Mat Dickson – Land’s end

Mat Dickson – Land’s end

Avec la parution de son nouvel opus intitulé « Land’s end », le guitariste britannique Mat Dickson vient achever avec brio sa trilogie conceptuelle dédiée aux grands phares maritimes des côtes anglo-saxonnes et à la solitude de leur gardien. Compositeur, musicien et producteur de grand talent, Mat a développé, en seulement trois albums, un son, un style et un univers très personnel, tout cela immédiatement reconnaissable à chaque nouvelle écoute. Si l’on devait comparer sa musique à d’autres références du même genre, il conviendrait alors d’évoquer le meilleur du Mike Oldfield de l’âge d’or, ou encore les meilleurs travaux d’un Dan Ar Braz en solitaire. En bref, une musique qui invite à l’évasion et à la rêverie, d’inspiration folk, progressive et celtique.L’œuvre de Mat, entièrement instrumentale, se veut à la fois atmosphérique, contemplative, et surtout, très mélodique. Véritables ravissements pour les sens, ses fresques délicates se dégustent tels des voyages intérieurs dont les douces sensations se renouvellent à chaque immersion. Mat est en effet un mélodiste hors pair, doublé d’un créateur d’ambiances et de paysages sonores incroyablement inspiré. A l’aide de ses guitares électriques ou acoustiques, celui-ci tisse de merveilleux et inoubliables motifs qui baignent et s’entremêlent dans un canevas de douces et apaisantes sonorités. A travers ses pièces musicales, Mat nous met face à la beauté, à l’immensité et aux humeurs de l’océan, entre calme et tempête, entre grisaille et lumière. Si chacune des compositions développe son propre climat et ses propres couleurs, il s’en dégage toujours une impression de grand air et de grands espaces, à l’image de cette confrontation poétique avec la mer et ses flots à laquelle le musicien nous convie.Après l’excellent « The Lighthouse keeper » (1998), un premier album très planant, délicieusement mélancolique et presque aussi linéaire que l’horizon, Mat enfanta cinq ans plus tard « The Keeper’s log », un disque autrement plus varié (mais pas forcément meilleur), plus contrasté, plus ambitieux aussi, avec l’apparition de quelques tics et effluves empruntés à l’univers de la pop-rock. Il faut dire qu’à cette époque, Mat reçoit de très bons échos dans la presse spécialisée dédiée au rock mélodique et progressif ! Aura-t-il été influencé par les critiques afin de poursuivre dans cette voie ? Lui seul pourrait nous le dire. Quoi qu’il en soit, notre ami musicien signe avec « Land’s end » une nouvelle œuvre instrumentale avec son lot de ballades océaniques, envoûtantes et cinématiques à souhait (sirène de bateau, mouettes, flux et reflux des vagues, rien ne manque à l’appel pour en illustrer l’ambiance maritime !). Toujours largement dominé par les arpèges, les lignes mélodiques et les solos guitaristiques de Mat, « Land’s end » se situe quelque part entre ses deux prédécesseurs, il en est à la fois le prolongement thématique et le point d’équilibre en matière musicale. En effet, si la production s’est encore étoffée grâce au travail remarquable de Wolf Lintz et à la présence de quelques invités musiciens (batterie, harpe, saxophone, etc.), celle-ci n’aura jamais autant été au service de l’émotion, dans toute sa pureté et sa simplicité.

On pourra à nouveau regretter l’absence de véritables instruments acoustiques, toujours plus chaleureux, il est vrai, que leurs pâles copies électroniques. Mais avouons que cette fois-ci encore, Mat s’en sort admirablement dans la domaine de la « contrefaçon » ! Il arrive à recréer sans peine, grâce à une technologie maîtrisée et à un bon goût qui n’est plus à démontrer, les sonorités de la cornemuse, de la flûte irlandaise ou encore celle de l’accordéon folk. Le résultat est on ne peut plus convainquant, et la magie opère une nouvelle fois. Avec « Land’s end », Mat Dickson clôture sa fameuse trilogie des vieux phares solitaires, et signe aussi très certainement son meilleur album, le plus abouti, le plus émotionnel. Et l’avenir dans tout ça ? Ce premier cycle enfin bouclé, Mat va-t-il se résoudre à prendre le large et s’envoler vers d’autres horizons créatifs ? Quoi qu’il en soit, souhaitons lui des vents favorables et attendons son retour avec impatience sur la terre ferme.

Philippe Vallin 8,5/10 

Vue générale du phare de Portland en Grande Bretagne
(source : http://www.beachcombermusic.com/photos.html)

 

http://www.myspace.com/matdickson

Land’s end
Mat Dickson
2007
Beachcomber Music

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