sa clique. Les corps se trémoussent, le monde ondule et le tubesque « Douala », qui enchaîne juste après, ne va pas stopper cette belle frénésie, bien au contraire. Ce vibrant hommage à Manu Dibango remet le Makossa en scène et attise le souvenir de cet immense artiste camerounais, lui aussi, abolisseur des frontières. « Douala » est tout simplement magique avec un refrain entêtant dont vous deviendrez vite prisonnier. Déjà deux titres distincts et deux facettes du potentiel rythmique d’Osibisa qui, vous devez vous en douter, ne va pas en rester là. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à continuer avec « Paper Dey Burn », un honnête jazz/funk à la sauce Steely Dan et « No Feet 4 Street », un rap à l’ambiance urbaine rappelant les chants contestataires des années 70. Un morceau où Faye Jones et Angie Anderson nous donnent un bel aperçu de leur apport soul/RnB dans le groupe. New Dawn est en vérité plus diversifié dans ses combinaisons vocales et s’il fallait retenir une seule caractéristique de cet album, ce serait bien celle-là.

Ensuite, le rythme s’apaise avec le langoureux « Yen Kita Yen Sa », sur lequel Faye Jones prend le chant à son compte et nous enveloppe de sa voix pleine de charme et de douceur. Après, je vous conseille de coller votre oreille sur la basse de « O Brunye », de ne pas vous attarder sur le quelconque « Yo Love Is Betta » et de vous servir du festif « Lift Your Head Up » pour vos soirées entre amis (bien que tout l’album fasse l’affaire). Puis arrive « Ata Y Che », un morceau à la James Brown où l’on assiste à une lutte féroce entre Greg et des cuivres hyper motivés dans une construction millimétrée où l’intervention de Gus Isidore à la guitare est d’une justesse cinglante. « Dark Matter » est, quant à lui, moins intéressant même si la présence du parfum Fagen nous grise un petit peu. Heureusement, la température remonte avec « Wake Up », un reggae superbement chanté par le trinidadien Whainy Bee dans une ambiance qui rappelle le Harry’s Bar de Gordon Haskell. Ce morceau fait partie de ceux qui s’accrochent le plus à nos neurones et que l’on aime se repasser, le regard perdu dans le vague. Le voyage se poursuit vers les Antilles où la muse Calypso s’est faite l’inspiratrice de « Boni Wo Yu A », une pièce enjouée, typique de ces îles insouciantes et festives. Le disque se ferme avec « Big Problems », un morceau où l’après et l’avant Highlife se fondent dans une communion symbolique.

Osibisa New Dawn Band 2

Pour conclure, je dirai que New Dawn est un bon album, très attachant mais c’est vrai, un peu moins audacieux que ses illustres aînés. Quelques fans nostalgiques vont sans doute le trouver un peu trop lisse, mais ce serait faire la fine bouche et ne pas reconnaître les belles ondes que dégage la plupart des chansons. Tout comme les « Mark » de Deep Purple, Osibisa est une formation multi-époques et multi-configurations. Celle de New Dawn prend une direction plus actuelle et plus moderne qui va certainement accrocher un nouveau public mais aussi en laisser un autre au bord du chemin. C’est le prix à payer pour qu’Osibisa puisse survivre et je crois que dans ce cas là, il n’y a pas à hésiter.

http://osibisa.co.uk/index.html

 

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