Live report – Red Sun Atacama + Moundrag, au Petit Bain, Paris, le 5 mars 2026
2026
Lucas Biela
Live report – Red Sun Atacama + Moundrag, au Petit Bain, Paris, le 5 mars 2026

Régulièrement à l’affiche de festivals à orientation metal depuis près de sept ans, Red Sun Atacama se sont forgés une réputation dans le monde des musiques stoner et heavy psychédélique. Sur scène, le trio avance pied au plancher mais la tête dans les étoiles. En effet, les assauts sont multiples et l’école UK82 ou NYHC, suivant que l’on se situe d’un côté ou l’autre de l’Atlantique, n’est jamais très loin. Ainsi, tel un serpent en pleine ébullition à la vue de sa couvée disparue, le combo peut se trouver dans tous ses états avec un leader crachant son venin avec véhémence. Et à la manière d’un guépard à la poursuite de sa proie, quand le groupe part à toute vitesse, il ne relâche la bride que pour mieux repartir. Les wahs wahs fusent alors et les baguettes font exploser les bpms dans une décharge de testostérone. Ailleurs, c’est sur des guitares sombres et sinueuses que retentit une véritable déflagration sonore, à la manière d’une supernova dans la galaxie. La voix fait alors rugir ses plaintes dans des échos déchirants.
Échos et galaxie, nous y voilà, les éléments cosmiques se mettent en place. En effet, on note assez souvent dans le chant cette déformation lamentée d’un Camel (« Spirit Of The Water ») ou d’un Led Zeppelin (« No Quarter »), accompagnée de cette impétuosité à la fois juvénile et surprise d’un Yob. Au décours des chevauchées effrénées de nos trois cavaliers, cette voix offre à la fois légèreté et mystère. Au venin foudroyant, le groupe parvient ainsi à trouver un antidote. L’équilibre se manifeste aussi à travers un rythme perdu dans ses pensées ou des nappes de guitare veloutées. Quelques embardées ténébreuses dans le traitement des atmosphères ou dans les accents maléfiques du chant permettent également de casser la routine. Et quand ce ne sont pas les contrastes, ce sont les improvisations qui figent l’attention. Pris alors dans un tourbillon entortillé, nos trois musiciens ne se laissent pas distraire, montrant à quel point ils savent rester soudés dans les épreuves. On apprécie d’ailleurs ce passage groove funky où des fumées noires brouillent la vue et des élucubrations aussi énigmatiques que celles d’Eddie Hazel dans le « Maggor Brain » de Funkadelic surprennent l’ouïe. Et c’est toujours l’étonnement qui traverse notre canal auditif quand le charleston travaille à fond les ballons entre les morceaux. Certains y verront des fourmis dans les jambes, d’autres des cigales dans un maquis. Quoi qu’il en soit, énergie brute, volutes planantes et ténèbres ont su rendre la prestation des Red Sun Acatama captivante.

D’un trio, on passe à un duo avec les Rennais de Moundrag. Voilà deux frères pris de passion pour le heavy rock et le rock progressif, leur univers étant fortement imbibé de groupes comme Uriah Heep, Deep Purple et ELP. Alors oui, il n’y a pas de guitare, mais saviez-vous que le groupe de black metal Wreche n’en utilise pas non plus ? Après m’être aventuré à défendre l’idée d’un rock sans guitares en poussant le bouchon jusqu’au metal, je reviens à la prestation de notre fratrie. Notes effarées et surprises de l’orgue, batterie malicieuse, chant habité, harmonies vocales sublimes, tout nous plonge dans les sons heavy prog si envoûtants d’il y a 50 ans. On note par ailleurs une complémentarité intéressante entre les voix. Là où le chant du batteur est enjoué, celui du clavier est plus profond, apportant ainsi cette touche versatile tant attendue dans le style proposé.

En parlant de contrastes, on est servi. En effet, quand ce n’est pas cet embrouillamini caractéristique du rock progressif d’ELP dans les ponts instrumentaux, nous voilà propulsés dans le space disco de Didier Marouani et de son équipage. Les voix s’entremêlent certes avec bonheur, mais ce sont aussi les instruments qui savent rentrer dans des dialogues passionnants. Autour d’une batterie pulsatile, dansante, tribale ou polyrythmique, l’orgue défile dans des atours brumeux, majestueux, plaintifs, ou encore dubitatifs. Jamais à court d’idées, nos magiciens des sons nous entraînent dans une spirale dont on sort à la fois émerveillé et sonné. En outre, tout comme avec Red Sun Atacama précédemment, il faut saluer le travail des ingénieurs du son. Pour preuve, on pouvait entendre chaque instrument clairement, et surtout, dans des intensités sonores ne nécessitant pas de protéger les tympans !