Portal Kent Cinelu – Burundi

Portal Kent Cinelu – Burundi

Trois années après leur dernière collaboration qui aura engendré entre autre un fabuleux concert à la Villette, le jazzman Michel Portal (saxophone soprano et clarinette basse) et le percussionniste Mino Cinelu se sont retrouvés autour d’un nouveau projet musical, cette fois ci avec la bénéfique participation de l’Américain Steven Kent, joueur renommé de didgeridoo, l’un des plus ancien instrument de musique du monde, aujourd’hui largement popularisé aux quatre coins de la planète. Si tout le monde ou presque connaît ce grand et incontournable compositeur contemporain qu’est Michel Portal, quelques mots s’imposent cependant sur les deux musiciens qui l’accompagnent tout au long de ce Burundi, étonnante fusion de jazz et de word music.Mino Cinelu est pourtant loin d’être né de la dernière pluie ! Celui ci   est même devenu au fil du temps un fameux percussionniste de renommée internationale pour avoir accompagné bon nombre de stars de la pop et du jazz, dont je citerai ici pêle-mêle Miles Davis, Weather Report, Lou Reed, Sting, Pat Metheny, Stevie Wonder, Tori Amos, Herbie Hancock, etc. Et Dieu que la liste est longue ! Né en France à l’aube des sixties et issu d’une famille de musiciens, Mino a de ce fait baigné dans la musique dès son enfance, et en conséquence ne tardera pas à faire ses débuts en tant que professionnel, à l’âge de 14 ans ! C’est vers la fin des années 70, après s’être installé à New York qu’il sera remarqué par Miles Davis (qu’il accompagnera d’ailleurs sur quelques albums), puis par Joe Zawinul, ce qui lui vaudra d’être membre de Weather Report à partir de 1984. On connaît la suite (Voir quelques lignes plus haut !).

Si Steven Kent ne jouit pas d’un tel palmarès (quoi qu’il a lui aussi accompagné sa pléiade d’artistes !), ce jeune joueur de didgeridoo émérite, auteur de deux CDs et d’une cassette, aura lui aussi été impliqué dans bon nombre de projets variés et éclectiques (Trance Mission, Light in a fat city). Citons aussi sa collaboration avec le Californien Steve Roach, maître incontesté du tribal-ambient, dont il enrichira les nappes atmosphériques des résonances préhistoriques de ses didgeridoos et de multiples et envoûtantes séquences de percussions sur l’album Halcyon days, paru en 1996 chez Fathom Records.

Cette approche stylistique se rapproche quelque peu du disque qui nous intéresse, sauf que les textures planantes sont ici remplacées par les sonorités du jazz le plus envoûtant et aventureux. Burundi est comme son nom l’indique un ensemble de thèmes inspirés par cet état africain qu’une récente et tragique guerre pseudo ethnique a complètement ravagé. Cependant, la musique lancinante et hypnotique qui résulte de cette rencontre, mêlant transe et improvisation, se déploie bien au-delà de ses racines africaines (ne serait-ce que par l’imposante présence du didgeridoo océanien), pour finalement créer un espace sonore nouveau, aux couleurs et aux sensations inédites (d’ailleurs pour l’anecdote, c’est bien la première fois qu’il m’ait été donné d’entendre le son du didgeridoo dans l’univers du jazz ! Serait-ce là une première ?).

Nos trois instrumentistes de génie jouent en effet ici dans la plus parfaite osmose, avec feeling et virtuosité non tapageuse, développant une musique (totalement acoustique rappelons-le) d’une richesse infinie, qui peut s’écouter en boucle sans jamais lasser, tel un voyage aux multiples sensations sans cesse renouvelées. On pensera souvent aux climats chaleureux d’un Hadouk Trio, même si l’approche est ici un peu moins mélodique et davantage basée sur la pure improvisation que la formation emmenée par Didier Malherbe, Loy Ehrlich et Steve Shehan. Le résultat, dans une forme différente, n’en demeure pas moins envoûtant et confondant de beauté, malgré un premier contact qui pourrait sembler à certains moins évident. Quoi qu’il en soit, Burundi témoigne une fois de plus et avec une grande intelligence que la musique n’a décidément aucune frontière.

Philippe Vallin (7/10) 

Burundi
Portal Kent Cinelu
2000
PAO Records

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *