Led Zeppelin – In Through the Out Door (l’album de trop ?)

In Through the Out Door
Led Zeppelin
Swan Song Records
1979
Rudzik

Led Zeppelin – In Through the Out Door (l’album de trop ?)

Led Zeppelin In Through The Out Door

Inauguration de la rubrique L’album de trop ?
C’est à moi que revient l’honneur d’inaugurer notre nouvelle rubrique l’album de trop par une chronique masochiste et presque suicidaire d’un groupe iconique. Je veux parler de Led Zeppelin dont la carrière et la production m’ont tour à tour enchanté et profondément déçu. Bien entendu, les mots ci-après ne reflètent que mon humble perception et certaines de mes réflexions vont faire bondir les fans de tout poil de ce groupe mythique. Pourtant, celles-ci sont sincères et murement réfléchies, surtout si longtemps après la sortie de l’album dont il sera question plus loin : In Through The Out Door. Je ne suis pas spécialiste du groupe et n’ai d’ailleurs jamais lu un des nombreux ouvrages à son sujet. Mais dieu que j’ai pu user leurs vinyles sur ma platine d’ado boutonneux. Il ne s’agit surtout pas d’une biographie et, paradoxalement, Led Zeppelin demeure un groupe mythique pour moi également… principalement grâce à son début de carrière.

Led Zeppelin In Through The Out Door band2

Petite bio qui n’en est pas une
C’est faire injure à nos lecteurs de rappeler (et pourtant, je le ferai quand-même !) que Led Zeppelin a sorti, en à peine trois années très prolifiques, quatre albums mythiques posant les bases du hard rock et de ses nombreuses ramifications et explorations, toutes réussies même lorsqu’elles prenaient de court le jeune ado peu ouvert à la diversité musicale que j’étais à l’époque. Led Zeppelin I représente les fonts baptismaux du groupe dans la lignée des Yardbirds de Jimmy Page, proposant un blues rock survitaminé (« Good Times Bad Times ») semant les graines qui feront la gloire du groupe, à savoir des riffs de guitare ultra agressifs (pour l’époque bien sûr), le batteur John Bonham qui cogne comme un bucheron et calque sa rythmique principalement sur la guitare (alors que traditionnellement, on la calque sur la basse), le bassiste-claviériste John Paul Jones qui refuse d’être relégué au rang des faire-valoir et son immense vocaliste (tant par la taille que par le talent) Robert Plant qui semble toujours chanter en live sur les albums studio. Et justement, sur scène, c’est aussi puissant par exemple quand Jimmy Page commet un sacrilège symphonique en jouant de la guitare électrique avec un archet de violon (« Dazed And Confused »).
Dans la foulée, le légendaire Led Zeppelin II enfonce le clou en matière de hard rock avec le psychédélique « Whole Lotta Love », mais pas que puisque tous les morceaux traitant de l’amour ou d’heroic fantasy (les deux thèmes favoris du groupe) tutoient la perfection, surtout les plus épiques comme « Heartbreaker » ou « The Lemon Song » sur lequel, le jeu de basse de John Paul Jones est fantastique. Led Zeppelin III, conçu en autarcie dans la campagne galloise, prend tout le monde de court avec son mix de folk acoustique et de hard rock à première vue déstabilisant mais remarquablement équilibré. Le titre qui le caractérise le mieux est à mon sens « Gallows Pole », un incroyable mariage entre l’acoustique et l’agressif dont la violence et le cynisme des textes de Robert Plant est l’improbable écrin. Il s’agit aussi de l’album qui m’a fait découvrir qu’une ballade pouvait être autre chose qu’un morceau mièvre et sucré (« Since I’ve Been Loving You »). Enfin arrive la consécration (s’il en fallait encore une) avec Led Zeppelin IV sur lequel le côté heavy du groupe est encore accentué par la frappe dantesque de John Bonham («  When The Levee Breaks ») bien que l’acoustique y continue également son bonhomme de chemin. Impossible de passer sous silence l’inoubliable « Stairway To Heaven » qui, bien qu’ironiquement censuré dans Wayne’s World, est certainement le titre ultime de Led Zeppelin pour lequel Jimmy Page voulait démontrer à son label incrédule qu’un morceau avec des changements de rythmes pouvait obtenir une consécration internationale et passer à la radio mainstream : objectif atteint au-delà de toutes ses espérances.

