The Jayhawks – XOXO

XOXO
The Jayhawks
Sham / Thirty Tigers
2020
Thierry Folcher

The Jayhawks – XOXO

The Jayhawks XOXO

XOXO (prononcez eX-O, eX-O ou « Hugs and Kisses ») est un émoticône que l’on met à la fin d’une lettre ou d’un texte pour exprimer son affection. Le X pour des bras et le O pour une bouche qui enverrait un baiser. C’est donc un message d’amour que nous adressent nos amis de Minneapolis avec cet onzième ouvrage, surprenant certes, mais conforme à l’attente des fans. La recette est excellente, alors pourquoi changer et se dénaturer. The Jayhawks fait partie de mes groupes fétiches et à chaque annonce d’une nouvelle sortie, ma réaction est toujours la même. C’est du genre : « bon, je vais écouter ça, on verra bien… » et à l’arrivée, je suis complètement enivré. Cela s’appelle être accro. Il y a le savoir faire bien-sûr, la voix de Gary Louris peut-être et un je ne sais quoi d’authentique et de chaleureux que l’on a du mal à définir. Faut pas chercher à comprendre et prendre du plaisir sans trop réfléchir. Les choses ont pourtant bien évolué depuis leurs débuts en 1986 où la paire Olson/Louris agissait en maîtresse totalitaire des lieux. Le chant et l’écriture sont maintenant partagés entre tous les membres du groupe pour un résultat plus que convaincant. Une diversité qui paradoxalement amène de la cohésion et rend la musique ouverte à d’autres sensibilités, à d’autres expérimentations. Ce partage amorcé en 2016 avec Paging Mr. Proust trouve ici une belle confirmation et consacre pleinement le quatuor Louris, Grotberg, Perlman, O’Reagan. « The Jayhawks are a real band, one where everyone’s equal » (The Jayhawks sont un vrai groupe, où tout le monde est égal), c’est Gary Louris qui le dit, au moins les choses sont claires. Des propos qui trouvent confirmation dés la première écoute où les diversités vocales et d’écritures font de XOXO un album vraiment à part.

Cela dit, il n’y a rien de révolutionnaire. Dés l’ouverture, le très classique et nostalgique « This Forgotten Town » nous indique que l’on ne s’est pas trompé d’auberge. C’est du pur Jayhawks dans son style inimitable fait de guitares acoustiques, de piano alerte et de chœurs omniprésents. Mais ce titre coécrit par la triplette Perlman/Louris/O’Reagan, révèle déjà la part majeure de Tim O’Reagan sur ce disque. Chanter ne lui fait pas peur et Gary s’en rend compte, à tel point qu’il lui laisse le devant du micro pour s’éclater avec sa guitare plus flamboyante que jamais. Sur cette chanson, la poésie est universelle, elle fait référence à ces lieux emblématiques porteurs de souvenirs que l’on ne peut oublier (« …to the place i can’t forget »). La musique, les paroles et la pochette rétro signée de son ami Duncan Hannah (« The British Invasion ») sont assemblées pour nous faire vivre un voyage qui emprunte à nouveau les « back roads » de l’Amérique profonde. Une référence au précédent Back Roads And Abandoned Motels (2018) qui fonctionnait exactement de la même façon. Des coins oubliés qui sont le théâtre de vies simples mais tellement familières pour nous tous. Le savoureux clip de « Dogtown Days » (ci-dessous) en est la plus belle illustration. Nous sommes au milieu des années 80 en compagnie d’un couple qui circule sur ces fameuses routes sans nom et qui va croiser de tout jeunes Jayhawks en répétition. Sur ce morceau écrit par Tim O’Reagan, de puissants riffs stoniens vont accompagner cette histoire pleine d’amertume qui affiche l’autre facette du groupe, celle capable de hausser le ton et de marteler son propos.

