She Spread Sorrow – Huntress

Huntress
She Spread Sorrow
Cold Springs Records
2021
Jéré Mignon

She Spread Sorrow – Huntress

She Spread Sorrow Huntress

« Il n’est pas bon de chasser le ventre trop plein. Le chasseur doit toujours avoir un peu faim, car la faim avive les sens. » Luis Sepulveda

Alice Kundalini est en chasse. Mais de quoi ? Quel est le sens de sa traque ? Si cette italienne (amatrice de yoga) part dans une quête ayant plus trait au braconnage auditif, c’est qu’elle cherche à piéger une partie d’elle-même, un but peut-être. Et de s’y confronter. Tel un sacerdoce, la vocation du projet She Spread Sorrow se situe dans les abysses des démons intérieurs, d’équilibres corrompus et de miroirs déformés calfeutrés dans l’ombre.

Huntress est une histoire qui se voit murmurée, susurrée, transposée dans des paysages sourds, hypnotiques et denses. Confrontation textuelle (sexuelle ?) et sonore, corporelle et morbide. Si le quatrième album de ce projet se révèle aussi intimiste qu’exigeant et proche d’un cauchemar psychotique, c’est qu’il résonne autant dans la tonalité de sonorités malléables et macérées que dans sa progression fictionnelle.

Blue, portrait d’une femme fascinée par une femme de son age qu’elle traque inlassablement jusqu’à perdre pied avec la réalité. Un corps captif et captivant, un mouvement de bassin hypnagogique, des mains qui se délectent de leurs touchés, un visage qui surgit pour mieux effacer les dernières frontières. Qui est-elle ? Pourquoi elle ? Blue ne donnera pas de réponses. Elle n’en trouvera pas d’ailleurs…

L’auto-compassion… Feutré, sous les couches de drones grésillants, de basses haptiques qui vibrent dans le bas ventre alors que les aiguës font frémir la mâchoire avec tout un pan du passé biologique et mental. Huntress est pesant, angoissant. Logique quant on touche à l’abrasif transitivité du death industrial, sous genre grinçant et malaisant de la musique électronique ambient et son penchant dark (l’italienne citant à la fois le suicidaire Atrax Morgue, le controversé dandy Mauthausen Orchestra que la confusion spatiale de Puce Mary).

She Spread Sorrow Huntress Band 1

Un combat. Combat de sens frustrés, maltraités, isolés. Combat d’émotions divergentes, de pensées secrètes, de pulsions sanguines et voyeuristes. Mélodies écrasées, mais toujours en germe, sous les nasses de vibrations concrètes, pulsations humides et autres oscillations d’une désinvolture épiée dans la rythmique d’un halètement aussi fébrile que baveux et gênant. L’incontrôlable ne se terre jamais trop loin. Toujours prêt à surgir et s’élancer dans une spirale de mort.

Encore et encore…

Plus profond… Oui, par là… Trituré par la lame d’un couteau.

Un visage balafré qui refuse de son voir son reflet

Par peur de la vérité

Par peur de la réalité

Mais il y a cette distance. Cette primalité. Celle qui anime les sens, le battement du corps et l’évasion…

Blue, personnage (in)signifiant, restera de côté dans sa brume électrique. Alice, elle signifiée, se mettra en scène en comtesse Bathory moderne dans un environnement amniotique fermé et claustrophobe…

She Spread Sorrow Huntress Band 2

Des anciennes esquisses mises sur bandes (Rumspringa et Mine), She Spread Sorrow élargit sa palette d’auto-défense. Dédoublant la partie cachée de sa santé mentale dans une litanie dramatique, s’échappant des carcans et « codes » du death industrial, Alice cible un spectre plus élargi aussi instinctif que vicieux, déjà amorcé par le précédent et excellent opus Midori.

Alors, avez-vous faim ?

Prêt pour une traque ?

Mais qui est la véritable proie ?

https://shespreadsorrow.bandcamp.com/music

 

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