Grandval – eau | feu

eau | feu
Grandval
Vallis Lupi
2022
Rudzik

Grandval – eau | feu

 Grandval eau | feu

Après À Ciel Ouvert… et Descendu Sur Terre, la trilogie des éléments de Grandval s’achève par son nouvel opus eau | feu. L’occasion est idéale pour faire un bilan du parcours du groupe auvergnat depuis ses débuts en 2016.
Dans une discographie, il n’y a pas de règles. Certaines formations cassent la baraque d’entrée de jeu sur un premier album touché par la grâce sans jamais réussir à revenir à ce niveau tout au long de leur carrière. Ainsi, la confirmation sur un second album devient une gageure. Pour d’autres, c’est le troisième opus qui pose problème pour un groupe déjà à court d’idées et à la recherche d’un nouveau souffle. Cela conduit parfois à des changements radicaux d’orientation artistique souvent accompagnés par des ruptures du line-up et parfois même avec la fanbase. Enfin, il y a ceux qui sont en constante progression et qui parviennent à évoluer sereinement par petites touches sans se renier. Grandval est assurément de ceux-là.

Grandval eau | feu band1
Si À Ciel Ouvert… était un bel essai quoique perfectible à cause d’inévitables péchés de jeunesse, Descendu Sur Terre avait permis à Grandval de franchir un sacré palier dans tous les domaines (qualité des compositions, de leur exécution et de la production). Du coup, eau | feu pouvait devenir un traquenard : Grandval allait-il continuer sa progression où se montrerait-il à court d’idées ? La réponse à cette question transpire déjà dans sa formation. Ce qui était à la base un projet personnel d’Henri Vaugrand (textes, chant, basse, guitares) voit désormais Olivier Bonneau (claviers, guitare), auteur de deux des sept compositions, y être complètement intégré. D’autre part, les guests (qui n’en sont plus vraiment) comme Jean-Baptiste Itier (batterie) et Jean Pierre Louveton (guitares) de JPL sont reconduits. Enfin, Élodie Saugues, la compagne d’Henri, apporte, comme les musiciens précités, son concours vocal et on verra plus loin que ça n’est pas anodin. Le changement dans la continuité, quoi ! Des conditions idéales pour sortir un album encore en progression dont le cap a été subtilement réorienté vers des rivages plus popisants… enfin… il faut quand-même parler de pop progressive, car « chassez le naturel… ». D’ailleurs, la Nature avec un grand « N » est toujours au centre des propos de son leader avec cette fois-ci des connotations psychologiques humaines. Sa poésie renvoie aux plus grands chanteurs français, et non, je ne parle pas de Cloclo ou de Johnny, mais plutôt de calibres authentiques en matière de textes comme Christophe dont Grandval a repris « J’Aime L’Ennui ». D’un point de vue musical, le groupe affirme avoir voulu rendre ses morceaux plus concis en limitant les longues plages instrumentales. Avec quatre d’entre eux à plus de six minutes, l’objectif ne semble pas vraiment atteint, mais je ne m’en plaindrais pas, car ça laisse notamment la place à un fabuleux et épique « Heinrich (Un Monde Bien Étrange) ». Il faut noter que les parties vocales ont été soigneusement plus étoffées et variées par rapport aux albums précédents. Elles prédominent sur les parties instrumentales. Le doux timbre d’Henri, s’il n’est pas désagréable en soi, peine toujours à colorer les émotions (« Les Jours Innocents »). Par contre, le renfort qu’il reçoit de la part de ses comparses rehausse judicieusement son chant sur des plages comme le tranquille et mélodique « Il Neige Encore », surtout dans une superbe partie finale presque chantée a capella. L’autre point très positif qui contribue à faire de cet album un arc-en-ciel musical, c’est l’articulation des morceaux. Ainsi la pièce la plus progressive, « Heinrich (Un Monde Bien Étrange) » succède aux deux morceaux introductifs plus directs, alors que le sympathique et très groovy « Érables Et Chênes » débarque à point nommé au cœur de l’album pour redonner du tonus à cet eau | feu. En passant, JB Itier nous y gratifie de parties de batterie proprement ébouriffantes.

Grandval eau | feu band2
La production se veut très dynamique plutôt que musclée. À part la première partie d’« Heinrich (Un Monde Bien Étrange) » qui aurait mérité un peu plus de pêche, ce choix délibéré est vraiment heureux, car c’est plutôt dans les changements de rythmes que Grandval affirme son côté plus nerveux comme pour « Fin De Partie » ou « Aqua Et Igni » dont le thème, les migrants, m’est particulièrement cher, surtout en cette période dramatique où les exactions Russes jettent tout le peuple ukrainien sur les routes de l’Europe de l’Ouest. D’un point de vue musical, il y a une réelle osmose entre les protagonistes du groupe d’où ma remarque sur le fait que les guests font presque partie des meubles. La basse d’Henri est versatile à souhait et les claviers d’Olivier apportent une richesse inestimable à l’ensemble. Quel bonheur aussi ces soli de guitare dignes d’un Steve Rothery comme celui du très lumineux « Les Jours Innocents ».
eau | feu confirme tout le bien que l’on pensait de Grandval, un combo qui sait se renouveler sans lasser. La discographie du groupe est suffisamment étoffée et versatile pour nous mettre dans la peau d’un renard alléché qui n’attend plus que le corbeau lâche son camembert pour s’en régaler, comprenez par là que la réouverture des vannes des salles de concert permettra enfin aux Auvergnats de nous régaler sur scène… si l’ogre de la taïga ne nous croque pas avant.

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