Hemeroplan – Altesia – Aro Ora au Bateau Ivre (37 Tours)

Hemeroplan – Altesia – Aro Ora au Bateau Ivre (37 Tours)
Hemeroplan – Altesia – Aro Ora
23/04/2022
Rudzik

Hemeroplan – Altesia – Aro Ora au Bateau Ivre (37 Tours)

Hemeroplan – Altesia – Aro Ora au Bateau Ivre

Je n’ai rien fait pour ça, mais voici qu’après être allé à Altesia (à Bordeaux l’année dernière), c’est Altesia qui, tel le chevalier Lagardère, est venu à moi à ma grande surprise, dans mes terres tourangelles. Ni une, ni deux, il fallait que je retourne les voir et que je découvre par là-même Le Bateau Ivre, cette salle chargée d’histoire locale qui renaît de ses cendres. Créée en 1982 par une passionnée, elle s’installe dans les locaux d’un ancien cinéma en 1987. En 28 ans, Le Bateau Ivre a fait voguer 1 500 groupes et 250 compagnies. En octobre 2010, la salle ferme ses portes et semble les ouvrir aux promoteurs et démolisseurs vautours de toutes sortes, mais le collectif Ohé du Bateau ! est créé pour sauver le navire.

Après bien des vicissitudes et tergiversations entre passionnés et représentants des élus, c’est finalement le collectif qui prend la barre de la galère sous la forme d’une SCIC Oh ! (Société coopérative d’intérêt collectif) très originale dont le montage financier est astucieusement construit en proposant aux citoyens et entreprises de devenir sociétaires et d’acheter des parts de 100 €. Ce sont près de 1800 sociétaires et bénévoles qui s’attelleront à l’immense tâche de remettre à flot le bâtiment dont la réouverture interviendra finalement le 8 octobre 2020 pour… refermer 15 jours plus tard, Covid oblige. Un coup de semonce ? Pas vraiment, car l’équipe rame encore pendant près d’un an pour réouvrir de nouveau la salle en septembre 2021 et cette fois-ci, le lancement est réussi. Son secret ? Des bénévoles impliqués, car sociétaires et une gestion sous forme d’une coopérative où toutes les décisions et choix sont pris collectivement. La salle a été rénovée et réaménagée de façon très fonctionnelle avec des équipements de qualité (bar, éclairages, sono, table de mixages, back stage etc.) pour une contenance de 200 à 300 pax suivant sa configuration. La programmation est très éclectique ce qui lui assure un taux de remplissage très conséquent. C’est donc un réel bonheur de pouvoir remettre les pieds dans cet endroit magique, pour son public mais aussi pour les groupes.

Le Bateau Ivre
Ce soir, c’est du rock metal au programme et l’éclectisme est également au rendez-vous avec deux groupes locaux, Hemeroplan et Aro Ora ainsi que les Bordelais d’Altesia à l’affiche. On va aller du rock progressif au metalcore alternatif en passant par le metal progressif. Une sacrée traversée en somme !
Hemeroplan investit presque timidement la scène. Le groupe, composé exclusivement de produits de la réputée école locale de musique Tous en Scène, n’a qu’un EP et qu’un concert récent au compteur. Il travaille sur un nouvel album devant sortir à la rentrée et la setlist de ce soir n’est composée que de ces nouveaux titres. Une sacré prise de risques, même devant un parterre de connaissances bienveillant. Les premières mesures semblent un peu hésitantes sur l’intro, mais très vite, le quatuor se cale, prend de l’assurance, les sourires remplacent les plissements de front de concentration. Son chanteur guitariste, Jany Pacaud, hors scène c’est David, mais devant un micro, il se transforme en Goliath et pour une fois, c’est le géant qui gagne. Sa voix est puissante et claire. Les variations dans ses intonations et des envolées lumineuses me font immédiatement penser à Marco Glühmann de Sylvan particulièrement sur « The Call » ou sur « Six Feet Over ».

