Neal Morse – Sola Gratia

Sola Gratia
Neal Morse
Inside Out
2020
Fred Natuzzi

Neal Morse – Sola Gratia

Neal Morse Sola Gratia

Neal Morse est enfin de retour avec un nouvel album. Il n’avait rien sorti depuis huit ans, on s’inquiétait. Quoi ? Comment ? Je … ? Déconne ? Meuh non m’sieurs dames, Momentum date de 2012 ! Eh ben oui, Sola Gratia fait suite à cet opus là car il est signé en solo. Bon je triche un peu, puisqu’il nous avait livré sa comédie musicale sur Jésus, Jesus Christ : The Exorcist, l’année dernière. Je ne le compte pas parce que cet album-là ressemble à une mauvaise blague. J’exclue aussi les opus « maison » vendus via son label. Le dernier en date, Life & Times, était par ailleurs très honnête. Toutes les autres sorties étaient signées The Neal Morse Band ! Du coup Sola Gratia nous rappelle par son titre Sola Scriptura, le fameux disque indigeste car composé de morceaux de 20 à 30 minutes non divisés. Et on n’a pas faux ! C’est en quelque sorte une filiation, même si l’histoire (biblique) racontée ici n’a que les persécutions envers les chrétiens de commun avec Sola Scriptura (qu’on évitera d’appeler SS s’il vous plaît). Neal voulait depuis quelques temps raconter la vie de l’apôtre Paul et c’est en discutant avec sa femme qu’il s’y est mis de manière sérieuse, ayant compris qu’elle pensait sympa qu’il fasse un album « sola » au lieu d’un album « solo ».

Neal a donc composé la majeure partie de l’album pendant le confinement et a dû faire appel à ses comparses de toujours, Randy George et Mike Portnoy, à distance. D’après eux, il n’y avait aucune retouche à faire et donc ils ont enregistré leurs parties chez eux puis les ont envoyé à Neal. Raison de plus pour que ce soit un véritable album « solo », même si Eric Gillette et Bill Hubauer ont prêté main forte à certains moments. Musicalement, on se rapproche effectivement des premiers albums de Neal, de One à ? (ou Question Mark si vous préférez), en passant par Sola Scriptura dont des thèmes sont réutilisés dans cet opus. C’est plutôt malin ces clins-d’œil au passé et le lien entre les albums est bien mis en évidence. Il n’empêche, on ne peut s’empêcher de penser que Neal arrive en fin de course niveau inspiration s’il en est à recycler des thèmes. Cependant, on ne peut que s’étonner que la formule marche encore (encore que… voir plus bas pour les détails) alors que celle utilisée par Ayreon, par exemple, commence sérieusement à lasser. C’est donc un concept album, un seul cd pour celui-ci mais qui appellerait une suite et encore une fois, le dynamisme emporte tout. On ne s’ennuie pas et c’est ce qui fait la différence, et ce même avec quelques moments de creux, mais sans trop d’instrumentaux à rallonge. Alors, allergiques au prog chrétien, passez votre chemin, car on retrouve tout le vocabulaire de la religion en question dans tous les titres, comme à l’époque. Il faut avouer que les 65 minutes de l’album passent assez vite mais, au bout du compte, l’ensemble est moins solide que ses prédécesseurs, comme l’insurpassable ?. Il y a quand même des moments moins prenant, accusant sans doute une faiblesse (jusque là assez rare chez Morse) dans le « scénario » de ce concept. Alors Neal Morse se pose-t-il la question de la pertinence de l’album ? Aucunement. Un artiste crée ce qu’il doit créer. C’est au public et aux critiques de gloser sur la valeur de l’œuvre. Après tout, la musique est un art. On ne peut pas reprocher à une œuvre d’art d’exister.

Neal Morse Sola Gratia Band 1

« Preface » commence de belle manière, en acoustique, pour introduire le sujet, suivi d’une « Overture » qui ne s’éternise pas avec son petit clin d’œil à King Crimson avant un heavy « In The Name Of The Lord », très réussi. Cette enfilade plutôt classique permet de bien se mettre dans l’ambiance tout en étant, bien évidemment, en terrain (très) familier. Le chemin est balisé et on sait que l’on est parti pour une bonne heure de prog virtuoso. Eh bien, non, pas autant qu’on pourrait se l’imaginer. Bien sûr que l’on va retrouver toute la verve de Neal Morse en version prog chrétien, bien sûr qu’il y aura des solos et tout ce qui va avec, mais … avec « Ballyhoo (The Chosen Ones) », les limites du concept arrivent et les défauts de Jesus Christ : The Exorcist ressurgissent. Alors, je vous rassure, jamais on atteindra les faiblesses de ce disque qui reste le moins bon des albums de Neal Morse, mais la « chorale » qui s’installe, les mélodies qui se répondent façon comédie musicale n’annoncent pas, en tout cas pour moi, le meilleur. Passent « March Of The Pharisees », court instrumental, « Building A Wall » qui aurait pu figurer sur JCTE et « Sola Intermezzo », autre instrumental plus technique celui-ci, avant de retrouver un bon titre, « Overflow », construit brillamment et qui lui nous emporte émotionnellement. L’intérêt repart donc à partir de ce moment. « Warmer Than The Sunshine » reprend la technicité que l’on attend du père Neal, « Never Change » est aussi un très bon moment émotionnel bien construit avec un excellent solo de guitare, avant les 9 minutes prenantes de « Seemingly Sincere », étonnant avec ses quelques notes électroniques.

Neal Morse Sola Gratia Band 2

Toute la fin, par contre, est d’un lyrisme à faire pâlir Walt Disney. Neal Morse a déjà fait des dénouements d’albums de cette manière mais jamais en allant aussi loin dans le sirupeux. « The Light On The Road To Damascus » reste encore dans une ligne directrice acceptable mais dès « The Glory Of The Lord » et surtout sa conclusion « Now I Can See / The Great Commission » (aucun commentaire sur ce dernier titre s’il vous plaît, j’en entends qui ricanent…), on se croit à l’église, et justement, c’est ce que Neal était arrivé à éviter, en tout cas pour moi, durant tous ses albums chrétiens précédent, ceux, entendons-nous bien, sortis dans le commerce. Les violons dégoulinent, les mélodies sont lénifiantes, la musique se variétise. Si encore on était allé dans le vrai gospel, pourquoi pas. En l’état, cette fin, même si elle était prévisible, ressemble plus à un show d’église qu’à de la musique progressive.

Sola Gratia déçoit par ce côté « too much ». A moitié réussi, l’opus solo, pourtant très personnel, se détache des autres albums bibliques et se retrouve en queue de peloton. Même si les qualités de compositeur indéniables de Neal Morse sont bien présentes, ici elles ne sont pas les mieux mises en valeur. Le fan le plus indulgent commencera donc à se dire que Neal se répète et qu’il lui faudrait peut-être l’aide de ses camarades dans The Neal Morse Band pour essayer d’aller plus loin. A suivre donc, car un prochain Transatlantic est bientôt en vue ! Infatigable Neal Morse.

https://www.nealmorse.com/

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