Traces d’Illusions – Après La Colline

Après La Colline
Traces d'Illusions
Auto Production
2018
Pascal Bouquillard

Traces d’Illusions – Après La Colline

Traces d'Illusions  Après la colline

Si je puis me permettre de citer Goscinny, un de mes auteurs préférés : « Il y a des patates et du lard dans cette bombe surprise ! ». (Lucky Luke, « La Diligence »). Seulement dans le cas de Traces d’Illusions et de leur album Après La Colline, s’il s’agit d’une véritable bombe surprise, il ne s’agit, en revanche, ni de patates ni de lard mais de talent, de virtuosité, mâtinés d’un rien de Jan Hammer (les sons de synthés sont miraculeux), parfois de UK dans leurs passages instrumentaux les plus débridés et de quelques autres influences du jazz rock des années 70 que je te laisse le soin de lister à ta convenance, mon cher lecteur. Toutes ces réminiscences sont parfaitement digérées, assumées et magnifiées dans une approche encore plus rigoureuse et presque classique (oh !! Le gros mot !). D’ailleurs, Laurent Terrié, le compositeur du groupe et flûtiste traversière de son état, a eu la gentillesse de me faire parvenir quelques-unes des partitions des morceaux les plus déconcertants pour me permettre de me baigner de manière plus approfondie dans cette musique d’une rare richesse. Je dois avouer que c’était là une belle initiative.

Ne sois pas inquiet mon cher lecteur, Laurent et les musiciens de Traces d’Illusions ne font en aucun cas une musique qui sonne cérébrale ou indigeste. Ils sont comme ces chefs cuisiniers de génie qui parsèment ton assiette de goûts originaux et inattendus et dont la conjugaison t’envoie au septième ciel culinaire. Tu pourrais craindre également, s’agissant d’un compositeur qui joue de la flûte traversière, d’entendre des kilomètres de mélodies et de soli se déverser directement de son instrument de prédilection jusqu’à ton tympan. Heureusement ce n’est jamais le cas. Les passages de flûte traversière sont remarquables, qu’il s’agisse de l’exposition d’une mélodie, du son de l’instrument ou de la conjugaison de sa sonorité avec les autres instruments à vent, ou des passages de solo sporadiquement égrenés et jamais éprouvants. Tout est une affaire de bon goût et de dosage. Enfin il est important de noter qu’il n’y a pas de chant tout au long de cette heure de musique et curieusement, pour moi qui ai toujours beaucoup de mal avec les albums instrumentaux, cela ne m’a pas manqué un seul instant. J’espère que déjà tu t’en pourlèches les babines de plaisir tout en aiguisant tes oreilles de Spock. Voyons à présent les titres plus en détails.

Traces D'Illusions Après la colline Band 1

« Apprendre » : il s’agit de la pièce d’ouverture, une des plus complexes rythmiquement où s’alternent des mesures ternaires (faut la chercher dans la valse dans ce cas) et des mesures asymétriques (5/8) mais aussi du 4/4 (tu sais, la mesure de « Le Lundi Au Soleil » de Claude François) au moment d’un chorus par exemple et des mesures en 7/8 (y’a même du 10/8 oooh le gredin !!). Tout y est riche et équilibré, c’est du grand art ! Il nous est même octroyé un petit bonheur supplémentaire au moment de la coda, avant le retour du thème exposé cette dernière fois sur de nouvelles harmonies magnifiquement torturées : tout le passage me fait penser à un «bonus track imaginaire de Even In The Quietest Moment de Supertramp que nos vieux amis britanniques auraient concoctés quatre décennies plus tard, après s’être réconciliés et avoir (re)pris de sérieuses études d’écriture musicale. La montée en tension est belle, lyrique, tendue et, à son paroxysme, le thème initial, sur lequel se superposent magnifiquement d’autres éléments entendus précédemment, nous revient. Mazette, que voilà de la belle composition ! Avec « Phare Des Poulains », nous voilà davantage dans du jazz rock traditionnel. Les instruments, guitare acoustique, flûte traversière, saxophone soprano s’échangent paisiblement l’exposition du thème. La guitare puis la flûte irlandaise, flottent sur une nappe rythmique de toms en 4/4 «  à la Peter Gabriel », ponctuée d’intervention de harpe du meilleur effet où Laurent te glisse quelques mesures bancales (7/8) pour s’assurer que tu écoutes toujours ! Quelques chorus se suivent notamment à la guitare acoustique (à la sonorité cristalline comme tu les aimes, ne le nie pas), et le morceau se conclut après le retour du thème, sur une pirouette ternaire aussi élégamment relevée que l’est le poivre de Madagascar.

