Wreck-Defy – Dissecting The Leech
Massacre Records
2026
Lucas Biela
Wreck-Defy – Dissecting The Leech

Comptabilisant déjà six albums depuis neuf ans, le groupe Wreck-Defy, issu de l’imagination fertile du guitariste canadien Matt Hanchuck, a commencé à s’imposer dans le paysage metal. Pour preuve, de nombreux musiciens passés par des groupes de thrash en vue ont accompagné notre gaillard dans l’aventure : Glen Drover et Chris Poland (Megadeth), Justin Stear (Alphakill), Greg Christian (Testament), ou encore Aaron Randall (Annihilator). Et plus récemment, c’est Greg Wagner (Shatter Messiah) et Stu Block (Iced Earth) qui ont été recrutés. Par ailleurs, la formation vient de décrocher un contrat avec la prestigieuse écurie Massacre Records. Par sa dynamique tonitruante et ses solos incendiaires, Dissecting The Leech, le nouvel opus, se rapproche encore plus des trop méconnus Forté, tout en proposant une nouvelle respiration par l’apport de voix féminines.
C’est par l’intermédiaire d’une des invitées de Dissecting The Leech, Genevieve Rodda, des excellents Temtris, que j’ai découvert Wreck-Defy. Cela remonte déjà à quatre ans, et l’amateur de thrash que je suis a été immédiatement séduit. Avec son nouvel effort, Matt Hanchuck poursuit dans une veine power/thrash où des voix enlevées portent un discours à la fois musclé et mélodique. Timbre rauque et verve enragée, Greg Wagner possède toutes les qualités pour donner aura et âme à l’entité Wreck-Defy. On apprécie par ailleurs les excursions dans les aigus qui apportent une véritable force dramatique au récit. C’est que notre ex-Archetype ne mâche pas ses maux pour livrer ses états d’âme. En outre, dans « Millenial Dystopia », les implorations douloureuses répondant aux injonctions impitoyables accentuent la tension et offrent une dimension théâtrale qui nous saisit comme une intrigue haletante. Et en effet, avec près de quatre chanteurs, c’est finalement une véritable histoire qui se noue dans cette trame sonore. Aux invocations de Genevieve dans « Another Day» par exemple répondent aussi bien la résignation que la fermeté de Greg et de Stu. De même, dans « Revolt », quand les voix masculines et féminines se joignent avec gravité, elles sont suivies de lamentations poignantes. « The Path » aussi touche par la consolation apportée aux pleurs, démontrant s’il le fallait encore que le metal regorge d’émotion et de valeurs humaines. Toute cette profusion de voix nous fait suivre les pérégrinations de nos amis comme le traveling un paysage mouvementé.

Sur le plan de l’instrumentation, c’est tout aussi riche en rebondissements. Dave O’Neal fait toujours autant cavalcader ses cadences tout en veillant à varier leur allure. Ainsi, « Do It Again » part sur les chapeaux de roue, mais joue la carte de la surprise dans ses réserves. « The Haunting Past » offre même son quart d’heure de gloire au batteur quand celui-ci s’octroie une totale liberté dans des roulements de batterie menaçants. Côté guitare, Matt délivre des riffs ébouriffants qui savent prendre différents tournants suivant les situations, contribuant ainsi à étoffer le scénario de notre film en musique. Ainsi, dans le morceau-titre, troubles et incertitudes composent avec bouillonnement. Et quand force de caractère et enjouement tournent à l’orage dans « I Don’t Care», on ne s’en moque pas. De même, « Under The Sun » est marqué non seulement par le chant de gorge incantatoire mais également par les tourbillons qui se partagent le gâteau avec les galops. Ce sont aussi les solos qui manifestent une volonté de fer du combo. Troublés dans les errances de « Do It Again », ils sont à l’inverse vifs quand il s’agit de suivre le rythme dans le morceau d’ouverture. « Millenial Dystopia » offre une perspective encore différente. C’est la peur qui saisit la guitare pour un moment hanté qui nuance la palette de nos musiciens.

Quand il m’a demandé s’il s’agissait du meilleur album de Wreck-Defy à ce jour, j’ai répondu à Matt par l’affirmative. Tout comme son autre groupe, Gutter Creek, notre Ontarien semble progresser d’opus en opus. Sa signature sur un label qui a pignon sur rue devrait non seulement galvaniser le groupe mais également lui permettre de gagner en visibilité. Pour l’heure, ce n’est pas un scalpel qu’on tiendra en main à l’écoute de Dissecting The Leech, mais bien une bière fraîche.
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