Zann – Music To Remember

Music To Remember
Zann
Autoproduction
2020
Lucas Biela

ZannMusic To Remember

Zann_Music To Remember

Zann est un artiste français de la scène ambient qui a eu vent de ma passion pour ce style par l’intermédiaire de notre ami commun, Hery Randriambololona, alias Ujjaya. Actif depuis 2013, ce n’est pas moins de 15 productions qui sont sorties sous son nom ! Le compositeur m’ayant invité à découvrir son dernier opus en date, Music To Remember, j’ai été immédiatement happé par les sons qui s’en dégageaient. Cela m’a fait le même effet que la première fois où j’ai entendu les soundscapes de Robert Fripp : l’impression de me retrouver sur un petit nuage, loin du tumulte de notre quotidien.

C’est en effet à un univers onirique que Zann nous invite. On pourrait comparer cette musique aux tableaux les plus symbolistes d’Odilon Redon, tant l’imaginaire poétique est mis à contribution dans les nappes ambiantes et les voix délicates qui s’égrènent tout au long de ce magnifique album.

Zann_Music To Remember band1
D’un horizon mélancolique s’échapperaient des lueurs d’espoir qui nous feraient rentrer dans leur ballet, tel un roman qui captiverait tellement notre attention qu’on ne pourrait s’en détacher. Cependant, même si l’espoir est de mise tout au long de l’album, le doute a également sa place. Ainsi, « Curfew » fronce les sourcils pour nous faire pénétrer dans un univers plus sombre. De même sur « Like A Dust Revealed By Sunlight », on croit entendre des plaintes dans cette voix tourmentée. La lueur d’espoir s’estompe à l’horizon ! Il faut en fait mettre en parallèle la musique de notre compositeur avec son amour de la nature. L’homme tente de faire chuter la majesté de cette nature, mais celle-ci finira toujours par remonter sur le trône.
Evitant l’exercice de style, Zann rend ses plages vivantes en les agrémentant d’instruments ethniques (les crotales et le didjeridoo de « I Am Part II »), de quelques nappes de guitare (le très aérien « Youth »), d’extraits de films (la conclusion en demi-teinte de « I Am Part I »), et de voix (plusieurs pistes). Ces dernières peuvent être déchirées, pour mieux accentuer le doute mentionné plus haut (les tourments de « Like A Dust Revealed By Sunlight », mais également les implorations de « The Never Ending Maze » qui rappelleront Brendan Perry de Dead Can Dance). Elles peuvent également se présenter sous forme d’incantations d’une beauté toute clannadienne* (« I Am Part II ») ou nous plonger dans les moments les plus introspectifs de la musique chorale sacrée (« Agnosia »). Ce travail sur les voix est tout simplement sidérant, et rend le monde aérien de Zann encore plus expressif, ou pour rester dans le parallèle avec l’art pictural, encore plus symboliste. Par ailleurs, notre compositeur réussit le pari de faire un morceau de 22 mn (« I Am Part II ») sans jamais nous perdre ni nous plonger dans l’ennui. Dans cette piste-fleuve, les crotales nous plongent, non pas dans l’ennui donc, mais dans une forêt tropicale avant que les scansions douloureuses ne nous extirpent vers la lumière.

Zann_Music To Remember band2

Vous l’aurez compris, que soit dans l’obscurité ou dans la clarté, la musique de Zann porte un message d’espoir. Nous apprécions ces grandes étendues qui s’offrent à nous, et quand bien même ces étendues seraient amenées à être souillées, elles se relèveront plus fortes, et nous continuerons à les admirer avec un œil toujours plus émerveillé. Si vous aimez l’art et la nature, ne passez pas à côté de Music To Remember. C’est bien une musique dont on se rappellera.

* clannadien : fait référence à Clannad, groupe de folk celtique irlandais

 

https://zann.bandcamp.com/

 

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