The Jayhawks XOXO Band 1

Dans la continuité de ces chroniques que n’aurait pas reniées le romancier Willy Vlautin, Gary va nous servir un « Living In A Bubble » complètement dépité par la vision anxiogène de notre monde. Vivre dans une bulle, vivre hors du temps, c’est un réflexe salvateur qui rassemble de plus en plus d’adeptes et fait figure aujourd’hui de seul échappatoire. Il en a gros sur la patate l’ami Louris, il avoue même aimer sa vie recluse et loin des tournées, une vie que la COVID n’a tout compte fait pas bouleversée. Ce troisième morceau achève une introduction assez confortable et dans l’esprit des œuvres passées. Mais dés « Ruby », les choses vont commencer à changer. Cette chanson écrite et chantée par Karen Grotberg marque le début de la véritable aventure XOXO. C’est un autre groupe qui nous invite à l’accompagner, une confrérie où tous les talents peuvent enfin s’exprimer. Comme elle chante bien notre chère Karen ! Une voix profonde et sensuelle, parfaite pour narrer cette histoire de passion et de séparation. Dans ce contexte nouveau, Louris va s’engouffrer dans la brèche avec un étonnant « Homecoming » à deux vitesses. Un côté folk et un côté pop pour une ritournelle enveloppée de chœurs célestes de toute beauté. A ce stade, je suis envahi d’images et de sons qui s’entrechoquent, je vois passer l’ombre des Beatles, des Beach Boys, des Carpenters, de Neil Young aussi. C’est toute une culture fondatrice que XOXO fait ressurgir et les frissons sont garantis. Et puis, le batteur Tim O’Reagan nous envoie un « Society Pages » qui enfonce le clou. Il y a du Tom Petty dans cette composition caustique sur la marginalité et sur laquelle Gary fait sonner sa guitare avec beaucoup de modernité.

A mi-parcours, « Illuminate » sort un peu plus de la norme grâce au duo Perlman/O’Reagan inédit mais convaincant. Le chant, partagé dans deux registres différents, n’a plus les vibrations classiques des Jayhawks d’antan mais trouve ici un second souffle bienvenu. Une parenthèse que va exploiter Gary Louris de la plus belle des façons sur « Bitter Pill » en ramenant tout son monde dans la droite ligne d’une country music absolument jouissive. Cela fonctionne par contraste pour une plus belle mise en valeur et le vieux blasé que je suis se régale. Ensuite, Karen revient seule aux commandes pour nous servir un « Across My Field » bien enlevé où tout résonne comme aux temps anciens des chanteuses folk de légende. Nouvelle surprise avec « Little Victories » qui balance un groove étonnant sur le thème classique de l’héritage familial qu’il faut assumer. Un morceau tranchant accompagné par des interventions à la guitare puissantes et acérées. J’ai beau chercher je ne vois pas de faiblesses ni de temps morts et ce n’est pas « Down To The Farm » qui va nous faire bailler. Cette chanson signée Marc Pearlman m’a immédiatement ramené à l’époque du Velvet Underground où Lou Reed commençait à faire ses gammes. Comme un symbole, c’est Tim O’Reagan qui achève la partition sur le magnifique « Looking Up Your Number » que les Eagles seraient bien en mal de composer aujourd’hui. Et vous savez quoi ? On a oublié Gary Louris ! Constatation surprenante et somme toute logique au vu de son engagement actuel. XOXO est le tout premier album des Jayhawks à offrir autant de diversité et il en est le seul responsable. Une orientation assumée qui du coup, relance le bolide pour d’autres belles aventures, d’autres attentes.

The Jayhawks XOXO Band 2

Les trois titres bonus sur la version CD vont encore accentuer ce constat. Trois jolies chansons qui sont loin d’être des sous-produits même si la toute dernière s’achève un peu brutalement. Ici aussi le chant échappe en partie à son fondateur charismatique tout heureux de voir son groupe prendre une nouvelle et bonne direction. Quel bonheur ce disque qui s’installe aussitôt sur mon podium 2020. Il sont peu nombreux les groupes qui après 35 ans de carrières arrivent à réussir le pari de se réinventer sans se dénaturer. Plus que jamais, il faut encourager ces musiciens talentueux qui n’auront jamais recours à aucun artifice pour s’exprimer. C’est du sincère et cela se ressent tout au long de ce XOXO qui signe là, une belle déclaration d’amour.

https://www.jayhawksofficial.com/

 

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