NeBeLNeST – NeBeLNeST

NeBeLNeST – NeBeLNeST

NeBeLNeST, ou la fusion réussie du krautrock allemand du début des seventies et du King Crimson de la grande époque ? Oui et non en fait, il serait très réducteur d’assimiler le premier album de cet excellent groupe français à un simple revival, plagiat, ou à une quelconque  expérience de laboratoire sur de l’ADN musical passéiste. Ce premier essai de NeBeLNeST, formé en 1997 sous le nom de Nova Express, possède en effet son essence propre, tout en synthétisant cependant un certain nombre d’éléments empruntés à diverses formations emblématiques auxquelles je ferai allusion plus bas. L’influence majeure du combo est définitivement, à l’écoute de ce disque originel, l’ère John Wetton du roi cramoisi, et certainement pas pour les hautes compétences vocales du monsieur puisque l’œuvre qui nous intéresse ici est totalement instrumentale ! Cette propension Crimsonienne se ressentira quasiment durant toute l’heure que dure l’album, cela dès son introduction qui d’emblée nous propulse quelque-part dans la quatrième dimension, celle des virgules synthétiques et des lignes de guitare empruntées à Robert Fripp. L’ancestral et immortel mellotron est bien sûr largement mis à contribution au travers des neuf compositions de l’album, ainsi que toute une gamme de sonorités électroniques old-school affectionnées par les pionniers et les fans du genre.

La musique dévoilée est bien peu empreinte de sérénité, avec toutefois quelques passages bien planants, et se veut même la plupart du temps particulièrement enfiévrée et tourmentée. NeBeLNeST renoue ici également avec l’approche psychédélique du Pink Floyd des tous débuts (“A Saucerful Of Secrets”, “Ummagumma”, jusqu’au “Live at Pompei”) ou encore celle du Amon Duul II le plus allumé. La structure des compositions reste souvent la même : introductions calmes, puis accélérations rythmiques à grand renfort de martèlements de batterie vous secouant jusqu’à l’ivresse, avec solos de guitare torturés, le tout livré sur fond de textures synthétiques. Les moments les plus climatiques, souvent froids, mystérieux, évoquent les ambiances étrangement organiques, oniriques, souvent incantatoires, dont seules les formations allemandes du début des seventies avaient le secret. On retrouve ici l’âme du Popol Vuh de » In Den Garten Pharaos », la substance du Tangerine Dream d’”Atem”, “Alpha Centauri”, et surtout de “Zeit”, chef d’œuvre toujours aussi austère, flippant et majestueux aujourd’hui, du haut de ses quarante années d’existence.

Au fil de ces pièces composées avec rigueur et précision malgré le magma bouillonnant dans lequel elles entrainent l’auditeur, les musiciens se laissent aller à deux reprises dans des improvisations expérimentales assez extrêmes, qui pourront au choix rebuter certains mélomanes, ou, au contraire, enthousiasmer les amateurs de sensations fortes. Dans tous les cas, ces digressions ne viennent jamais troubler le sentiment d’homogénéité qui se dégage de l’album, à écouter d’une traite pour mieux en saisir toute l’essence.

Vous l’aurez donc compris, cette oeuvre s’adresse aux esprits les plus curieux et aventureux en matière de trips hallucinatoires. Un disque pas forcément facile à apprivoiser au premier abord, mais qui vous met une sacrée baffe une fois le décollage réussi ! NeBeLNeST ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et publiera deux autres opus tout aussi éclectiques, extravagants et jubilatoires avec NoVa eXPReSS (2002) et ZePTO (2006), à travers lesquels l’obscur groupe hexagonal enrichira encore davantage sa musique. A découvrir donc, c’est vraiment du tout bon !

Philippe Vallin (8/10)

 

http://www.nebelnest.com/

NeBeLNeST
NeBeLNeST
1999
Laser's Edge

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