Unsane – Visqueen

Visqueen

Tu te souviens ? Tu étais aller faire ton kéké à Big Apple. Tu croyais être le roi du monde et de la picole, à cracher sur la gueule des gens, enchaîner tes malbacs et souffler ta fumée sur la tête des taulards et autres macs libidineux. T’avais gardé une bonne image de ce pub, bien que dégueulant de cancrelats et d’autres parasites humains, putes maquillées comme des clowns de Prisunic, tenancier de bar racontant des histoires sordides de voisinage, de sang, de foutre… la vie quoi ! Tu te souviens ? Il y avait un groupe qui jouait sur scène. Une sorte de relents de blues électrique au son bien crado, dégoulinant des amplis, qui t’avait presque refilé un putain de torticolis. Ah, la vache, c’était bon ! Et maintenant, tu regardes ta tronche refaite dans le miroir. Tu la détestes, c’est pas toi. Enfin, si, c’est toi, mais dans le désordre. Tu regardes une photo d’auparavant. Même floue, en train de faire le con, le majeur tendu, ce n’est plus toi que cette masse informe qui tache le paysage où que tu te déplaces. C’est simple, depuis que ce sale connard t’a massacré à la sortie du pub à coups de batte et de Doc coquées, tu n’es plus le même.

On t’a emmené aux urgences, on t’a fait « de la chirurgie reconstructrice » qu’ils disaient. T’en as perdu un œil. T’arrivais même plus à mâcher normalement, tu mangeais plus qu’en liquide d’ailleurs. À chaque fois que tu voulais boire, tu risquais ta chienne de vie à périr, noyé dans ton propre verre. Et t’avais l’air si con, bavant comme un chien malade, une paille aux lèvres. Et quand tu parles, c’est l’artifice, tu pleures de honte. Impossible de ressortir les répliques des Tontons Flingueurs ou des Affranchis. Un têtard d’un an parlerait mieux que toi ! T’es un mélange de Darkman et de Planète Terreur. Chaque fois tu te regardes, et chaque fois tu revois le visage grimaçant de ce salopard d’enculé qui t’a insulté, craché, pissé dessus, défoncé la cage thoracique et ta face pendant que tes sphincters flanchaient. Tu te souviens ? T’es resté un moment sur le trottoir, la tronche dans le caniveau. T’avais l’impression de faire un remake d’Abyss, version citadine d’éboueur, avant que quelqu’un ne daigne appeler une ambulance.

Tu te souviens ? Il t’a fallu réapprendre à respirer sans que tu hurles le prénom de ta mère à chaque inspiration. On t’a emmené à la campagne, « pour l’air » il parait. Tu étais sur une chaise et tu passais tes journées à regarder l’herbe, les fleurs, la forêt plus loin, et chaque putain de seconde de ces instants, tu imaginais ce que tu allais faire à ce salopard, minutieusement, t’as réfléchi aux pires tortures. Oh que oui, tu allais le chercher, le retrouver, et tu vas lui fracasser sa tête. Ce qu’il t’a fait subir ce n’est que l’apéritif par rapport à ce que tu vas lui faire. Il va chialer cet enfant de salaud, il va implorer tous les saints de l’univers avant que tu ne l’écrases, pire qu’une merde, et là, peut-être que tu redeviendras, un peu, un Homme.

Tu te souviens ? C’est ce que tu t’es dit, chaque micro-seconde, chaque minute, chaque heure, chaque journée pendant toutes ces années. Et maintenant, là, t’es prêt. Tu te regardes une dernière fois dans la glace avant de le fracasser de ton poing. Ta tronche de bâtard difforme sera la dernière vision qu’il emportera. Il voulait t’éclater la tronche, il a fait de toi un tueur…

Jérémy Urbain (8,5/10)

http://www.unsanenyc.com/

Visqueen
Unsane
2007
Ipepac Recordings

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