Live report Michelle David & The True-Tones + Janice, au New Morning, Paris, le 27 mars 2026
2026
Lucas Biela
Live report Michelle David & The True-Tones + Janice, au New Morning, Paris, le 27 mars 2026

Avec ses ambiances feutrées, c’est le calme de Janice qui submerge le New Morning avant la tempête Michelle David. Mais attention, cette tranquillité apparente présente des soubresauts. En effet, alors que la guitare de l’acolyte Philippe Devin prend son temps, c’est sur des lignes à plus grande vitesse que le chant de la belle se déplace. A l’inverse, quand la voix, toujours aussi chamarrée, devient plus posée, la guitare lui emboîte le pas. Quelle adresse pour faire cohabiter ces cadences différenciées ! Et les changements se retrouvent également dans les intonations du chant. Alors que la guitare avance prudemment, Janice se jette dans des ronces. Elle fait alors part de sa douleur à travers des aigus émouvants et des soupirs résignés. A l’inverse, prenant place à bord d’un manège blues, la voix fait des tours acérés. Et c’est pour mieux nous étourdir quand la folie la saisit. En revanche, dans la remise en question de ses choix, c’est de manière enlevée que la jeune femme partage regrets et désespoir. Le duo de Janice et Philippe Devin a ouvert avec élégance une soirée qui s’annonce néanmoins agitée.

Et en effet, la tornade Michelle David balaye tout sur son passage. Sur des ambiances rétro-soul, quand le batteur bûcheronne sans relâche et les cuivres rutilent jusqu’à couper le souffle, c’est avec une énergie indomptable que le chant félin s’apprête à sauter sur sa proie. Mais quand saxophone et trompette prennent des airs amusés au son d’un funk rythmé, ce sont les falsettos espiègles qui nous surprennent. L’hystérie saisit toujours notre boule de feu quand un afrobeat vitaminé déboule sans prévenir, ou encore quand le kozmigroov pointe le bout de son nez. Non seulement la voix nous envoûte, mais les rythmes nous donnent le tournis, achevant de nous transporter dans la galaxie vers laquelle nous dirigeaient progressivement les cuivres. Et dans ce tourbillon de notes, le chant aime se parer d’atours incantatoires. Le gospel qui coule dans les veines de notre Américaine sort alors à profusion. Et il ne se manifeste pas forcément là où on l’attend. Ainsi, qui penserait le retrouver sur le rythme alerte d’une country hallucinée. C’est aussi en accompagnement d’un r’n’b nonchalant qu’il nous interloque. Michelle David, c’est cependant bien plus qu’un chant enflammé. Pour preuve, autour de roulements de batterie dorlotants et de cuivres aux souffles appelant à une plus grande intimité, de féline la voix passe à câline. Et les aigus qui se manifestent quand la batterie étouffée et la guitare nostalgique esquissent les contours d’une Americana désolée savent aussi nous toucher. De même, dans des paysages plus verdoyants, la batterie enlaçante, la guitare optimiste, et les cuivres hésitants s’associent à la voix printanière pour nous inviter à l’émerveillement. Toutefois, quand les cuivres alors insistants font résonner un funk langoureux, le chant hanté nous incite davantage au questionnement. C’est d’ailleurs le même sentiment de préoccupation qui saisit le chant quand un saxophone songeur tente de calmer les ardeurs d’une batterie galopante.

L’énergie et l’émotion, Michelle David parvient à les transmettre non seulement à travers sa voix mais également dans ses danses possédées. En outre, sa bonhomie et ses interactions avec le public rendent le personnage d’autant plus attachant. Les partenaires de jeu, même si engoncés dans leurs costumes-cravates, n’en font pas moins preuve d’un enthousiasme communicatif, marqué par une musicalité hors pair et des solos enflammés. A la confidentialité sobre de Janice a ainsi succédé l’exubérance ardente de Michelle David et de ses True-Tones. Bien qu’éloignés, les deux univers ont su marquer les esprits ce soir du 27 mars 2026 au New Morning.