Led Zeppelin In Through The Out Door band4

Déceptions et génie
C’est après une attente prolongée due à un désaccord sur les coloris de sa jaquette que débarque Houses Of The Holy et là, c’est une véritable déception pour moi. Oh, ça n’est pas que l’inspiration du groupe l’a déserté, mais qu’est-ce qui a pris Jimmy Page d’utiliser sur tout l’album ce son de guitare scintillant et aigu sans distorsion qui interdit toute puissance dans les morceaux ? Alors malgré certains temps forts comme le psychédélique « No Quarter » et le bicéphale « Over The Hills And Far Away », le son général de cet album ne m’a jamais permis d’y souscrire totalement. Pas découragé, je me suis rué sur le versatile Physical Graffiti dont la pochette d’immeuble avec ses fenêtres pratiquées dans le carton de la pochette a agi sur moi comme un véritable miel pour les abeilles. J’ai mis très longtemps à apprécier cet album à sa juste valeur du fait de la mosaïque complexe qu’il représentait. Certainement, l’album le moins accessible du groupe dans sa globalité sur lequel les transitions entre des morceaux progressifs voire abscons comme « In The Light », «  In My Time Of Dying » au furieux solo de bottleneck, « Ten Years Gone » et l’incontournable « Kashmir », côtoient des titres beaucoup plus directs, lourds et percutants comme « The Rover », « The Wanton Song », voire sautillants comme « Custard Pie » avec sa très sympathique rythmique syncopée et « Trampled Under Foot » ou folk à l’instar de « Black Country Woman ». Pour autant ce patchwork génial a marqué ma réconciliation avec la production du groupe, d’autant plus que mes affinités progressives commençaient à s’affirmer. À cet égard, le chef d’œuvre Physical Graffiti est tombé à pic dans leur discographie.
Et là, vous allez dire « Mais quand va-t-il nous parler d’In Through The Out Door » ? J’y arrive bientôt. Après l’interlude de Presence, cet album à l’énigmatique pochette mettant en scène un obélisque bizarre sur chacune des photos. Robert Plant a auparavant frôlé la mort dans un accident automobile, sa femme Maureen s’en sortant de justesse et le pauvre ne sait pas qu’il n’est pas au bout de ses peines en matière d’évènements tragiques. L’album est exempt d’acoustique et de claviers et revient à la production de Houses Of The Holy, à mon plus grand désarroi. Un certain énervement généré par cette sonorité de guitare trop clinquante m’envahit à chaque fois que j’écoute « Achilles Last Time ». Egalement, je trouve interminables la répétition de riffs de « Nobody’s Fault But Mine » ainsi que la langueur de « Tea For No One ». Il s’agit de l’album de Led Zeppelin qui marchera le moins, mais c’est aussi dû au fait qu’il a été peu défendu sur scène.