Hemeroplan band2

Ses trois partenaires démarrent plutôt sagement, mais quand Yann Maury impulse une rythmique alternative en sollicitant tous ses tomes graves sur laquelle se greffe efficacement la basse d’Axel Fabre et que Pierre Chauveau et Jany, les deux guitaristes, y vont chacun de leur solo pour une complémentarité… d’école… si j’ose dire, Hemeroplan parvient à nous faire entrer de plain-pied dans son univers. Le son est clair même si un peu trop dominé par une batterie qui claque. Le groupe affectionne les rythmiques syncopées (« The Call », « Omniscience ») et tente des incursions réussies vers le stoner le temps d’un puissant « Towards The Abyss » ainsi que vers des horizons plus alternatifs pour « These Walls » dont la partie instrumentale en dit long sur les capacités techniques de ces quatre-là ! Trois groupes sans tête d’affiche, ça ne laisse que 45 minutes à chacun pour s’exprimer et la fin du set arrive beaucoup trop vite, non sans nous réserver une dernière flèche qui fait mouche sous la forme de l’instrumental « Verisimilitude » sur lequel le plaisir partagé avec le public atteint son apogée. Hemeroplan a réussi son coup qui n’était pas gagné d’avance et on lui souhaite tout le bien qu’il mérite assurément.

Hemeroplan band1
Altesia prend possession des planches sous le regard curieux d’un public visiblement peu averti de ce qui l’attend. Même moi qui les connais bien, je suis incapable de prédire ce set, car ces surdoués changent de setlist à chaque concert et donnent sans demi mesure dans la déconne à tout va… enfin pas musicalement parlant parce que là, c’est « serious business ». Il en résulte trois setlists sur lesquelles j’arrive à poser les yeux effarés, la première détourne carrément les titres des morceaux, la seconde comporte le mot « slibard » dans chacun des titres et la troisième, dénichée par Fabulous Fabrice (le manager/lightman d’Altesia officiant gratos pour les trois groupes de l’affiche pendant toute la soirée) contient les vrais titres… ouf ! Je l’ai dit, 45 minutes, c’est très court, surtout dans le prog. Aussi Altesia attaque pied au plancher avec un blast initial dévastateur à couper le souffle tout comme le « Mouth Of The Sky » qui lui succède, le titre le plus ravageur de la discographie du groupe. Vêtu d’un Tshirt de La Joconde dont le sourire est moins énigmatique que les setlists du groupe, Yann est une pieuvre à la batterie. Sa précision diabolique en envergure, mais également en amplitude, lui permet de faire état d’une qualité de frappe idéale. Ainsi, ses drums sont incontournables mais pas outranciers. Donc le son est d’une qualité exceptionnelle, car pas écrasé par la batterie ce qui est rare de nos jours, avec un satisfecit à attribuer également à l’ingé son qui fait un boulot exceptionnel derrière ses consoles.

Altesia band1

Clément Darrieu est plus goguenard que jamais envers un public surpris mais conquis d’entrée, annonçant à l’avance les blasts par « ça va envoyer du lourd ! ». C’est un hybride « The Prison Child / Cassandra’s Prophecy » tiré de leur premier album Paragon Circus qui permet de mesurer ses progès au chant, également bien secondé par son guitariste Alexis Casanova et son batteur pour les choeurs. L’assurance dont il fait preuve sur les planches lui met d’entrée le pit dans sa poche. Le claviériste Henri Bordillon, le plus sage de la bande, semble l’être également musicalement alors qu’il s’ingénie au contraire à remplir les espaces laissés libres par ses compères par des touches d’Hammond ou de piano, laissant le champ libre à son lead guitar pour un solo final enthousiasmant. Cet étonnant mix de folie parfois improvisée et de maîtrise technique s’exprime à tout va le temps d’un « Sleep Paralysis » aux breaks omniprésents et aux passages barrés comme cet air de valse qui donne la banane à un public incrédule devant tant d’audace. Les bobinages particuliers des micros de la Stratocaster d’Alexis donnent toute la puissance et la gravité nécessaires aux riffs dont ce titre est blindé. C’est le moment pour Clément d’annoncer un morceau plus pop, à savoir « une reprise de Justin Bieber ou la danse des canards », au choix. Et c’est « A Liar Oath », le single d’Embryo qui fait un carton, générant des claquements de mains spontanés dans le public. Qui a dit que le prog ne s’adressait qu’à un public passif (parce qu’un public progueux, ça écoute sans faire de bruit, sinon on entend moins bien… non) ? Je ne reconnais pas le premier solo d’Alexis. C’est normal, il a décidé d’en improviser un différent de la version studio qui se termine par un tapping affriolant devant des yeux médusés d’un parterre conquis. Yann a laissé tomber La Joconde (Léonard doit se retourner dans sa tombe). Bientôt Alexis, fera de même en exposant son torse bodybuildé et velu à un public scandant des « à poil ! ».

