Uriah Heep – Demons And Wizards

Demons And Wizards
Uriah Heep – Demons And Wizards
Bronze Records
1972
Thierry Folcher

Uriah Heep – Demons And Wizards

Uriah Heep Demons And Wizards

Tout d’abord, je profite de cette chronique « oldies but goldies » pour rendre hommage à Ken Hensley, disparu en novembre 2020, et qui fut le principal pourvoyeur de tubes chez Uriah Heep dans les années 70. Peu de temps avant lui c’était au tour du batteur Lee Kerslake de tirer sa révérence, ne laissant chez les anciens que Mick Box pour résister à cette terrible faucheuse qui, il faut bien le dire, s’est un peu acharnée sur la formation londonienne. A tel point que certains n’ont pas hésité à parler de groupe maudit, surtout chez les bassistes (RIP Gary Thain, John Wetton, Trevor Bolder). Le nom de Uriah Heep vient de ce personnage hypocrite et manipulateur que Charles Dickens nous décrit si bien dans son roman David Copperfield. Faut-il y voir une quelconque provocation de la part de ces jeunes musiciens pleins de malice ? Une choses est sûre, c’est qu’à l’instar de ce personnage sulfureux, Uriah Heep sera souvent considéré comme le mal aimé du rock britannique en général et du heavy metal en particulier. Le problème avec eux, c’est qu’on ne savait pas trop où les situer. Quand on les mettait dans la marmite hard, ils se recevaient le nom de Deep Purple en pleine poire et quand on parlait d’eux dans la sphère progressive, tout le monde éclatait de rire. David Byron, leur chanteur de l’époque, malgré de réelles capacités vocales, a toujours eu la comparaison avec Ian Gillan (le chanteur de Deep Purple) à se farcir. Faut dire aussi que les deux groupes fréquentaient les mêmes studios et ont avoué se piquer mutuellement des idées et des riffs…grâce aux murs qui ont des oreilles. Alors, je comprends que ce n’était pas gagné d’avance pour Uriah Heep. Seulement voilà, sans chercher midi à quatorze heures, on avait affaire à un sacré bon groupe de rock. Le problème des étiquettes, c’est qu’elles sont souvent réductrices et inappropriées. La revanche, ils l’ont aujourd’hui avec un nouveau line-up, un public fidèle et une discographie honnête qui s’étoffe d’années en années.

Je peux vous dire que sur scène, « Easy Livin’ » casse toujours autant la baraque. Ce morceau de Demons And Wizards fait partie des belles réussites du rock au même titre que « Highway Star » ou « Satisfaction ». La fameuse ligne de basse/guitare qui déboule à tout allure est un modèle du genre qu’il faut avoir entendu au moins une fois dans sa vie. C’est ce brûlot incandescent, sorti en single à l’époque, qui fera la renommée de l’album et sortira définitivement Uriah Heep de l’anonymat (surtout aux U.S.) et du rock progressif. Car malgré la pochette de Roger Dean, certains titres à rallonge (l’excellent enchaînement « Paradise/The Spell ») et des claviers omniprésents, c’est plutôt un rock ramassé et puissant que la bande à Ken Hensley proposait sur Demons And Wizards. Lorsque l’album paraît en 1972, Uriah Heep a déjà quatre pièces majeures derrière lui et une cadence de sorties absolument infernale (quatorze disques de 1970 à 1980 !). Une orgie de musique qui finalement fera plus de mal que de bien. La doublette de 1972, Demons And Wizards et The Magician’s Birthday, considérée aujourd’hui comme un de leur sommet n’a jamais trouvé d’équivalence dans cette surabondance de sorties. En 1976, David Byron tire sa révérence et clôt ainsi la première époque du groupe, celle qu’il faut connaître en priorité. Son remplaçant John Lawton, lui aussi disparu récemment, fera de son mieux mais l’esprit dynamique et spontané des débuts ne sera plus de mise. Bernie Shaw reprendra le flambeau au milieu des années 80 et occupe encore aujourd’hui le micro avec un enthousiasme et une pêche de sexagénaire assez bluffante pour celui qui est, et restera sans doute, le chanteur le plus ancien de Uriah Heep.

Uriah Heep Demons And Wizards Band 1

Demons And Wizards est sans conteste un excellent album de rock. Le genre de coup de poing donné avec élégance mais en pleine figure. Et ce n’est pas la guitare acoustique de « The Wizard » qui peut nous tromper. Les accords sont hargneux et servent à merveille la voix puissante et claire de Byron. Une entame sans équivoque sur les intentions du quintet qui reprend ici la recette utilisée pour Salisbury (1971) et pour Look At Yourself (1971), à savoir un hard rock mélodieux, agrémenté de trouvailles musicales innovantes que d’autres se chargeront de reprendre par la suite, Queen notamment. C’est bien Ken Hensley qui est le plus souvent à la baguette avec des compositions simples et super bien foutues. Ses intros à l’orgue Hammond sont classiques (« Circle Of Hands », « Rainbow Demon ») mais servent de tremplin idéal pour la voix et la guitare. Et puis, comme dans chaque album, il puise avec délice dans son catalogue des écritures aventureuses pour nous pondre la suite « Paradise/The Spell », assurément l’œuvre d’un artiste de grand talent. Ken était un multi-instrumentiste et un compositeur hors norme et son départ en 1980 a certainement était plus préjudiciable que celui de Byron. Pour finir, je ne peux que vous inciter à acquérir la version remastérisée de 2004 sur laquelle figurent cinq titres bonus dont le dantesque « Why » qui est une bombe à lui tout seul. Un titre mythique sorti à l’époque en B-side de « The Wizard » et qui explose ici dans sa durée la plus longue (10 minutes). La partie de basse est démente et on ne sait toujours pas avec certitude qui est à la manœuvre. Entre Mark Clarke (ex-Colloseum) et Gary Thain, le débat continue et n’a toujours pas rendu son verdict, ce qui me fait penser qu’ils devaient être bien allumés pendant l’enregistrement.

Uriah Heep Demons And Wizards Band 2

Les neuf titres de Demons And Wizards sont tous unis dans un irréfutable esprit rock en béton armé. Les quelques passages un peu plus audacieux ne dispersent en rien la force d’ensemble et ne font qu’amener une valeur ajoutée cohérente et bien carrée. Et si le popisant « Proud Words On A Dusty Shelf » (en bonus ici) a été écarté c’est bien parce qu’il détonnait dans cette ambiance électrique. Je sais par expérience qu’il arrive à tout amateur de rock de s’éloigner parfois des bonnes vibrations primaires et de ressentir alors un besoin impérieux de revenir aux fondamentaux. A ce moment là, un Demons And Wizards sera peut-être le meilleur remède pour retrouver le droit chemin.

 

http://www.uriah-heep.com/newa/index.php

 

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