Rival Sons – Lightbringer

Lightbringer
Rival Sons
Atlantic
2023
General Eclectic

Rival Sons – Lightbringer

Rival Sons - Lightbringer

Il y a des exercices qui sont par nature de vraies gageures : chroniquer un album des Rival Sons sans parler de Led Zeppelin en est une ! Ma tentative a d’ailleurs avortée dès la première phrase…Il est vrai que j’avais mal commencé. Mon premier contact rapproché avec ces californiens de Long Beach remonte à leur galette Great Western Valkyrie parue en 2014 chez Earache records.

Le titre phare « Open my Eyes », à défaut de me les ouvrir (les yeux), m’emporta dans le tumulte d’une batterie rappelant inévitablement le monolithique « When The Levee Breaks » du dirigeable à hydrogène. Malgré quelques belles trouvailles portées par des riffs incisifs et la voix puissante de leur frontman Jay Buchanan j’avais l’impression d’avoir cerné le groupe. C’était aller un peu vite en besogne, je le conçois. Je me promis donc de faire tourner 7 fois sur ma platine leur nouvel opus Lightbringer avant de formuler le moindre jugement. Et ce fut judicieux, car ce nouvel album mérite une écoute attentive offrant un rock majuscule, puissant et charismatique.

Rival Sons - Lightbringer band1

À l’origine conçu comme un double album, Lightbringer produit par leur fidèle complice David Cobb (lauréat de pas moins de neuf Grammy Awards) est en fait le deuxième volet d’un diptyque, précédé par l’introspectif Darkfighter sorti cinq mois plus tôt. Lightbringer s’ouvre sur une pièce maîtresse de 9 minutes, intelligemment baptisée « Darkfighter », tissant le lien narratif et sonore indispensable pour unir ces deux albums, le tout imprégné d’une patine ténébreuse. « Je veux être un combattant de l’ombre, un combattant de l’ombre jusqu’à la fin » chante Buchanan. Le ton est donné et l’éclipse en cours grâce à la partie instrumentale centrale du morceau qui mêle lyrisme électrique, ambiance acoustique et clavier à la Jon Lord dans un jeu d’ombres et de lumière. On ne peut que s’enthousiasmer par la maîtrise parfaite des changements de tempo et d’atmosphère de ce morceau qui glisse vers les rivages du rock progressif sans jamais s’enliser. Le deuxième morceau, « Mercy », ne nous laisse guère le temps de reprendre nos esprits. Des voix puissantes viennent enrichir un riff brut, et une fois de plus, les changements de rythme et les breaks intensifient la résonance émotionnelle de la composition. Malgré sa brièveté, la chanson explore les thèmes de la douleur et du pardon avec des phrases ciselées qui font mouche : « Vous comprenez, la colère circule comme l’électricité ». Effet waouh garanti ! Les morceaux « Redemption » et « Sweet Life » illustrent parfaitement la métamorphose du groupe en la personne du charismatique leader, Sir Buchanan. Après une période tourmentée, marquée par le deuil de proches (source du sombre premier volet Darkfighter), ce dernier semble avoir trouvé la lumière, en grande partie grâce à la naissance d’un enfant. Cette lumière transparaît dans sa voix sur « Redemption », peut-être leur plus belle ballade, même si un solo un peu plus abouti aurait pu inscrire ce titre au panthéon des ballades rocks. « Sweet Life » avec son riff millimétré et sa batterie serrée comme un pack de 6 nous évite de justesse les larmes faciles. « Before the Fire » s’invite alors dans le monde musical comme une leçon de transition, établissant un lien évident avec leur premier album du même nom, paru en 2009. Comme une montée d’adrénaline, une bouffée de guitares slide et acoustiques se transforme habilement en un rock tumultueux et brut comme on les aime. La voix de Buchanan évoque alors celle du formidable Paul Rodgers de Bad Company, et ce n’est pas peu dire. Cependant, on ne peut s’empêcher de regretter que le solo de Scott Holiday pêche par un manque de lyrisme ou peut être d’ambition et nous laisse un peu sur notre faim.

Rival Sons - Lightbringer band2

Afin d’éviter toute frustration excessive, le morceau le moins percutant est réservé pour la conclusion de ce court album de trente-trois minutes, avec « Mosaic ». La tessiture vocale subit une nouvelle transformation, débutant de manière basse et profonde pour s’élever ensuite dans un refrain puissant, bien que plutôt prévisible. Les paroles viennent clôturer avec justesse l’épopée Darkfighter/Lightbringer : « Les morceaux cassés s’emboîtent » (« The broken pieces fit together ») clame Buchanan et il en va de même pour les deux pièces musicales d’un puzzle qui aurait pu frôler le chef-d’œuvre s’ils avaient constitué un solide double album. Scott Holiday avoue d’ailleurs lors d’une interview que « Nous les avons équilibrés (les deux albums) pour donner énergie et sens, mais il fallait que la suite de Darkfighter porte un coup plus fort. Je pense que Lightbringer fournit cela ». Ce n’est pas nous qui pourrons le contredire.

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