Niels Mori – Væ Soli

Niels Mori Vae Soli

Niels Mori : première partie

Voilà, c’est décidé, je m’apprête à rédiger quatre chroniques à propos d’un inconnu, d’un musicien qui a déjà sorti une poignée d’albums et dont vous ne lirez rien à son propos sur internet, ni en français, ni en anglais, alors même qu’il vient d’accomplir une tournée triomphale dans plusieurs pays de l’Est et qu’il se produit régulièrement dans le Nord de la France. Est-ce pour rétablir une équité dans ce déséquilibre que je vais écrire quatre chroniques sur Niels Mori ? Même pas.

Au départ, je voulais juste donner un petit coup de pouce à un musicien doué des environs de Lille vu que j’habite aussi cette région. Je lui demande donc de m’envoyer son nouvel album, Aftonland. Il choisit de m’adresser en même temps son ouvrage précédent, Ngâu. J’écoute d’abord Aftonland. C’est très beau. Pour faire simple, c’est un peu comme si Erik Satie venait de sortir son nouvel album avec l’aide de la technologie actuelle. Très intéressé, j’écoute alors Ngâu. Surprise. J’ai quitté Satie pour me retrouver en plein ambient à la Brian Eno, là aussi, pour faire très simple.

Qui est donc ce musicien aussi à l’aise dans la musique minimaliste la plus touchante que dans l’ambient la plus recherchée ? Je fouille le web pour trouver ne serait-ce qu’un début de réponse. Rien ou presque, juste des bribes éparpillées. J’écris au musicien, je lui parle de son absence sur le web. Lui-même n’a pas d’explication claire, il ne ménage pourtant pas ses efforts. Dans ses réponses, je décèle un artiste cultivé, passionné, sensible, profond. Je lui demande de m’envoyer d’autres albums. Je reçois Varinka et Væ Soli. Et là je tombe de ma chaise, comprenant de moins en moins ce silence autour de Niels Mori.

Voilà pourquoi je m’apprête à rédiger quatre chroniques à propos d’un inconnu. Je viens d’écrire cinq chroniques sur Bowie, qui est mort. Ça ne lui fera ni chaud ni froid. Alors je peux bien écrire quatre chroniques sur Mori, qui est vivant. Ça pourra peut-être l’aider, aider les lecteurs à s’intéresser à ce musicien passionnant, que sais-je ? Je crois que si mes modestes écrits peuvent avoir un but, c’est de détourner les lecteurs de leurs goûts habituels, de leur dire qu’il y a ici, là, quelque chose, quelqu’un qui mérite leur attention. Voilà mon humble mission, si je peux m’en fixer une. Alors voilà, je vais tenter de vous amener à écouter du Niels Mori et à vous faire comprendre le bonheur qu’il y a à trouver dans la découverte de ses albums. Commençons par Væ Soli.

Niels Mori

Væ Soli (malheur à l’homme seul !) est un EP sorti en 2011, un album court, 2 morceaux, le tout d’une durée de 20 minutes environ. Cela mérite-il une chronique ? Oui. On connaît tous des albums, des longs, où il n’y a qu’un ou deux titres marquants. Le reste n’est que du remplissage plus ou moins habile. Là, avec Væ Soli, Niels Mori va droit à l’essentiel, sans déchet, sans esbroufe. Il n’y a que deux morceaux, mais quels morceaux ! Ces deux joyaux font à peu près dix minutes chacun.

Le premier morceau commence par un discours vantant la conquête spatiale et se termine par une supplique, une prière, un constat des plus amers à propos de ce que l’homme est en train de faire de sa planète-mère. L’effet de cisaillement est saisissant. Entre les deux et tout le long, des accords de piano, qui évoluent, qui planent, qui se perdent. C’est un peu comme si le morceau décollait à la manière d’une fusée, explorait avec envie et délice les hautes couches de l’atmosphère avant de retomber, parce que l’homme n’est pas encore prêt, assez responsable, pour explorer l’espace, l’univers. Ça fait discours écolo à deux balles ? Non, c’est très beau, très calme, très zen malgré la puissance du message.

Le second morceau est très différent. Pas de discours, pas de supplique. Juste des notes de guitares mises en boucle sur deux couches avec parfois un peu de piano et aussi des bruits, des cliquetis. Dit comme ça, rien d’extraordinaire. Sauf que c’est pondu à la perfection, que ça évolue comme ci et comme ça avec une rare intelligence, que ça envoûte dès les premières notes, que ça ne vous lâche plus, faisant de ces dix minutes un plaisir, une émotion aussi intense que subtile.

Voilà, écoutez Væ Soli, deux morceaux, vingt minutes. C’est dix fois plus prenant, plus profond et excitant pour l’esprit que la plupart des nouveautés que je me suis farcies avec abnégation dernièrement. Mais c’est mon ressenti. Faites-vous le vôtre. Ecoutez le Væ Soli de Niels Mori, donnez une chance à sa musique. Elle vaut vraiment ces vingt minutes d’écoute, beaucoup plus même. Et ce ne sera sûrement qu’un début… comme ça l’est pour moi.

Frédéric Gerchambeau

https://niels1.bandcamp.com/

Væ Soli
Niels Mori
2011
Autoproduction

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