Cargobelly – Cargobelly

Cargobelly
Cargobelly
Auto production
2018
Jean-Michel Calvez

Cargobelly – Cargobelly

Cargobelly

Cargobelly, retenez ce nom. Cargobelly c’est Nico, Jon, Valérian, Olivier et Jonathan. Voilà un groupe « bien de chez nous » (venu du plein cœur de la France, c’est-à-dire l’Auvergne), qui vient faire la nique aux groupes anglo-saxons sur leur propre terrain, avec un premier EP indie rock impeccable aux influences diverses et mêlées, apte à transcender toutes celles-ci pour un résultat superbe et original.

Après s’être rodés quelque temps sur la scène dans leur région, dans un registre anti folk ou folk rock, le quintet de Cargobelly sort son premier EP, autoproduit grâce à un financement sur Ulule. Les influences variées ont évolué au fil du temps depuis leur naissance en 2015. Après des débuts plutôt grunge / anti folk, le groupe revendique désormais l’influence indie rock psychédélique du Velvet Underground, de Bowie, Arcade Fire ou du Brian Joneston Massacre. S’ajoute à cela une tonalité post-rock parfois proche de Mogwai ou Sigur Ros et quelques touches d’un néo-prog super léché à la Steven Wilson ou Archive : les sons de claviers typés vintage et d’intros travaillées rappellent l’esprit inventif et « sans filtre » des grandes heures (et années !) du rock progressif historique. Quelques étincelles et fulgurances dignes de la face électrique la plus nerveuse du folk classique, et se font aussi parfois plus légère encore sur « This Place » avec ses accords de banjo bucoliques. Enfin, la batterie de Jonathan, inventive et pêchue, ne se limite jamais à donner le tempo d’un morceau et joue, le plus souvent, à égalité de présence avec les autres instruments, lors de ses interventions. Cette ouverture à de multiples courants pop rock, vintage ou non, est superbement digérée, et l’on y trouvera quelques points communs, dans la démarche comme dans l’ouverture et les inspirations, avec Before The Dark, le premier EP de Clint Slate.

Cargobelly band 1

L’EP s’ouvre sur « Doncaster Road », traité en spoken words à la John Trudell (dont la voix grave du chanteur Nico est assez proche). Le registre slam, d’abord distancié, s’excite et gagne en punch au fil du morceau, jusqu’à la frénésie et presque la rage, formule reprise sur le long titre final « This Place ». « WW3 », titre le plus pop, plutôt downtempo et assez cool dans son intro, sonne assez proche d’Arcade Fire avec un joli motif de guitare rappelant le son des premiers titres de Police. Sur « Houseboat » en revanche, le chant scandé, entre slam et rap, aborde un registre plus glam rock, avec ce son trafiqué de clavier parasité d’un vibrato fébrile, digne du Bowie de « Ashes to Ashes », puis le morceau se conclut sur une superbe coda très progressive sur un fond de guitare acoustique et de touches légères de nappes très seventies proches du mellotron-flute.

Suit un « Snow Flakes » à nouveau downtempo et cool, presque romantique, où se balade un son de clavier à la Rick Wakeman proche du Minimoog, donc à nouveau très seventies, déjà entendu sur « WW3 ». Même registre sur le titre final « This Place », très dylanien celui-là pour la voix, qui débute sur un parlé-scandé d’abord très soft, qui enfle en puissance au fil de ses 6 minutes 30. Le banjo tranquille de l’intro, presque folk, y cède peu à peu la place aux riffs rageurs de guitare électrique et à une rythmique snare drum très syncopée, dans une sorte de post-rock progressif échevelé faisant penser aux monumentales montées en régime du fabuleux Echo Street d’Amplifier, avec en plus ici les interventions de claviers.

Les cinq titres sont majoritairement bâtis sur le même schéma de progression séduisant et, on l’avoue, assez addictif – peut-être même est-ce plus jouissif encore pour le groupe sur scène ? Celui d’un crescendo en rythme et en puissance, où les couches de claviers à tonalité vintage, de guitares, de batterie et de chœurs, s’additionnent et se superposent. De même, la voix de Nicolas, posée et scandée au départ d’un morceau, s’emballe, accélère en tempo, volume et dureté ou rage, proche de l’incantation sauvage et comme poussée par les instruments (ou est-ce l’inverse ?), jusqu’à une sorte de climax final dans une frénésie de mots martelés, crachés en rafales.

Si les mini épics de Cargobelly tiennent sur 4 à 6 minutes maximum, leur post rock Indie à la fois soft et musclé offre néanmoins des orchestrations quasi symphoniques (au sens du prog foisonnant des albums cultes du Yes flamboyant des seventies). Leurs morceaux n’ont rien à envier aux meilleurs epics prog ou métal (on pense aux premiers opus de Dream Theater), par leur richesse et leur inventivité, par la variété des climats et du tempo au sein d’un même morceau, avec toujours une belle énergie et par de superbes trouvailles sonores aux claviers, toujours inventifs dans leurs clins d’œil vintage, comme aux guitares superbes, en général plus portées sur les solos ou la rythmique que saturées.

Cargobelly band 2

Une mention toute particulière pour Nico (le chanteur) : nul besoin d’être agrégé de langues pour noter un accent sans reproche. Brexit ou pas, il ne fera donc pas fuir nos amis d’outre-Manche, toujours si pointilleux sur les groupes « pas de chez eux » (Italiens, Allemands, Français…) qui s’expriment dans la langue de Shakespeare. No problem avec Cargobelly, leur chanteur a la voix et le ton pour franchir haut la main cet obstacle, y compris sur les titres avec voix parlée, un exercice encore plus périlleux pour un francophone.

Cette magnifique fusion d’influences, concentrée sur 26 minutes, fait toute la richesse de cet EP sachant varier les climats d’un titre à l’autre comme au sein d’un même morceau. Difficile dans ce cas de lui trouver une place au sein d’une classification unique, par genres – mais ça c’est notre problème à C&O – et puis, ça élargira encore la liste de leurs amis ! Chacun aura donc son idée sur ce plan, mais peu importe l’étiquette après tout, quand la qualité est là. Et après cette superbe carte de visite, forcément trop brève, on aimerait les voir bientôt sur un album plus long (abouti ? C’est déjà fait !), et qui laisserait toute la place à des développements prolongés (on parlait d’épics, un peu plus haut), pour nous donner toute la mesure de leurs talents, sur la durée.

https://cargobelly.bandcamp.com/releases

 

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