La première page d’ « Absence De Vision » est simplement dantesque ; du UK survolté. La mesure en 5 croches qui se dissimule sous des accents à 3 te fait littéralement perdre ton latin, ton ouest, ton alpha, là où ton oméga sert les fesses, prostré dans un coin. Tout ça, à fond les balais et en se mélangeant ; ça serait l’overdose si ça durait trop longtemps mais, comme l’orgasme, cette extase rythmique ne dure que le temps d’une éjaculation orchestrale fugace mais intense (la vache, c’était bon !!). Tu crois que c’est fini ? Le riff de guitare en 5/8 d’Alex Bréard, proprement hallucinant, te renvoie illico au septième ciel des bouffeurs de metal pendant que les instruments à vents semblent jouer un autre morceau qui pourtant colle étonnamment à l’ensemble. La batterie réconcilie tout le monde en une rythmique béton en 5/4 qui ne te laisse pas un poil de sec. Le coït s’interrompt pourtant (parce qu’il est parfois bon de savoir se retenir …) et la suite te plonge dans un océan de son synthétique « à la Eddie Jobson » de « Alaska » dans le premier UK. Que du bonheur je te dis !! Il faut bien ça pour se remettre les idées en place et passer à quelque chose de complètement différent (« And now for something completely different » comme nous martelaient ces fous de Monty Python.). Une montée d’accords de toute beauté, une basse qui sonne et voilà le décor esquissé pour que la guitare électrique (qui ne cesse de me faire penser à Terje Rypdal, va savoir pourquoi ?) et le synthé (qui m’invite à redécouvrir à chaque note, l’album The First 7 Days de Jan Hammer) nous offre les chorus les plus réussis de tout l’album (Farpaitement! De tout l’album ! Oui monsieur !!). Et on finit sur un retour rapide chez Dante suivi d’une conclusion sur un thème presque « à la Zappa » qui nous fait tellement de clins d’œil qu’on finit les yeux fermés et la bouche bée et suspendue (…aux branches de la fin brutale, si si, tu vas voir, suspendue !)

Traces D'Illusions Après la colline Band 2

« Après La Colline » est donc la pièce qui a donné son titre à l’album et pourtant, au-delà de cet acte de pure générosité, elle ne représente que modestement l’esprit de cet opus. Le thème est beau, l’orchestration élégante et épurée mais je n’y trouve rien de nouveau sous le soleil (ou plus exactement sous le microsillon), et m’en suis trop rapidement détaché pour imaginer qu’elle puisse résister à l’assaut du temps. L’introduction d’ « Un Monde Meilleur » nous transporte dans le « meilleur des mondes » harmonique du grand Ralph Towner. La pièce se poursuit de manière plus conventionnelle, mais ne te méprends pas sur mon propos, je n’ai aucune allergie à la convention et puis elle est en 5/8 la convention, elle « swingue asymétrique » la convention et fait trébucher les étourdis qui marchent au pas en écoutant l’album. (Tu ferais d ailleurs mieux de regarder où tu marches !). J’écoute donc avec respect et intérêt ce thème exposé à la flûte traversière et soutenu par le piano. La seconde partie met en avant la clarinette basse et quelques chorus, jamais trop longs, de flûte traversière, de guitare acoustique jusqu’au retour du thème en ternaire, sans faux pas cette fois-ci puis au finale, développé sur un ostinato en 11/8 (6/8 + 5/8) au piano et à la batterie. Une dernière pirouette et c’est fini. « Infinie Bienveillance » entremêle des lignes de vents (la famille d’instruments hein, entendons-nous bien !) un peu comme le font nos amis de Monoglot (que Laurent et toi, mon cher lecteur, devez absolument écouter après avoir lu la chronique sur leur dernier album, si ce n’est pas déjà fait.). Sans le moindre repère rythmique, les contrepoints se mélangent « harmonieusement » pendant près d’une minute d’introduction avant que n’apparaisse le thème en 4/4, au bon vieux groove rassurant, même si je me dois de mentionner les quelques croches supprimées à droite et à gauche ou les pêches rythmiques à contre-temps qui te font périodiquement perdre tes certitudes rythmiques.  Nicolas Amène puis Laurent Terrié nous offrent d’élégants chorus de saxophone alto puis de flûte traversière toujours renouvelés, jamais fastidieux, grâce à un sens mélodique sans faille et à une orchestration jamais convenue. « Les Premières Neiges » de ce thème presque désuet s’exposent au piano et au saxophone, un peu à la manière de Francis Poulenc jusqu’à ce que l’orchestration s’étoffe et que Traces d’Illusions reprenne ses droits. Après quelques crescendos avortés, ce sera en demi-teinte que se conclura cette ultime pièce de l’album. Après un silence de prêt de vingt secondes, le piano reprend, pesant et nostalgique comme pour nous inciter à raviver le souvenir du début de l’album et nous donner envie d’y retourner au plus vite… et pourquoi pas tout de suite ? Allez, j’y retourne, non sans m’émerveiller une dernière fois devant ce magnifique accord final, au piano.

Traces D'Illusions Après la colline Band 3

Décidément j’adore la chance que j’ai, en participant à Clair et Obscur (merci les poteaux !), de pouvoir découvrir des talents aussi immenses et de pouvoir les partager avec d’autres mélomanes (peut être aussi immenses d’ailleurs, je ne sais pas quelle taille tu fais ?). L’idéal, évidemment, serait de pouvoir ajouter à cela…. « et d’en vivre » mais il parait que ça aussi, c’est un gros mot. Retournons donc nous morfondre au travail en rêvant à ceux qui n’ont pas besoin de se convaincre que c’est un mal nécessaire.

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