Hedvig Mollestad Trio – Black Stabat Mater

Black Stabat Mater
2016
Hedvig Mollestad Trio
Rune Grammofon
2016

Hedvig Mollestad Trio - Black Stabat Mater

Au début c’était une histoire (https://clairetobscur.fr/hedvig-mollestad-trio-all-of-them-witches), la mienne, la tienne, la sienne, etc. Un pan de vie partagé et alloué encore. Un plaisir d’écoute immédiat qu’on fait virevolter d’oreilles en oreilles, que ce soit l’heure, le mois ou la saison. Et puis, le « il était une fois » a changé. Ce n’était plus un conte pour ceux qui avaient laissé le train en marche, c’était une révélation, une certitude même (https://clairetobscur.fr/hedvig-mollestad-trio-enfant-terrible). Toujours difficile à chopper mais plaisir toujours charmant et jouissif. Langue sur les lèvres, frémissements des naseaux, orgasme auditif, tout cela dans un ordre décousu, cela va de soit. Et puis vient Black Stabat Mater. Pochette plus sombre, geste intriguant, personnage emprisonné, clin d’œil aux oncles retraités de Black Sabbath et… L’inconnu… Le vide, l’interrogation. Hum ? Que peut encore nous proposer ce trio norvégien ? Je galère, et je galère autant à proposer une intro que j’ai eu du mal à me procurer l’objet… On ne se refait pas.

Bon, mais là-dedans, y’a quoi donc, monsieur ? De l’ivresse. Autant commencer par ça je te dirais. Potomanie de notes qui s’entrechoquent sans qu’on sache vraiment si on est dans le jazz ou le heavy rock, le démonstratif ou le plaisir, charmantes petites cases. Avec Hedvig Mollestad Trio, ben, on est un peu dans tout ça. Et que ça tricote de la guitare, que les rythmes changent, que la basse rebondit et que ça file horizontalement de manière honteusement naturelle. Mais le trio, il sait couper court, mettre sel et épices, ralentir son rythme à la manière d’un Melvins qui grattouille, avec des plumes, le cou de King Crimson, contorsionner un groove déjà acquis pour le rendre plus organique jusqu’à laisser les rares notes et vibrations envahir seules l’espace, perdant quelques Celsius au passage. De rien, c’est gratuit. Et ainsi une nouvelle ambiance de se tisser, quasi-glaciale et mystérieuse.

Hedvig Mollestad Trio - Band

Suspension. T’es incrédule ? On est où là ? À cheval entre deux mondes, au fond d’une spirale aussi quadrillée, voire emprisonnée, que cherchant à casser des bords un peu trop rectilignes à mon goût. Quoi ça ? C’est-à-dire… On est tout aussi bien dans le jazz avec ces mouvements qui se laissent vivre et qui finissent par s’émanciper à grands coups de solos virtuoses sans fin, que dans la montée de décibels, breaks et riffs tordus où ça ne peut pas s’empêcher de s’emballer un peu, parce que, putain, il faut savoir se faire plaisir quand même. Un pied dans une noblesse de style, piétinant légèrement sur l’avant-garde, et l’autre proposant une distraction limpide en tapant nerveusement sur le riff qui tue et le groove au goût prononcé et délectable.

Dans le ressenti, c’est indéfinissable et c’est chiant de le dire, m’enfin. C’est comme taper un carton avec des potes, à remuer des genoux et claquer des doigts tout en prenant une mine concernée en tirant sur sa clope. Ce n’est pas aussi simple. C’est une histoire, encore et toujours, pendant une retrouvaille entre mélomanes (mais pas que) et des airs entendus. C’est le partage d’un instant, de quelques minutes qui font du bien, qui reste dans une tradition (propre au groupe) tout en s’amusant avec d’autres sonorités. Désarroi… Et plaisir certifié ! C’est se prendre la tête pour rien, parce qu’il n’y a rien d’autre que du bon son et cela n’enlève en rien le caractère sympathie XXL que j’accorde au groupe norvégien. Alors cette interrogation de début de chronique ? M’en bats les steaks dude. Black Stabat Mater suppure de ce plaisir de jouer et transcende les frontières. Je crois bien que je ne saurai jamais trouver le moindre défaut à un groupe qui file autant la banane tout en se dépassant sans l’aide de personne. Coup de cœur sans surprise.

Jéré Mignon

Ps : Le même jour de la sortie de Black Stabat Mater est sorti Evil In Oslo, album live marquant la fin d’une époque pour le groupe. Et puis, c’est bonheur, les meilleurs titres des précédents albums avec un son parfait. Autant dire que je n’ai rien à ajouter.

https://www.facebook.com/HedvigMollestadTrio/

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