Neil Young – A Letter Home/Storytone

Neil Young 2014

Neil Young – A Letter Home/Storytone (Warner Bros 2014)

2014 aura été une année faste pour les fans de Neil Young. En effet, un live tiré des archives sort fin 2013, puis le solo « A Letter Home », ensuite la seconde partie de ses mémoires « Special Deluxe : A Memoir Of Life & Cars », et, enfin, le double « Storytone ». Rien que ça ! L’artiste n’en est pas à son coup d’essai puisqu’en 2012 il avait fait exactement la même chose. Très prolifique depuis les années 2000, Neil Young s’inquiétait pourtant de pouvoir continuer à composer, et il le confessait dans son livre « Waging Heavy Peace ». Ayant arrêté toute drogue pour raison médicale, allait-il pouvoir continuer à écrire, à trouver l’inspiration ? (Chose qui lui faisait défaut au moment de rédiger ses mémoires). Son désir le plus cher était de continuer à enregistrer avec Crazy Horse, groupe qu’il chérit depuis 40 ans. « Americana », avec son combo fétiche, donnait dans les reprises, et « Psychedelic Pill« , enregistré durant les mêmes sessions, offrait une double galette remplie de jams accouchant de morceaux frôlant l’overdose, entre 15 et 30 minutes ! Tous jouissifs qu’ils étaient, pour autant l’on était en droit de se poser les mêmes questions que Neil : était-ce en fait un défaut d’inspiration ?

Neil, finalement, jouit de l’instant présent et décide d’enregistrer un nouveau disque de reprises en solo chez Jack White, dans un voice-o-graph, sorte de cabine d’enregistrement instantané qui grave immédiatement la musique sur microsillon. Pas d’overdub, pas de retake, une seule prise et c’est terminé. Mais le son va aussi de pair : celui d’un 78 tours ! Lui qui a inventé un nouveau moyen d’écouter de la musique dématérialisée, le système « Pono », afin de pouvoir éviter au maximum la déperdition de son inhérente au MP3 et de se rapprocher au mieux de la qualité voulue par l’artiste, presque au niveau d’un vinyle, sortir un disque avec ce style de son est surprenant, voire provoquant ! « A Letter Home » peut rebuter pour ce son brut, datant des années 40. Pourtant, c’est un album des plus charmants, une lettre que Neil Young envoie à sa mère via cette cabine d’enregistrement, des messages, des chansons, dans une ambiance nostalgique mais jamais larmoyante. Un opus des plus personnel, folk, du Neil Young à l’état pur, avec quelques bonheurs comme « Girl From The North Country », « Needle Of Death », « If You Could Only Read My Mind » ou, plus surprenant, « My Hometown » de Bruce Springsteen.

Neil Young albums 2014

Pour « Storytone », Neil Young va à contre-pied de ce qu’on pouvait attendre de lui : il enregistre avec un orchestre ou un big band, et se contente de chanter ! Si l’on se souvient de ses essais symphoniques sur son premier album éponyme ou sur « Harvest », on ne peut rester que dubitatif, les morceaux de l’époque n’étant guère convaincants, enfin, même si « A Man Needs A Maid » est resté un classique. Et effectivement, c’est très largement raté. Le mariage de la voix de Neil Young et de ses compos avec cet orchestre ne fonctionne pas du fait de son artificialité. On a l’impression que les chansons n’ont pas été composées pour l’orchestre, mais que l’orchestre s’est adapté au style Neil Young, lui donnant un relief qui n’est pas du meilleur effet. Il n’y a qu’à écouter « Glimmer » pour demander grâce, tellement ça dégouline, « Say Hello To Chicago » avec un big band plus ringard tu meurs, ou encore « Tumbleweed », tellement écœurante qu’on la croirait écrite pour Disney. Le reste est passable, avec une mention pour les blues toujours sympas enregistrés avec Crazy Horse « I Want To Drive My Car » et « Like I Used To Do », ou encore pour « When I Watch You Sleeping », meilleure chanson de « Storytone ».

S’arrêter là serait néanmoins dommage, car il y a la version deluxe qui propose en second CD les mêmes morceaux SANS l’orchestration. Et là, c’est du pur bonheur, puisque l’on retrouve notre bon vieux Neil en posture folk, avec piano, guitare acoustique et banjo. Le message écolo de « Who’s Gonna Stand Up » passe beaucoup mieux ainsi, plus direct, moins ampoulé, « Glimmer » s’écoute bien jusqu’à la fin, « Tumbleweed » devient charmant avec son ukulélé, le piano de « Plastic Flowers » rappelle le son de « Sleeps With Angel », « I‘m Glad I Found You » est plus émouvante, et « When I Watch You Sleeping » affirme bien son côté chef d’œuvre acoustique. L’ensemble démontre une qualité qui renvoie au meilleur de ses productions des années 70, ou aux albums tranquilles des années 2000.

Neil Young est surprenant par sa démarche, et continue donc d’étonner et de proposer à chaque album un voyage différent, quitte à se mettre à dos ses aficionados. « A Letter Home » et « Storytone », diamétralement opposés, en sont la preuve éclatante. Cependant, il faut vraiment être fan du bonhomme pour s’y retrouver, car ce n’est pas avec ce genre d’album que notre canadien va être encensé. Mais encore une fois, Neil Young n’en a plus rien à foutre.

Fred Natuzzi
A Letter Home (7,5/10)
Storytone CD 1 (3/10)
Storytone CD 2 (8,5/10)

www.neilyoung.com

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