Zu – Carboniferous

Zu – Carboniferous

Tudieu ! Atypique !  Zu est une entité unique. Copulation hybride entre le free-jazz et le noise-rock, le math-rock voire le metal, la sonorité de ce trio reste étrange pour le commun des mortels, mais le plus fort, c’est que chacun y trouvera à son goût en fonction de son humeur, de son style et de son énergie. Car de l’énergie, les trois Italiens en ont à revendre. À tel point que la première écoute peut se révéler suffocante et éreintante. C’est bien simple, le contenu était tel, l’excitation à un tel degré de paroxysme que je stoppais la lecture au bout de quatre morceaux. Mais, plus que ça, il fallait que j’ingurgite et digère ce que je venais d’entendre. Attention, les p’tits loups, ça ne veut absolument pas dire que je n’en pouvais plus. Bien au contraire, je revenais sur les premiers morceaux, histoire de bien en saisir les subtilités, les breaks de mastodonte, les instants de bravoure de peur d’être déçu de la suite tout en étant exacerbé, pour ne pas dire allumé, à un point non imaginable (non, n’essayez même pas !). En cela, « Carboniferous » est un objet des plus fascinants. Il provoque des états de transe dont seul le jazz possède le secret, tout en combinant une énergie électrique, un groove dont le seul le rock le plus débridé peut susciter.

Telle une bête sauvage, Zu est une créature qui s’apprivoise, sachant s’apprécier avec le temps. Survolté et attractif, le dernier album studio est le prolongement frénétique d’un « Igneo« , ce dernier se baladant encore sur les rivages du free-jazz. Celui-là, non. Le free s’efface, gommé, laissant surtout cette impression de faux n’importe quoi et de frénésie instrumentale et sonique, au milieu de compos à la précision chirurgicale (balancer des notes aussi aigües avec un saxo alto, donnez-moi la recette !) Et bon sang, que ça débourre, avec force et fracas, comme trois billes dans un shaker secoué par King Kong.

Plus ça cogne et plus on en redemande. De plus, cet album possède plusieurs vies. On scotche à la première écoute, on s’en lassera par la suite, préférant la folie de « Igneo » pour finalement y revenir de plus belle, réchauffant les soirées d’hiver au fond d’une cave. Un album a trois vitesses en somme, d’une puissance herculéenne (je vois les gars se déchainer sur leurs instruments rien qu’à l’écoute !) qui gagne en efficacité immédiate ce qui a en partie déçu, la folie n’étant plus aussi prégnante qu’auparavant. La faute peut-être à une production juste magistrale ?

Mais c’est plus fort, j’y reviens, j’y retourne, c’est plus fort que moi. « Carboniferous » est une drogue, et il me fait passer plus vite le temps du trajet quand je rentre du boulot. Au début, en toute franchise, j’aurai placé « Igneo » en haut du podium, comme bien d’autres, mais je ne peux m’y résoudre. Celui-ci reviendra plus souvent dans mon mange-disque, c’est une fatalité.

Jérémy Urbain (8,5/10)

 

http://www.myspace.com/zuband

Carboniferous
Zu
2009
Ipepac Recordings

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