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L’album de trop
La décadence du groupe est cette fois-ci clairement en route et les terribles évènements qui l’accompagnent auront certainement un impact non négligeable sur celle-ci. En 1977, lors d’une tournée, Robert Plant apprend le décès de son fils de cinq ans victime d’un virus gastrique. Parallèlement à cet évènement tragique, les problèmes d’addiction de Jimmy Page et John Bonham plombent de plus en plus le groupe. En 1979, c’est sous l’impulsion de Robert Plant et John Paul Jones que Led Zeppelin se remet à l’ouvrage pour sortir In Through The Out Door qui sera finalement son dernier album studio. Le groupe est divisé en deux clans : les addictifs et les « relativement clean » (dixit JPJ). Si l’inspiration a commencé à le déserter depuis Presence, ce ne sont pas Robert et John qui vont la ressusciter. Robert Plant se charge comme d’habitude des textes, mais John Paul Jones domine musicalement toutes les compositions d’In Through The Out Door du fait de la faible assiduité des deux autres aux séances de répétitions. Jimmy Page est même absent des crédits pour deux titres, alors que John Bonham n’est lui crédité sur aucun titre. Ce faisant, ils donnent naissance à un album sans saveur et confus, clairement l’album de trop à mes yeux. Pourtant, ça ne partait pas trop mal avec « In The Evening » et son rythme entraînant sur lequel le chant de Robert Plant est cependant étonnamment sous mixé. Par la suite cela s’apparente à une descente aux enfers. « South Bound Saurez » est un ersatz de titre rock’n’roll léger dont la rythmique de piano épileptique est très énervante. « Fool In The Rain » fait l’objet d’une association de samba (!!!) et de blues rock imaginée par Robert Plant, dont la recette est un échec désolant. Sur le rock’n roll à tendance blue grass « Hot Dog Rock », il tente de se positionner dans le registre d’un Elvis Presley du pauvre. Mais quand on a une telle personnalité vocale, pourquoi aller se fourvoyer dans ce genre d’exercice qui frise la parodie. Le fond est atteint avec un « Carouselambra », sorte de funky indigeste et dissonant dont la partie instrumentale finale est longue comme la peste, ou plutôt la COVID, devrais-je dire. J’hésite à l’écrire, mais, malgré tout le respect que je lui dois, la chanson « All Of My Love » qu’il a composé, en hommage à son petit garçon décédé, un événement qui le marque encore comme une empreinte au fer rouge (il vient d’en ressortir un clip) est insipide au possible. En tout cas, à des années lumières d’un « Since I’ve Been Loving You » dont je parlais plus haut. On peut cependant imaginer que, submergé par l’émotion au moment de l’écrire, il lui a sans doute été difficile de trouver l’inspiration nécessaire pour un morceau plus ambitieux et prenant, même si d’autres y sont parvenus comme Anathema avec « One Last Goodbye » en hommage à leur maman décédée ou Steven Wilson et son groupe de l’époque, Porcupine Tree, presque tout au long de l’album Lightbulb Sun à l’occasion de sa douloureuse séparation conjugale. Ça n’est pas «  I’m Gonna Crawl » qui remontera le niveau de cet album de trop avec son ambiance bluesy lente et interminable même pas rehaussée par le chant blindé d’écho de qui vous savez.

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Mythique mais perfectible
Honnêtement, à la fin de l’écoute d’In Through The Out Door, je suis resté aussi incrédule qu’à la fin de Physical Graffiti, mais pas pour les mêmes raisons bien sûr. Qu’avaient-ils fait de cette incroyable créativité qui leur collait à la peau sur leurs quatre premiers albums (et plus aléatoirement par la suite) ? Certes, et là, je vais encore en faire bondir beaucoup, je n’ai jamais fait partie de ceux qui étaient admiratifs de leurs performances en concert. Si l’énergie et l’improvisation a toujours été au rendez-vous, Robert Plant, un peu comme un Freddy Mercury, n’a jamais été capable de chanter aussi haut en live qu’en studio et même si son côté « roots » met en transe, le jeu de guitare de Jimmy Page est très approximatif et trop sale par rapport à sa qualité en studio. D’ailleurs certains concerts ont été indignes de la réputation du groupe comme ceux du Knebworth en 1979 et surtout, après le décès de John Bonham en 1980, celui du Live Aid en 1985, considéré comme le pire show de l’histoire du groupe, que Jimmy Page a lui-même qualifié de « bordélique » et enfin, celui du quarantième anniversaire de leur label Atlantic en 1988. Le massacre systématique de « Rock And Roll » en début de concert ne m’a jamais donné la banane.
Pour en revenir à In Through The Out Door, même en tenant compte de toutes les circonstances atténuantes précitées, c’est vraiment l’album de trop pour moi. Pourtant, il n’a pas été un échec commercial, comme quoi, tous les goûts sont dans la nature, mais j’assume complètement mon ressenti et mes écrits. Peut-être était-il temps pour Led Zeppelin de s’arrêter avant même de le sortir afin de ne pas entacher tout l’héritage de leur fabuleuse discographie ? C’est bien simple, la compilation de chutes de studios Coda sortie en 1982 m’apparaît plus respectueuse de cet héritage. Dire qu’un morceau convaincant comme « Darlene », issu des sessions d’In Through The Out Door, s’y est trouvé relégué est très surprenant ! Il n’en reste pas moins que j’écouterai jusqu’à la fin de mes jours les quatre fabuleux albums de Led Zeppelin (et Physical Graffiti !) en étant toujours admiratif de la créativité hors norme de ce groupe qui demeurera à jamais mythique pour moi… avec toutefois les réserves qu’en tant que fan éclairé, j’ai voulu y apporter… au risque de me faire tailler en pièces par la communauté.

