Live report – Ravi Ramsahye Prototype, au Sunset, Paris, le 10 mars 2026

Live report - Ravi Ramsahye Prototype, au Sunset, Paris, le 10 mars 2026
2026
Lucas Biela

Live report – Ravi Ramsahye Prototype, au Sunset, Paris, le 10 mars 2026

Live report Ravi Ramsahye Prototype

Guitariste suisse d’origine mauricienne, Ravi Ramsahye est épris de math rock et de jazz, des styles qu’il a l’occasion de fusionner avec son quartet. D’ailleurs, ce dernier a beau s’appeler Prototype, ce sont bien des produits finis qui sont livrés sur CD et sur scène. Mais, humour à part, l’idée derrière ce nom est qu’il y a toujours matière à amélioration, à changement. Et effectivement, sur scène, les thèmes donnent lieu à des excursions marquantes. Ainsi, dans le retour au pays de notre guitariste, ses compagnons n’hésitent pas à le surprendre en travaillant un tissu soyeux qu’ils ornent méticuleusement de détails chamarrés. Plus énergique, alors que les riffs lourds et les rythmes épileptiques de « l’entropie cathartique » viennent de nous assommer, un dialogue enflammé entre le saxophone agité de Théo Hanser et la batterie montée sur ressorts de Nathan Triquet tente de nous relever. Mais alors une fois debout, on voit tous les éléments de Prototype se lancer dans une joyeuse ronde et il est alors impossible à notre esprit d’y résister. De même, dans les « champs », alors que le saxophone jusque-là lascif suit le chemin balisé par ses compagnons de rythme, une pause onirique perturbe soudainement la marche. Autour de l’instrument à vent hanté, de la contrebasse insistante et des cymbales mystérieuses, le songe prend forme. Il se voit cependant bousculé quand le ton monte, entraînant un réveil où les idées ne sont toujours pas claires. Voilà une autre déviation qui sait nous surprendre.

Live report Ravi Ramsahye Prototype Band 1

Mais quand nos musiciens se tiennent au thème, ils nous fascinent tout autant. Ainsi, quand il s’agit de reprendre ses esprits à la suite d’un « reflet éblouissant », les notes légères qui s’échappent de la guitare se croisent avec surprise mais repartent le sourire aux lèvres. Dans le sillage de « Sirus » ou au travers de « fissures », les riffs acérés partagent l’espace avec des notes dorlotantes, offrant alors de belles nuances. Et à la manière de papillons dans un champ de coquelicots, les solos copieux donnent même le tournis. Par ailleurs, dans la « lumière lointaine », comment ne pas être amusé par cette batterie qui semble emprunter des chemins sinueux pour mieux perdre le saxophone. Et le gardien des temps va même plus loin dans la surprise, en nous gratifiant de mesures véloces inattendues ou de pas de danse impromptus. Et quand ce ne sont pas les acrobaties de Nathan qui nous impressionnent, c’est le jeu d’équilibre de Théo qui accapare notre regard. Alors que la main gauche de ce dernier assure la mélodie au saxophone, la main droite, elle, se balade sur une petite console. Cette ambivalence ne nuit jamais à l’autre partie. En effet, les souffles enlevés, satinés, enjoués ou encore lamentés, associés aux ambiances gracieuses suscitent autant l’attention que l’émerveillement.

Live report Ravi Ramsahye Prototype Band 2

Qu’elles hésitent à éclore ou qu’elles affichent fièrement leurs couleurs, les notes de Ravi Ramsahye agrémentent savamment des plats où se bousculent des saveurs aussi bien douces qu’amères. Le choix de mélanger math rock et jazz est judicieux, mettant sur un même plan complexité, subtilité et développements mélodiques.

https://raviramsahye.me/

 

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