Melvins – Stag

Melvins – Stag

En 1996, ce que beaucoup ignorent, c’est qu’un soir d’été Les Melvins se sont fait kidnapper par des extra-terrestres. Aspirés par un ascenseur gravitationnel de lumière bleue, ils se sont retrouvés sur la table d’opération et de prélèvements.

Ce n’était pas très joli à voir. Jugez-en plutôt par vous-mêmes : King Buzzo à poil alors qu’on lui enfournait des sondes anales multicolores qui clignotaient, pendant que d’autres, mains à trois doigts palmés, équarrissaient le cuir chevelu de Dale Crover pour lui coller des électrodes sur son cerveau anormalement large. Bon, y’en avait bien un autre, Mark D, mais ils ont bien du se douter que le compère n’était qu’une pièce rapportée. Ils l’ont juste enfermé tout nu avec une pieuvre géante. Après tout ce qu’ils ont vu et noté, ils n’ont pas compris grand-chose. Ça parlait d’un album, « Stag », et comme les cobayes avaient une copie du master, ils en ont profité pour jeter une de leurs trente-six oreilles dessus. Cela dépassait l’entendement malgré leur intelligence infiniment supérieure. C’était bien simple, ils n’avaient jamais écouté pareille chose. Fallait voir la tronche du menu, attendez… Une intro orientale, un hymne entre grunge et sludge de pouilleux, des interludes tout space où ça sifflotait. Oui, même pour eux, c’était bizarre. Ils n’ont pas trouvé d’autres termes alors que la voix changeait dans des ballades WTF. Et puis c’est quoi ce trombone en solo qui partait en vrille ? N’y aurait-il pas comme du vaudou dans l’air ? Ils ne connaissaient pas vraiment les Roswells humides, mais ils se sont dit que ce n’était pas très scientifique tout ça. Sans queue ni tête, comme disent les terriens.

Et plus les informations arrivaient, plus l’ordinateur de bord frôlait la surchauffe hormonale. Ça valait bien un coup de trombone, hein Roger ? Les aliens ont commencé à paniquer. S’ils avaient eu une durite, sûr qu’elle aurait fondue. Le rythme qui changeait, lent, super-lent et voilà que je passais du grand guignol à du gros, du lourd, du massif plaqué avant de repartir dans du délire électro fleur de pomme comme une musique de jeu vidéo des années 80. C’était « groovy » disait le scientifique en chef. Mais putain, c’était quoi cette voix de poupée ? Chucky dans l’espace mixé avec de la country gogol ? Les yeux de ceux venus d’ailleurs se sont révulsés, ils piffaient que dalle les globuleux. Ils n’avaient jamais ressenti ça, c’était trop, les gugusses de Melvins rigolaient malgré les sondes, les électrodes et la pieuvre. Et un coup de trombone, un ! Pour la première fois, ils tombaient sur une intelligence dont le langage, les gestes et les coutumes leur étaient inconnus. Pourtant, ils étaient bien sur Terre. Non, y avait pas erreur sur la marchandise. Et puis, ça leur jouait sur les nerfs, flippant pour leurs grosses têtes à ventouses. Leur intelligence impeccable et redoutée buttait, c’était un fait.

Que faire, se disaient-ils ? Ça n’a pas été compliqué, qu’on se rassure, ils ont tout jeté de la soucoupe. Hop-là ! Ils se sont lavés les mains et sont repartis à toute blinde. Certaines choses ne doivent pas être découvertes, étudiées. Il en va de l’équilibre cosmique. Alors qu’une trainée zébrait le ciel, les trois gaillards se sont relevés, ils se sont dit que c’était pas mal et qu’ils pouvaient bien continuer comme ça, tant qu’à faire, parce que dans l’empressement les extra-terrestres avaient omis d’effacer leurs mémoires. Ah, les marrants. C’était en 1996, Mel Gibson gagnait l’oscar du meilleur réalisateur pour « Braveheart », le Bordeaux était excellent, François Mitterrand et Marguerite Duras passaient l’arme à gauche pendant que Yasser Arafat était élu président de l’autorité palestinienne. Et n’oublions pas aussi que « Crash »  de David Cronenberg sortait en salle. Mais cette année là restera surtout marquée par l’enlèvement des Melvins via les extra-terrestres.

Il est dit, selon la légende, que des fleurs tirant une tête défoncée juchaient le point d’impact. Et eux, me dites-vous ? Les Melvins ? Eh bien, ils sont partis de leur côté. Ils arpentent cette route. Il parait qu’on entend encore, les soirs de pleine lune en été, les cris d’exaspération et d’incompréhension des aliens. C’est là, vraiment là que naquit « Stag ». Et ils aiment toujours les chiens.

Jérémy Urbain (9/10)

http://www.themelvins.net/

 

 

 

 

 

 

 

Stag
Melvins
1996
Atlantic/Mammoth Records

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