AmartiA – Daylight Beauty

Daylight Beauty
AmartiA
M&O Music
2021
Rudzik

AmartiA – Daylight Beauty

Amartia Daylight Beauty
La beauté est un concept foncièrement subjectif. Paradoxalement, il lui arrive cependant de faire l’unanimité. Daylight Beauty, le nouvel opus d’AmartiA, est indéniablement empreint de cette qualité. Après The Beast Within, un album puissant et même heavy, le groupe Lillois a souhaité revenir à beaucoup plus de délicatesse, un peu comme au temps de l’excellent Delicately. D’ailleurs, on passe d’une jaquette très sombre à une autre très lumineuse. C’est similaire musicalement parlant. J’anticipe mais, comme déclamé par Clive Nolan (Pendragon) en fin d’album, « It’s hard to face the beast within… I feel the beast has been tamed… Today, at last, it makes me see the Daylight Beauty ».
Comme pour la plupart des artistes en cette période difficile, Daylight Beauty a été conçu et réalisé à distance, sous la chape de plomb du confinement et de la distanciation. Alors la mélancolie s’est subrepticement invitée, pas seulement le temps d’un titre qui porte son nom, mais tout au long de cette galette. Ceci est particulièrement prégnant dans les textes qu’Amandine Duwooz a pratiquement écrits en totalité. Elle exprime notamment ses doutes quant à l’avenir de notre jeunesse dans la doublette « Lily » et « Child’s Eye ». On pense alors à la pandémie mais aussi au réchauffement climatique. On remarque aussi que Vincent Vercaigne, son guitariste leader, a nettement plus recours à la guitare acoustique, l’instrument par excellence des « confinés ». Armé de celle-ci, il produit des rythmiques proprement magiques comme la double rythmique acoustique de « Child’s Eye », le court instrumental « In Waves » que n’aurait pas renié Steve Hackett, bien que ce dernier ne soit pas une de ses sources d’inspiration,  et qui lance astucieusement un fabuleux « Old Man And The Sea » ou les six premières minutes du remarquable « Journey », offrant l’écrin idéal pour la merveilleuse voix d’Amandine. Cette dernière avait communiqué à Vincent l’envie de relancer AmartiA après un trop long hiatus, elle est désormais un pilier à part entière du groupe qui a également intégré un batteur, Quentin Daumal, dont le toucher et la technique contribuent largement à créer la structure cristalline dans laquelle sont taillés tous les titres de Daylight Beauty (« Loose Control », « Melancholy », « Cloud 9 », etc.).

Amartia Daylight Beauty band1
Les claviers de Cyril Carette sont d’une justesse épatante et jamais pompeux. Il a même réussi à me faire aimer un fading, ce qui est un exploit : celui de « Dancing Light » où, quand tous les instruments disparaissent peu à peu, une petite nappe de clavier pulsative subsiste, un peu à la Jean-Michel Jarre, assurant une fin digne de ce titre éblouissant. Éblouissant, Vincent l’est assurément à chaque fois qu’il tire un solo (ils ne sont pas si nombreux que ça sur cet album) de sa Washburn (la marque utilisée par Nuno Bettencourt d’Extreme). Ceux de « Dancing Light », « Child’s Eye » et surtout d’« Old Man And The Sea » arracheraient des larmes à un troll de pierre. Mais quand les deux unissent leurs talents, cela donne un final d’airain à « Journey » qui prend alors brutalement un tour très dramatique grâce à des parties de claviers et de guitare étreignant inexorablement le cœur. Et tant qu’à parler des soli, celui de saxophone exécuté brillamment par l’invité, Benjamin Dubray, sur le final de « Lily » vaut son pesant de cacahuètes. Enfin, le groupe peut s’appuyer avec confiance sur les lignes de basse ondoyantes de Sébastien Descarpentries. Tous sont calés harmonieusement pour exalter les performances vocales d’Amandine. Lorsqu’elle se montre susurrante à nos oreilles dès le début de « Loose Control » ou qu’elle mixe les tonalités avec des chœurs extrêmement travaillés sur « Cloud 9 », elle est parfaite, tout comme les deux titres phares de l’album, « The Journey » et « Old Man And The Sea » qu’elle domine et magnifie en totale osmose avec ses quatre compagnons musicaux : un régal ! S’il y avait une critique à faire à cet album, c’est l’ultime « Cloud 9 » qui la susciterait a porteriori. Non pas que ce titre soit trop faible, bien au contraire, mais son final accéléré donne à penser qu’un ou deux titres/passages plus rapides au cœur de l’album lui donnerait plus de caractère. Mais il s’agit d’une remarque que j’ai déjà faite de façon récurrente à son mentor, manifestement plus à l’aise dans les rythmes lents ou mid-tempi. Ce qui est récurrent également, c’est l’incroyable qualité de la production de Daylight Beauty, une constante chez AmartiA, avec même une amélioration par rapport à The Beast Within dont le gros son avait tendance à écraser le chant d’Amandine. Cette fois-ci, c’est l’inverse : on dirait que le mixage a été soigneusement construit autour de sa voix, un must !

Amartia Daylight Beauty band2

Ainsi donc, Daylight Beauty est un album lumineux, complexe et délicat, un véritable diadème musical dont les compositions sont autant de diamants finement ciselés. Force est de reconnaître que la mutation menée par AmartiA, qui est passé de la « beast » à la « beauty », est particulièrement réussie avec des morceaux sur lesquels la fibre progressive du groupe est devenue prépondérante. Voilà qui est une très bonne nouvelle pour ceux qui, comme le festival Prog en Beauce, avaient programmé AmartiA l’année dernière. La reprogrammation en 2021 permettra d’entendre en live ces nouvelles chansons qui flatteront mieux les oreilles des fans de prog que la puissance de The Beast Within, encore que, personnellement, j’aime avec une passion identique ces deux visages d’AmartiA.

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