Live report Glass Museum + Louise Roam, au Hasard Ludique, Paris, 19 décembre 2025
2025
Lucas Biela
Live report Glass Museum + Louise Roam, au Hasard Ludique, Paris, 19 décembre 2025

Les musiques électroniques inspirant les Belges de Glass Museum, on ne sera guère étonné de les voir précédés de l’artiste électro-pop française Louise Roam. D’emblée c’est un univers contrasté qui nous saisit. Machines sombres, claviers éplorés et chant lancinant : la première partie s’annonce pétrie de douleur. C’est sans compter sur les lueurs d’espoir qui se manifestent à travers le chant plus clair. De même, c’est à dos de comète que les synthétiseurs cosmiques mènent les machines vers la félicité. Ailleurs, les sons hypnotiques pressés se voient ralentis dans leur course par des battements hésitants. La voix conciliante se pose alors en arbitre dans ce combat des contraires. Les efforts finissent même par payer car les rythmes se relâchent et rejoignent la vitalité des effets étourdissants. Louise peut chanter d’une voix douce, empreinte de l’innocence de Françoise Hardy, mais quand interviennent des frappes cinglantes, les paroles prennent des chemins plus tortueux, là où l’effroi et l’émerveillement se sont donnés rendez-vous. On note également cette fêlure dans la voix, qui accompagne alors des rythmes tout aussi cassés. Entre l’aplomb des machines et les doutes de la voix, le résultat est alors surprenant. Dans ces moments d’équilibre fragile, même le corps finit par être brisé, comme on le voit dans le chancellement des hanches et des bras. Mais quand les contrastes disparaissent, nous voilà un peu désorientés, comme si nous nous retrouvions dans une clairière. Ainsi, dans cet instant darksynth où rythmiques exténuées et claviers éberlués créent des ambiances glaçantes, on se sent un peu lourd. A l’inverse, la légèreté nous transporte dans les belles vocalises qui volent dans un univers pétillant. À travers sa prestation, Louise Roam a offert un bon compromis entre électro contrastée et chansons à texte.

Avec Glass Museum, groove et onirisme nous accompagnent dans des promenades aux chemins sinueux et aux paysages merveilleux. Le mystère entoure certains détours. Ainsi quand les vagues menaçantes se font accompagner d’échos hantés avant qu’une éclaircie n’illumine le parcours, on pourra avoir en tête la magnifique bande-son de Colin Towns (alors clavier de Gillan) pour le film Full Circle de 1977. Mais que les cymbales soient confuses et les claviers tourmentés, et c’est alors le tonnerre qui gronde sur cette terre aux multiples questionnements. Quand les claviers énigmatiques se posent sur fond hypnotique, la surprise vient des attaques aux circonvolutions sinueuses qui serpentent entre deux moments contemplatifs. Cette ombre, la basse et la batterie aiment la maintenir dans leurs interrogations. Le mystère finit néanmoins par s’évader dans les envolées aériennes et il reste alors entier.

Le bouillonnement rythmique vient aussi accaparer notre attention. Cymbales toutes émoustillées, claviers colorés et basse fournie offrent alors des images de jungle luxuriante. Telle l’évaporation de l’humidité, un brouillard va même embaumer le décor quand des sons hantés s’échappent des synthés. D’autres étapes font rimer groove et rêve. Ainsi, sur des rythmes enthousiastes et des claviers magiques, nous voilà tenaillés entre réalité et fiction. Basse et batterie tentent de nous retenir coûte que coûte sur la terre par leur ancrage certes mouvant mais jamais lâche. Le premier des deux instruments essaye néanmoins de nous faire toucher les étoiles par le discours aérien qu’il entreprend. À un autre arrêt, toujours autour d’un bouillon de rythmes, les notes de claviers dubitatives finissent par prendre leur envol vers des horizons à couper le souffle. Les cymbales toutes choses font même verser des larmes aux saules pleureurs qui bordent les rives d’un lac aux reflets éblouissants. Le rythme, on y revient quand la basse fait chavirer les têtes et la batterie déplacer nos jambes. La liberté s’empare de notre corps et de notre esprit, tandis que le cœur se laisse emporter par les pulsions hypnotiques. L’emportement, c’est aussi lui que l’on retrouve quand le trio s’emballe et navigue vers des rivages quasi-métalliques. Dans ces foudres passagères, la surprise peut venir de ce piano qui s’essaye à l’humour dans des notes sautillantes ou mieux encore, quand le trio se prend les pieds dans des fils emmêles mais aux couleurs vives.

Les claviers délicats et l’affection qui s’en dégage sont autant de signaux d’éveil à la vie. C’est même une émotion à fleur de peau qui nous saisit quand les maillets les rejoignent. Et quand la passion prend ses quartiers, elle n’oublie pas de rester agrippée à la tendresse, sans laquelle elle serait perdue. Ainsi en va-t-il des moments triomphants de la rythmique, offrant par là même un cadre somptueux aux germes de vie que sèment les graines affectueuses des touches noires et blanches. Avec leur musique à la fois dynamique et onirique, Glass Museum font voler en éclats la gravité, pour nous suspendre entre ciel et terre.