Francis Décamps – De Retour Au Cimetière Des Arlequins

De Retour Au Cimetière Des Arlequins
Francis Décamps
Autoproduction
2019
Christophe Gigon

Francis Décamps – De Retour Au Cimetière Des Arlequins

Francis Décamps De Retour au cimetière des arlequins

Francis Décamps, claviériste et co-compositeur du groupe Ange de 1970 à 1995, vit une vie musicale bien remplie. En plus d’une carrière en solo pour le moins audacieuse, il mène son excellent groupe de rock progressif Gens De La Lune (déjà trois albums au compteur) et arrange, produit et travaille avec pleins de musiciens de sa région (Montbéliard). Et il trouve même le temps de revisiter certains classiques de son monde d’alors, vécu avec Ange.

En 2012, à l’occasion de ses soixante ans, Francis a revisité le premier véritable disque de la geste angélique : le troublant Caricatures, paru originellement en 1972. En 2019, le frère de Christian (qui lui, continue, depuis 1996, de se produire sous le nom Ange avec des musiciens de haute volée) décide de se replonger dans la fosse magique du Cimetière Des Arlequins, paru en 1973. Ange est donc triplement à la fête : le groupe (mené par Christian Décamps et Cie) existe toujours et fête cette année ses cinquante ans d’existence. Gens De La Lune, sorte de petit frère d’esprit et de musique d’Ange, propose une musique d’excellente facture et proche de celle de son aîné, depuis 2005. Et, finalement, comme si tout cela ne suffisait pas, Francis propose ses relectures qui ne sont en rien nostalgiques ni assujetties. Au contraire : le crime régulier de lèse-ange rend l’expérience savoureuse, au risque de faire grincer les dents (pour ceux qui en ont encore !) des vieux fans pour qui la musique de cette époque dorée doit rester intouchée. Mais Ange n’est pas intouchable. Ange, c’est la vie. Et le cadet des Décamps sait s’entourer de fines lames, principalement issues des formations actuelles d’Ange ou de Gens De La Lune. Ouvrons donc le cénotaphe.

Francis Décamps De Retour au cimetière des arlequins, band 1
Tout commence avec la mythique reprise de « Ces Gens-Là » du grand Jacques. Certes, la voix de Francis ne possède pas la puissance évocatoire du Belge. Mais l’arrangement étonnant choisi pour cette réinterprétation, qui laisse la place aux claviers, s’avère un choix heureux. « Aujourd’hui C’est La Fête Chez L’Apprenti Sorcier » donne toujours autant la pêche et le riff d’origine, créé par Jean-Michel Brézovar, montre encore sa force presque cinquante ans plus tard. « Bivouac 1ère Partie » bénéficie de l’organe vocal du frangin Christian, venu prêter main forte (et caution) au projet. Le passage central latino-jazzy (On croirait du Santana qui jouerait du Genesis !) prouve que ce disque se propose d’être bien autre chose qu’un toilettage nostalgique. « L’Espionne Lesbienne » se présente dans des atours qui altèrent quelque peu l’aspect poétique et folklorique de la version étalon. On ne peut pas gagner à tous les titres. « Bivouac Final » reste toujours un instrumental évocatoire et tendu. « De Temps En Temps » bénéficie de la voix extraterrestre du neveu Tristan. Même s’il est bien normal que le maître d’œuvre se fasse plaisir en proposant des soli de claviers là où l’auditeur aurait attendu des envolées de guitare, force est d’avouer que ce choix esthétique risque d’étonner les amoureux des pistes de jadis. « La Route Aux Cyprès » est chanté par Jean-Philippe Suzan, l’excellent chanteur de Gens de la lune. Le très attendu « Cimetière Des Arlequins » termine évidemment l’épopée. Certes, ça manque un peu de guitares tout ça. De plus, ne cachons pas que le choix d’utiliser des batteries programmées en lieu et place de « véritables » percussions organiques, pourrait faire passer le tout pour un projet cheap et bâclé, ce qui n’est pas du tout le cas. Il s’agit d’un choix de production risqué mais assumé qui pourrait empêcher une certaine frange du public de l’époque d’entrer dans ce projet que d’aucuns pourraient penser sacrilège. Mais de telles remarques ont déjà pu être écrites à propos de Francis Décamps revisite Caricatures. Relevons, au contraire, l’ouverture d’esprit du claviériste, qui essaie de donner une seconde vie aux morts, avec amour, passion et respect. Le reste est affaire de goût.

Francis Décamps De Retour au cimetière des arlequins band 2
La relecture ne vaut pas l’original mais était-ce vraiment le but d’un tel projet ? Il s’agit d’un hommage personnel et soutenu par des musiciens d’envergure qui ne déméritent jamais. Et Francis, de toute façon, fait ce qu’il veut, c’est lui (avec Jean-Michel Brézovar, Daniel Haas, Gérard Jelsch et Christian) qui est à l’origine de ce chef-d’œuvre intemporel. Et il se fiche bien de nos avis. Lui, il crée et recrée, il fait son travail d’artiste, quoi. A relever le packaging de toute beauté qui en ferait presque oublier l’impact traumatisant de l’illustration de pochette originale.

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