Crédits : Merci à mon fils Gaël qui n’est pas tennisman mais bien un mélomane très inspirant.

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4 commentaires

  • Gérard Dessaint

    Bonjour

    Dans la série « De la nécessité de déboulonner les idoles », cet article a toute sa place.
    Même si chacun pourra y apporter sa touche corrective, les angles d’attaque sont judicieux, notamment sur les prestations « live » qui les avaient déjà fait choir de leur piédestal.
    Pour le reste (copieux), vous avez su donner une lecture de carrière éclairante selon un prisme tout personnel qui a le mérite de poser de bonnes questions.
    Quant à l’album de trop, celui qui « should never be », c’est plutôt « Coda », je trouve.
    « In through the out door » paraît décevant parce qu’il est affublé du prestigieux label « Led Zeppelin », mais beaucoup de groupes auraient signé pour qu’un tel album figure sur leur CV. Et, puisque je parle de label, c’est quand même un chant du cygne qui a de l’allure, non ?

  • Rudzik

    Merci pour ces commentaires élogieux avec juste une petite remarque, Coda n’est pas un album en tant que tel, mais une compilation de chutes de studio. Donc ce qui est acceptable en terme de qualité inégale pour Coda l’est beaucoup moins pour ITTOD. Ceci dit, pour moi qui m’attendais à subir les foudres de fans « aveuglés » par leur passion, ce commentaire me fait très chaud au cœur.

    • Rudzik

      Y compris pour le clin d’œil final au label Swansong

    • Gérard Dessaint

      « Coda » est bien un recueil de fonds de tiroir. Je ne mets rien de péjoratif dans l’expression. Après tout, en 1982, quelques nouvelles de feu le Dirigeable pouvaient bien ravir les fans dépités qui pouvaient penser que…
      Mais nous avons fini par apprendre que « Physical Graffiti » avait été un retour aux archives datant déjà de quelques années, un peu comme les stones de 81 (période « Start me up »). La comparaison avec « Coda » s’arrête là puisque le double « immeuble » vaut le détour, même s’il est par trop inégal (l’effet « mountains crumble to the sea » qui se faisait déjà sentir, sans doute ?).
      J’ai vraiment apprécié la lecture que vous avez faite de la carrière de ce groupe qui a tenu le haut du pavé 11 ans durant.
      Ca peut rester un monolithe pour beaucoup, mais le recul laisse apparaître pas mal de craquelures et, pourquoi le taire ?, de failles. Vous avez su en relever quelques-unes (et c’est un euphémisme) de façon tout à fait judicieuse, avec, qui plus est, une belle écriture. Cette mise en perspective mérite donc bien qu’on s’y attarde.
      En ce qui me concerne, le temps de la passion aveugle pour ce groupe (et beaucoup d’autres, rassurez-vous) est révolu depuis longtemps (au hasard ? un certain « Un-Led-ded »——->mais là, la foudre sera pour moi).
      Merci pour cet échange. Prenez bien soin de vous.

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