Mika Vainio – FE3O4 Magnetite

Mika Vainio – FE3O4 Magnetite

Mika Vainio est un vase clôt. Il fait vase, ressemble à un vase, il fonctionne tout seul, et ses propriétés décoratives sont proches du zéro. Mais Mika Vainio, c’est loin d’être du mobilier. Ce qui le sauve ? Il est l’un des compositeurs électroniques les plus en vue du moment. Le musicien vient du nord, de Finlande. Il était la moitié de Pan Sonic, et depuis la rupture de ce projet inégalable, il vit sa liberté. Productif à s’en donner la nausée, le bonhomme sort un disque par an, voir plus, ayant établi ses quartiers en des labels reconnus tels Raster Noton et Touch, ce qui n’ai vraiment pas rien. C’est sur ce dernier que sort son nouveau rejeton. S’attaquer à un objet de Vainio, c’est pénétrer dans une terre aride et conceptuelle, forgée dans une circonvolution électronique magmatique. Le son vise à l’épure, décortiqué, épluché, la peau dans la plus simple nudité d’expression. Minimal, oui, mais jamais vide. Ses plages regorgent de détails aussi subtils qu’abrasifs. Le silence s’invite volontiers, donnant amplitude à ces éparpillements analogiques, conférant importance insoupçonnée à la plus petite bribe de disjonction aimantée.

Mika Vainio, quand il n’a pas sa casquette vissée sur le crâne, ne fait pas que faire trembler les fondations d’art huppé, il créé un réseau singulier, biscornu, et il lâche ses électrons et autres effluves de sonorités âpres. Il façonne avec méthode et minutie, on sent presque ses doigts triturant, tournant potards, manettes et autres instruments de son cru. Ajouté à cela, son attitude typique des territoires nordiques, froide monolithique, calculatrice pour pas dire arrogante, et on se retrouve devant une immense porte synthétique donnant sur un monde dont on ne peut que ressentir la limite. Mika Vainio est secret, il ne construit pas pour les autres mais pour lui, il poursuit un cheminement fixé. Il dialogue avec lui-même et ses machines. Il ne donne pas, il prend. C’est à celui qui l’écoute de trouver le réseau, la carte d’accès, comme d’apprécier ou pas ces paysages secs, défaillants d’une quelconque mélodie.

« FE3O4 Magnetite » est la partition de l’absence pour machines en sous-régime. Il fait froid, sombre, monochrome, l’angoisse étreint. On observe, oreille en suspend d’un quelconque écho, et on se plaît de ne pas déambuler sur ce sol électrique parsemé de drones interrompus et de changements de fréquences, mini explosions, impromptues. Mika Vainio gagne, il ne triche pas, même s’il est un tantinet joueur. Farceur peut-être. Mais ses jeux de mots, silencieux, ont une drôle de texture. Son univers est tout ce qui a de plus intègre, une saveur unique. Sa quête est éperdue et n’aura de fin qu’à l’extinction du courant, son vecteur, son fluide conducteur, son sang.

Mika Vainio est intransigeant, touchant le métal pour l’évaporer. C’est un sorcier des ondes. Mieux, un alchimiste du glitch.

Jérémy Urbain (8/10)

http://www.media-loca.com/mikavainio

FE3O4 Magnetite
Mika Vainio
2012
Touch Music

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