Altesia band2

Nous sommes à la moitié du set quand notre facétieux frontman annonce déjà le dernier titre. Mais c’est bien sûr, l’épique « Exit Initia » qui débarque avec ses 21 minutes de grandeur époustouflante rappelant les plus grandes heures de Dream Theater, période Six Degrees Of Inner Turbulence. Je note pour la première fois l’originalité de la rythmique de batterie de Yann qui semble toujours en retard sans l’être, bien sûr, sur les refrains. Bah, désolé, j’avais pas fait gaffe avant cette claque-là ! Evidemment, la partie brésilienne colorée de samba incongrue, le break de piano quand tout le public salue la fin du morceau qui est simplement en train de repartir de plus belle, cette partie de jazz/funk emmenée par la basse d’Hugo Bernat et par les claviers d’Henri avant un final grandiloquent de folie, emportent tout sur leur passage. Visiblement, beaucoup découvrent ce qu’est le metal prog ce soir-là et les 231 spectateurs (pas loin de la jauge maxi) sont renversés d’étonnement. Cette fois-ci, c’est bel et bien fini et les mots émus d’Alexis au micro concernant le mode de gestion coopératif de Bateau Ivre qu’il a découvert avec beaucoup d’admiration clôturent ce show de folie.

Altesia band3

Et pourtant, c’était plutôt pour assister au retour sur scène des locaux d’Aro Ora OA que le public était venu en masse. Il fera d’une pierre deux et même trois coups. Les adeptes d’un metalcore alternatif ne sont pas dans la meilleure position possible pour assurer ce show. Non seulement, leur retour s’effectue après une absence de… 924 jours sur scène, mais c’est aussi une grande première pour leur chanteur Quentin Dabouis. Et enfin, le groupe est privé de son bassiste indisponible et a dû sampler son jeu. Paradoxalement, c’est avec beaucoup d’assurance qu’ils investissent la scène du Bateau Ivre et en particulier, leur frontman rentre direct dans le lard du pit, fort d’une dualité entre des growl rocailleux et un chant clair qui fait merveille sur « Inhale ». « Shivering Flame » et par la suite « Roots Of Knowledge » avec son intro façon post punk distillent une dose de groove bienvenue dans le metalcore alternatif des Tourangeaux et les pogos éclosent de partout. Le son est d’airain… peut-être un peu trop, mais quand on a un cogneur tel que Quentin Regnault, également batteur de l’excellent guitariste franco/ukrainien Roman Rouzine présent dans la salle, qui fait de la surenchère de décibels à grands coups de rimshots, l’ingé son est contraint de booster les grattes pour qu’elle survivent également à la double caisse triggée de ce bucheron.

Aro Ora band 1

Pourtant, un soupçon de mélodie vient éclairer le fin fond du « Kosmos » vite remballé sous les coups des brulots que sont « Long Live » et « Seducing Venom ». Les pogos génèrent désormais des slams. Le pit est en folie. Oublié le covid, maintenant, place aux gros riffs et à cet égard, l’album Wairua qui est largement mis à l’honneur ce soir, n’en est vraiment pas dépourvu. C’est lourdingue, oui, mais on peut encore faire mieux avec l’éléphantesque « Velvet » et le détonant « Unsung Heroes ». La mèche est allumée depuis longtemps et ça explose de toute part. C’est vers un final à la vitesse de la lumière que nous emmène un « Running On The Möbius Strip » décapant sur lequel Florent Guidicelli et Anthony Mateus, que seules les coiffures opposent, sont en symbiose totale alors que Quentin Dabouis semble avoir frotté ses cordes vocales avec un tampon à récurer les casseroles. La messe est dite. Faute de possibilités d’improvisation du fait du samplage précité, Aro Ora ne pourra pas céder au chant des sirènes qui lui réclament à corps et à cris un rappel.

Aro Ora band 2

Qu’importe, le plein de décibels est fait et pour moins cher qu’un passage à la pompe, ce qui me rappelle que l’équipe du Bateau Ivre laisse toute latitude au public de décider de sa contribution pécuniaire à ce type d’évènement. Elle affiche intelligemment à l’entrée les détails du budget nécessaire pour organiser ce genre de soirée afin de susciter l’obole que chacun choisira de verser en guise de remerciement pour une soirée, certes éclectique, mais qui aura surprenamment satisfait tous les spectateurs présents quelques soient leurs goûts et leurs attentes.

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