Pure Reason Revolution – Eupnea

Eupnea
Pure Reason Revolution
Inside Out
2020
Rudzik

Pure Reason Revolution – Eupnea

Pure Reason Revolution Eupnea

Il est des retours au premier plan qui peuvent surprendre. Celui de Pure Reason Revolution en fait partie. Huit ans après sa séparation, le groupe s’est remis à l’ouvrage l’année dernière, rejouant notamment entièrement son premier album The Dark Third dans le cadre du Midsummer Prog Festival (NL). Ce fût un galop d’essai réussi préludant la sortie d’un tout nouvel album au nom symbolique : Eupnea, autrement dit, le rythme respiratoire normal d’un mammifère paisible.
Il semble qu’il ait fallu se réduire à un duo formé uniquement de Jon Courtney (chant, guitares, claviers) et Chloë Alper (chant, basse, claviers) pour que PRR puisse reprendre son souffle et accoucher d’Eupnea car, c’est bien connu, la maîtrise de la respiration est un exercice indispensable pour favoriser un accouchement réussi. Il faut noter cependant le surprenant appel de Jon au guitariste Greg Jong (guitares) pour contribuer à la moitié des morceaux d’Eupnea, un ex membre du groupe qui l’avait pourtant quitté avant même la sortie du premier album studio.

Pure Reason Revolution Eupnea Band1
Toute la question est donc de savoir si ce duo est bien l’héritier de la musique de Pure Reason Revolution. Rappelons que ce groupe à la fibre plutôt classiquement psyché-progressive à ses débuts (d’obédience Pink Floyd ou Tool) a exploré des contrées plus synthétiques et électroniques et des ambiances très différentes dans les deux albums qui ont suivi. Rappelons également que Jon a formé le duo électronique Bullet Height avec le vocaliste Sammi Doll avant de revenir aux affaires de PRR. En fait, Eupnea constitue un retour aux sources du groupe mais intégrant toutes ces expériences passées. Vous l’aurez donc compris, la réponse à la question précitée est_totalement positive. Un premier indice abondant dans ce sens réside dans le format des titres avec trois d’entre eux qui sont plutôt compacts et les autres qui tournent autour des dix minutes. Il y a donc du prog mais… pas que.
Alors oui, je suis entré de plain-pied et sans aucune hésitation dans ce remarquable album. On se laisse séduire immédiatement par le timbre de voix doux et très caractéristique de Jon Courtney qui me rappelle… ben qui ne me rappelle personne en fait. Après tout, ça démontre qu’il est vraiment caractéristique non ? Bon force est de remarquer aussi que l’apport régulier des chœurs de Chloë Alper sous une forme pulsative contribue largement à ce que les vocaux d’Eupnea soient aussi emballants. C’est sur le titre éponyme final que le duo atteint la perfection harmonique dans ce domaine.
Ce qui transpire également de l’album, et ça n’étonnera personne étant donné le profil des deux protagonistes de PRR, c’est l’apport des claviers jamais outranciers mais d’une versatilité épatante. Je me suis régalé à repérer toutes ces touches et sonorités différentes intégrées à des rythmiques plutôt lentes mais jamais trop lancinantes. Un ensemble de mid-tempi et de ballades souvent alternés au sein d’un même titre mais avec tout de même quelques sévères coups d’accélérateurs, en particulier sur les plages les plus longues.

Pure Reason Revolution Eupnea Band2
Le troisième aspect de cet opus, le plus surprenant des trois, est la performance de l’infaillible batterie de l’invité Geoff Dugmore (ex The Europeans, Wildlife, Killing Joke etc.) qui claque sa race et se trouve même très mixée en avant. Elle en arriverait presqu’à gommer la légèreté de la ballade aérienne « Maelstrom ». Mais quel régal quand, par exemple, elle assure la transition à mi-parcours de « Ghosts & Typhoons » pour une renaissance très rythmée du morceau le plus dark de l’album.
Pour l’impressionnant « Silent Genesis », c’est à une longue intro puis un court passage groovy très floydien à six minutes que l’on a droit avec parfois quelques touches électroniques improbables et dramatiques de krautrock. Les influences « tooliennes » du groupe se font ressentir sur les passages les plus plombés par des riffs assassins (oui, il y en a même si je suis toujours vivant !) comme sur « Eupnea », certainement, avec « Silent Genesis », la meilleure pièce de cette galette. D’ailleurs, je pourrais dire que contrairement au dernier Tool, Fear Inoculum excellent mais sans réelles surprises, Pure Reason Revolution, sous cette forme réduite à un duo, réussit à offrir avec Eupnea un album qui s’extirpe aisément de la nasse de la production progressive du moment. En tout cas, il se pose en sérieux candidat pour être mon album de l’année, rien de moins que ça !
Eupnea est donc la bonne surprise de ce printemps 2020 pour un groupe « phénix » que l’on n’attendait plus. Pour une fois, que l’on ne nous refait pas le coup de la reformation purement mercantile, il ne faudrait surtout pas bouder son plaisir de revoir Pure Reason Revolution pointer le bout de son nez.

https://www.facebook.com/purereasonrevolution/

 

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