Sven Wunder – Daybreak

Daybreak
Sven Wunder
Piano Piano Records
2025
Thierry Folcher

Sven Wunder – Daybreak

Sven Wunder Daybreak

Dès les premières notes de « Setting Off » c’est Morricone qui pointe le bout de son art. Vous savez, cette façon unique où le soliste tire doucement derrière lui tout un orchestre attentif à la mélodie et à la moindre variation rythmique. Ici, c’est la flûte de Per « Texas » Johansson qui mène le convoi et nous plonge dans des souvenirs particulièrement bien conservés et toujours autant chargés d’émotions. Je suis fan de Morricone depuis toujours et n’hésite pas à comparer son génie à celui de Mozart à cette même faculté de révéler la médiocrité chez les autres compositeurs. Je me souviens d’un reportage sur le maestro italien dans lequel son éminent professeur de solfège lui promettait un avenir incertain dans la musique. Bien des années plus tard, il avait revu son opinion et reconnu un talent qui le dépassait. Alors, lorsque « Setting Off » s’est installé dans mes écouteurs, j’ai su que le voyage qui m’attendait ne serait pas qu’un simple moment de détente. Certains signes ne trompaient pas, Daybreak était riche en qualité de composition, d’interprétation et de mise en scène musicale. Car il s’agit bien d’une scénographie au point du jour (Daybreak) que nous réserve Nils Joel Danell aka Sven Wunder. Issu d’une famille de musiciens chevronnés, ce talentueux musicien suédois a très vite démontré de belles dispositions d’écriture où la musique orchestrale côtoie le jazz et d’élégantes sonorités pop ou world. Tout ce qui faisait la magie des œuvres d’Ennio Morricone. Mais attention, en aucun cas, Sven Wunder n’a voulu rendre hommage au compositeur italien ou même s’en inspirer. Je pense que c’est venu comme ça et que cela relève de l’anecdote ou d’un besoin de comprendre mon engouement pour Daybreak.

Fort de quatre albums à son actif, Sven Wunder s’est vite positionné comme un personnage à suivre et à promouvoir. Cela dit, le partage de ce cinquième opus ne semblait pas aussi évident qu’il n’y paraît. Si la musique s’impose d’elle-même, il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas une once de rock ou de jazz pur dans ces constructions symphoniques très alambiquées. Si je devais à tout prix orienter le lecteur, je dirais que le passionné de musiques de film est à coup sûr celui qui est le mieux placé pour apprécier ce disque. J’ajoute qu’il n’y a rien de péjoratif là-dedans, d’autant plus que certaines B.O. sont aujourd’hui ce qu’il y a de mieux écrit et peut-être de plus émouvant. Tout en sachant qu’elles peuvent s’exonérer des images et se suffire à elles-mêmes. Mais revenons à cet album décrit comme un voyage luxuriant démarrant aux premières lueurs de l’aube et se poursuivant tout au long de la journée. On l’a vu, « Setting Off » déployait une extraordinaire draperie faite de charme et de sonorités caressantes. Et « Misty Shore » qui enchaîne tout de suite après, en est la parfaite continuité. À la seule différence que la basse et les percussions secouent cette ambiance rêveuse avec beaucoup d’à-propos. Le ton est donné, les yeux sont maintenant grands ouverts et la promenade au bord de l’eau devient d’abord exotique aux sons de la flûte et du marimba de « Take A Seat » puis contemplative avec les accords cristallins de la guitare et le retour en grande forme du Stockholm Studio Orchestra sur « Daybreak ».

Sven Wunder Daybreak Band 1

Un grand orchestre qui sublime « Still Moorings » et son approche rétrofuturiste assumée. Les vagues musicales sont ici de toute beauté et donnent l’impression de puiser leur inspiration bien loin dans le passé tout en posant le décor d’un monde que l’on espère voir se matérialiser un jour. Ici aussi, la flûte et le vibraphone sont en vedette et se transforment en amarrages solides pour nous permettre de rester accrochés à ce périple musical. Dans sa grande polyvalence, Sven Wunder est aussi un multi-instrumentiste accompli. C’est lui qui prend en otage « Scenic Byway » grâce à une basse omniprésente et particulièrement en verve. Le morceau s’orientalise un peu et nous fait voyager bien au-delà des froides plaines suédoises. Puis, ce cher Ennio revient nous titiller le cortex sur « Leeward » et son prolongement « Windward ». L’occasion pour moi de saluer la belle performance d’Erik Arvinder à la direction d’orchestre. À coup sûr, un des principaux artisans de l’élégante mise en forme des compositions de Sven Wunder. La suite est toujours autant cinématographique avec « Resting Place » et « Warmer Air », deux respirations langoureuses qui font apparaître des visages souriants et des paysages apaisés. Le don de l’image fourni par le son est une des caractéristiques du travail de Sven Wunder et lorsque le bien nommé « Deep Sea » nous plonge dans les profondeurs aquatiques, l’impression de calme et d’enfermement est immédiate. Hors de l’eau et suivant le mouvement des marées, « Turning Tides » retrouve du mouvement et prépare l’assaut de « Liquid Mountains ». En effet, ce dernier titre est le plus remuant et le plus long du disque. Les percussions saccadées rappellent un peu celles du fameux « Requiem Pour Un Con » de Gainsbourg et l’orchestre change soudainement d’allure. Les chœurs sont aussi de la partie pour générer cette apothéose qui clôt avec entrain un voyage au fil de l’eau jusque-là bien tranquille. Surprise finale qui ajoute de l’intérêt et une réelle envie de revivre cette expérience musicale sortant des sentiers battus.

Sven Wunder Daybreak Band 2

Daybreak de Sven Wunder est une énigme. Le genre de création qui ne demande pas d’efforts, mais qui n’aura pas beaucoup d’attache avec ce que l’on entend habituellement. Comme je le disais plus haut, les fans de B.O. y trouveront leur compte et les nostalgiques de Morricone, dont je fais partie, seront à la fête. La magie d’un grand orchestre se mariant avec des rythmes de jazz opère ici de façon remarquable et pour celui qui décide de faire un break, les treize titres du disque lui fourniront un joli voyage vers des époques et des lieux chargés de souvenirs apaisants. Mon conseil est de vous laisser surprendre par Daybreak et de ne pas chercher autre chose que de passer un bon moment de relaxation. En revanche, si vous êtes un inconditionnel de metal extrême (ce que je peux comprendre), n’insistez pas, c’est peine perdue. D’ailleurs, cela m’étonnerait que vous soyez arrivé au bout de cette chronique .

https://svenwunder.bandcamp.com/album/daybreak

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