Teitanblood – The Baneful Choir

The Baneful Choir
Teitanblood
Norma Evangelium Diaboli
2019
Jéré Mignon

Teitanblood – The Baneful Choir

Teitanblood The Baneful Choir

Teitanblood résonne comme un glas défaitiste et évoque l’image d’un champ de ruines, à perte de vue. Architectures écrasées, difformes, aplaties et disloquées, terre en cendres, soleil désormais caché et invisible laissant juste des faciès difformes et autres corps convulsés dans une semi obscurité rougeoyante. Teitanblood est d’une noirceur et d’une violence à peine concevable. Frénétique, obscur, ésotérique et d’un extrémisme musical capable d’occulter un soleil printanier. Les espagnols composant, secrètement, cette abstraction bruitiste (plus qu’un groupe), n’ont jamais dévier de leur substrat de base. Celui d’un mélange oppressif et asphyxiant entre un death de caverne et la virulence d’un black metal pernicieux. L’apnée et le manque de souffle sur des paysages chaotiques de destruction autant physique que mental révèlent un résultat naviguant entre le malsain et le franchement putride. Pouvant éterniser ses compos sans pour autant en relâcher la tension qu’il exerce sur nuques et tympans, Teitanblood est devenu une sorte de chantre d’un metal extrême furieux, hostile où même les apartés deviennent source d’angoisse et distributeur d’images morbides. Si Seven Chalices, premier album, suivait un schéma plus ritualiste, alors en vogue à cette époque, Death, le bien nommé, se manifestait par sa virulence et sa violence outrancières à la frontière du grotesque, à l’image de sa pochette crue où l’absurde se conjugue à la malformation de points de fuites dissous et de formes proscrites.

Teitanblood The Baneful Choir Band 1

The Baneful Choir, nouvelle engeance contre-nature, se montre plus complexe d’approche. Le tempo se permet de ralentir, plus pesant, quasi doom par instant, comme pour mieux prendre à revers, se permettant le luxe d’instaurer un climat étouffant avant de lâcher ses salves indistinctes où larsens et leads déchirants, production étranglée mais à-propos et borborygmes divers s’amalgament. La logique de Teitanblood, c’est le chaos et de donner consistance à cette masse hermétique, ambiguë voire incompréhensible mais jetée frontalement à la gueule. La violence peut se faire plus interne, secrète, mais semble littéralement déborder du cadre dans ces détails confus, nocifs, ces interludes ambiants glaçants, aux voix susurrées, ces nappes anxiogènes, comme pour mieux saisir l’ampleur de ce panorama d’apocalypse. Les espagnols, par ces artefacts, laissent ici place à l’imagination moribonde tapie au plus profond de soi, la violence s’en retrouvant décuplée, prenant une teinte quasi atmosphérique, comme sur le morceau titre, proprement dérangeant et jouissif dans ses arrangements. Si le sentiment de répulsion par surplus d’aplats monochromes de Death semble amoindrie, celui de The Baneful Choir semble plus mesquin, cupide et pervers tel un jeu corrompu élargissant le spectre des possibles dans l’horreur et Teitanblood de ne jamais faillir dans sa démarche. Au contraire, en raccourcissant la durée de ses titres, en se permettant ces interludes fantomatiques, le combo (rehaussé de deux membres supplémentaires pour l’occasion) vise l’efficacité tout en maintenant une tension constante, voire renouvelée, sans qu’on en perde une miette de cet abysse de désespoir occulte (Deathspell Omega n’est jamais loin, la technicité en moins, la fureur en plus)… Des bâtiments nouveaux ont émergé de ces terres calcinées, constructions aberrantes, exubérantes, au milieu d’une masse mutagène soumise. Repentance attardée, soumission par omission, simples suiveurs d’un constat apocalyptique, cette conformation aqueuse, brûlante, est aussi fantasmatique qu’un écrit de Clive Barker au bord du Léviathan, ce monde des enfers où se croisent juges sadiques et victimes masochistes. The Baneful Choir est un labyrinthe fait à partir d’ossements, viscères, conformations incandescentes et de matières organiques agencées dans une structure aléatoire mais vertigineuse.

Teitanblood The Baneful Choir Band 2

Le dernier opus des espagnols ne déroge pas à la règle et leur permet de rester bien implantés sur ce trône aussi surréaliste que poisseux et pathologique alors que d’autres galèrent sévèrement à se trouver une patte distinctive. Le constat est sans appel, Teitanblood appelle autant aux lamentations étouffées qu’à la trépanation. Teitanblood est une abstraction bestiale, une certaine idée de la violence, une réflexion imagée et dissolue sur la comorbidité.

https://teitanblood.bandcamp.com/

 

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